‹ Souvenirs de collègeChapitre 26 sur 34 · RIMES D AUTOMNE. I · texte numérisé non relu

RIMES D AUTOMNE. I

Voit la peinture De son tombeau.

Comme un vieux chêne Qui de la plaine Etait l'orgueil, L'homme succombe, Et de la tombe Franchit le seuil.

Oui, notre vie Vite est flétrie Dans ces climats ; Bientôt l'automne Nous environne De son trépas.

L'été s'écoule, L'oiseau roucoule Un chant de deuil ; La feuille tombe, Et de la tombe Couvre le seuil.

Collège Bourget, 2 novembre 1893.

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'' Adieu, monde trompeur; je veux sauver mon âme, '* Vouer mon existence à Dieu qui la réclame,

" Sauvegarder ma foi.

" Brave, foule à tes pieds la divine parole ; *' Moi, j'en ferai toujours mon guide, mon idole,

" Mon bouclier, ma loi.

" Dieu parle, j'obéis, j'arbore sa bannière ; '' Dans un cloître j'irai passer ma vie entière,

'' M'immoler à jamais.

'' Dans un cloître, maison de faveurs arrosée, " Où Dieu, du haut du ciel fait pleuvoir sa rosée,

" Où l'on trouve la paix "

Ainsi parlait Thomas, le Docteur Angélique, ^ Et, brûlant d'imiter le grand saint Dominique,

Il renonçait à tout, A tout, pour suivre Dieu. Son âme grande et forte Reste inflexible à ceux à qui son départ porte

Un si terrible coup.

Prières, faux-fuyants, raisons, menaces, larmes. Rien ne pouvait forger d'assez puissantes armes

Pour combattre le saint.

Toujours plein de respect dans ses nobles réponses, D'une seule parole il écartait les ronces

Rampant sur son chemin. /^^ ^^^t>\

Chacun de ses combats était une victoSte r^c»^ ^ ^v^j'

Et l'ennemi jaloux de l'éclat de sa gloire,

Redoublait de fureur.

A tout prix il faut vaincre, on a juré sa perte. Insensé ! l'on croit que devant la force ouverte

Saint Thomas aura peur!

La raison s'était mis un bandeau sur la vue.

Elle marchait sans voir par l'orgueil soutenue.

Respirant les combats.

Le saint fut garroté !.... par qui ? par ses deux frères ! Oui, les liens du sang, attaches les plus chères. Ne les arrêtent pas !

[qu'un seul maître." " — Rends-toi, nous t'épargnons." " — Non! je n'ai

" — Renonce à ton dessein, ou nous te frappons, traî-

[tre ! " *' — Frappez si vous l'osez."

Lâches ! ils l'ont osé ! Surmontés par la rage,

Ils vengent dans la boue, avec un sot courage.

Leurs ordres méprisés.

Traitements les plus bas joints aux plus durs suppli-

[ces.

Tout devient pour Thomas une mer de délices

Où s'enivre son cœur.

Le front calme et serein au sein de la tempête.

Loin de céder aux coups, le saint lève la tête Avec un air vainqueur.

L orage avait cessé ; mais l'enfer dans sa haine, Honteux de sa défaite, à la nature humaine

Tend ses pièges maudits.

Le démon, rugissant dans l'éternel abîme, S'unit, pour terrasser la puissante victime,

Au duo de bandits.

Il leur souffle ces mots : *'le corps a sa faiblesse, '* Il succombe souvent quand la volupté dresse

" Son guet-apens trompeur.

" L'innocence est débile, un instant la profane, " Pour vaincre ce héros je serai courtisane,

" Et j'aurai son honneur ! "

Aussitôt, s'incarnant dans le corps d'une femme, D'un monstre qui vendait sa pudeur et son âme

Pour les plaisirs des sens, L'esprit impur se glisse, ainsi qu'une vipère, Jusqu'au sombre cachot où le saint en prière

Pleurait sur ses parents.

De même dans TEden, aux premiers jours du monde, Sous les taillis touffus rampa la bête immonde

Pour remplir son dessein ; Soufflant partout l'esprit de désobéissance, Elle atteint, transperça le cœur de l'innocence

De son dard assassin.

Soudain, Thomas entend une voix qui l'appelle ; Il se retourne, voit la femme criminelle

Qui s'avance vers lui ; Admirable beauté, ravissante sirène, Dont la présence charme et la parole enchaîne

Le cœur qu'elle séduit.

Le saint voit le péril qu'enveloppe ces charmes ; Mais l'arsenal divin lui fournira les armes

Que la prière obtient.

Il prend son crucifix, avec joie il l'embrasse. Et son âme trempée aux sources de la grâce,

A le ciel pour soutien.

Refoulant dans son cœur sa subite épouvante, L'athlète de la foi fait face à la tourmente

En s'armant d'un tison.

Il pousse, presse, vainct, dans un combat suprême, Le monstre qui franchit, en poussant un blasphème,

Le seuil de la prison !

Satan était vaincu. — Le dieu pétri de fange Avait baissé le front et la main de cet ange

Le tenait humilié.

Le serpent infernal tramait un conquête ; Mais l'enfant de Marie, en lui courbant la tête.

L'écrasa de son pied.

Resté seul avec Dieu sur le champ de bataille. De son arme le saint trace sur la muraille Une éclatante croix.

Et tombant à genoux devant ce divin signe, II veut remercier Dieu de cette grâce insigne, Mais son âme est sans voix.

Ses yeux d'ange rougis par les larmes versées, Indiquent le chemin à ses saintes pensées

En leur montrant le ciel.

Et son cœur savourant les douceurs de l'extase, Boit à longs traits l'amour qui l'anime et l'embrase,

Le seul amour sans fiel.

Soudain, à ses regards dans le fond d'un nuage, Semble se dessiner un lumineux passage,

Un large sillon d'or.

Et deux anges partis des hauteurs éternelles,

Près de lui repliant leurs éclatantes ailes, Suspendent leur essor.

Tandis que l'un, penché sur une urne dorée, Recueille chaque pleur de cette âme navrée,

Digne des séraphins, Le second, à genoux devant le saint qui prie, Lui passe à la ceinture un cordon que Marie

Avait fait de ses mains.

" Reçois ce bouclier, disaient les voix célestes, " Sur lui viendront mourir les atteintes funestes

" De l'esprit infernal.

" Et quand le vent du'^siècle effleurera ta tête, '* Tu resteras debout, au sein de la tempête,

•* Comme un lis virginal.

" Sans faiblir un instant sur le champ de bataille, " En vrai soldat de Dieu tu bravas la mitraille

" De l'enfer insoumis.

** Oh! conserve toujours le prix de* la victoire, *' Et tu verras un jour, dans 1 éternelle gloire,

" Les anges, tes amis! "

Puis, les deux compagnons ouvrant leurs blanches

[ailes, Prirent, pour regagner les voûtes éternelles.

Leur vol majestueux.

Enveloppés bientôt d'une éclatante nue,

Le saint les vit soudain disparaître à sa vue

Sur le parvis des cieux.

Saint Thomas resta seul dans sa prison obscure, Et déjà dans son âme une large blessure

Venait de s entr'ouvrir :

Entrevoyant le ciel dans ce spectacle étrange, Il rêvait de quitter ce monde plein de fange,

Il brûlait de mourir !

Collège Bourget, 6 mars 1894

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