‹ Souvenirs de collègeChapitre 27 sur 34 · RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE

(sonnet) .

Un soir, l'esprit chargé de tristes souvenirs, Au bruit qui m'entourait mon âme ayant fait trêve. Abattu, je songeais à mes premiers plaisirs Que j'avais vus finir comme finit un rêve.

Mon ardeur languissait dans ses nombreux loisirs, Comme un frèle roseau qui meurt faute de sève ;

Mon cœur lassé de tout n'avait plus de désirs, Et l'ennui dans mon âme avait planté son glaive.

Quel charitable ami, témoin de mes douleurs. Est accouru vers moi pour essuyer mes pleurs ? Et mes soupirs, qui donc a voulu les entendre ?

Ah ! ce soutien constant de mon amour châtié. C'est vous-même, mon Dieu, dont la douce amitié De mon cœur languissant a rallumé la cendre !

Collège Bourget, 15 juillet 1893.

LA RESURRECTION

Les nuages de deuil formés par les jours sombres

Ont été dissipés plus vite que les ombres

Que chassent, à grands pas, les rayons du soleil.

Plus de pleurs, ni soupirs, plus d'appareils funèbres,

L'aurore du grand jour a vaincu les ténèbres,

Et du Dieu trois fois saint annoncé le réveil.

L'Alléluia joyeux s'échappe des poitrines

Et monte avec l'encens aux régions divines,

Pour louer de la mort le sublime Vainqueur.

Et comme au mois de mai, sous un tapis de mousse,

L'aimable violette, en se cachant, repousse,

L'espérance renaît au fond de notre cœur.

Il est ressuscité, l'Homme-Dieu, dans sa gloire! Sur la mort qui vainc tout remportant la victoire. Il est sorti vivant des ombres du tombeau. Soleil, il a repris son antique lumière ; Il n'a fait que passer ; et le ciel et la terre Ont puisé force et vie à ce divin flambeau !

Les gardes confondus laissent tomber leurs armes, La Vierge voit son Fils, l'arrose de ses larmes ;

LA RESURRECTION. 143

Pilate au repentir sent succomber son cœur. L'âme du Juif faiblit sous le poids de la crainte : Il reconnaît du Christ l'œuvre sublime et sainte, Il voit qu'en Lui le monde acclame son Sauveur.

Dans des transports de joie, aux Limbes, les saints

[anges Du Dieu ressuscité célèbrent les louanges :

Pour eux va commencer l'heureuse éternité !

Le ciel leur est ouvert, le noir enfer se ferme.

Délivré du démon l'homme devient plus ferme.

Et sa belle âme entonne un chant de liberté.

Peuple de l'univers, en un concert immense, Par des hymnes sacrés chante ta délivrance ; Tout semble s'accorder pour seconder ta voix :

Le ruisseau dans les prés, Toiseau sous le feuillage, Le carillon qui sonne au clocher du village. Adressent, en leur langue, un hymne au Roi des rois.

Que la terre s'unisse au ciel en cette fête ; Le Christ vient d'accomplir l'oracle du prophète, En rachetant l'enfant d'Adam par ses bienfaits ! Mais toi, Juif, écrasé sous un poids formidable, Sens ton cœur transpercé d'un glaive impitoyable : Le coupable remords qui naît de tes forfaits.

L'homme était condamné ; Jésus- Christ le libère. L'homme était désolé, maintenant il espère, Car Jésus à sa Mère a dit : " Voilà ton fils." Oh ! chrétiens, quel amour, quelle bonté suprême !

LA RESURRECTION

Douterons-nous encor que le Seigneur nous aime ? Pourrons-nous oublier l'arbre du crucifix ?

Collège Bourget, 2 avril 1893.

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