‹ Souvenirs de collègeChapitre 13 sur 34 · LE COLLÈGE BOURGET · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE BOURGET

Sur le plan incliné d'une haute montagne Dont le front menace les cieux,

Et couvre de son ombre une riche campagne, En se mirant dans des flots bleus ;

J'ai vu, dans les buissons, entouré de pervenches

Et de lis, un modeste nid, Danslequel j'entendis, joint au concert des branches.

Un chant joyeux, un chant béni.

Je fis quinze à vingt pas à travers la ramée, Et là, dans ce beau nid, je vois

De tout petits oiseaux que la brise embaumée Berçait; c'était des petits rois.

Je contemplai longtemps ces boules de chair rose;

Le coup d'œil était vraiment beau.

Elles semblaient dormir comme un enfant repose

Près de sa mère, en son berceau.

LE NID d'oiseau OU LE COLLEGE BOURGET. 85

Bientôt le père vint avec la nourriture

Qu'il avait prise dans les champs ;

Mais, comme de son aile il a fait un murmure, Son vol éveille les enfants.

Aussitôt mille cris sortent du nid de mousse, Les petits en sortent à moitié;

Oh ! prenez et mangez, la nourriture est douce : Elle est unie à l'amitié !

Et la mère, à son tour, vole vers la campagne, Puis dans les champs glane les blés.

Et, plus prompte qu'un trait, revient à la montagne Où ses petits sont rassemblés.

Ainsi, ces deux oiseaux, du lever de l'aurore Jusques à l'heure de la nuit,

Voyagent sans cesser, volent, volent encore. Et la gaîté toujours les suit

Confrères, ce beau nid que la brise balance

De son souffle pur, embaumé.

Ah ! vous l'avez nommé, votre esprit me devance,

C'est notre Bourget bien-aimé.

Sous son dôme noyé dans des flots de lumière. Le vrai bonheur aime à siéger;

Et si l'ennui lui prête un aspect solitaire, Il n'est jamais que passager.

LE NID d'oiseau OU LE COLLEGE BOURGET. 87

Nous, troupe d'écoliers au cœur rempli d'ivresse, Nous sommes ces petits oiseaux ;

Dans ce nid nous coulons une heureuse jeunesse Dans des plaisirs toujours nouveaux.

Ce père et cette mère au zèle infatigable Qui travaillent pour leurs enfants,

Ce sont nos professeurs dont l'âme charitable Couvre de soins nos premiers ans.

Et comme ces oiseaux donnent la subsistance Aux dignes fruits de leur amour.

Ainsi, nous servent-ils la vertu, la science, A pleines mains, à chaque jour.

Donc, nous qui grandissons à l'ombre du collège,

Confrères, regardons toujours Ce beau temps que jamais l'infortune n'assiège,

Comme une chaîne d'heureux jours.

Et quand nous grandirons loin de ce cher asile, Qu'il ne nous soit pas étranger ;

Si, parfois, les ingrats sur lui versent leur bile, Oh ! soyons là, pour le venger !

Collège Bourget, 25 mai 1894.

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