‹ Souvenirs de collègeChapitre 7 sur 34 · A MA SŒUR · texte numérisé non relu

A MA SŒUR

OÙ règne le Grand Roi.

Regarde, vois ce petit ange Membre d'une sainte phalange,

Sous la divine loi.

C'est ton fils, mère, prends courage, Il se donne à Dieu sans partage

Et possède les cieux.

Maintenant, sur sa mère il veille, Et lui dit, lorsqu'elle sommeille :

" Maman, je suis heureux ! "

Collège Bourget, 15 janvier 1893.

L'AUGUSTINIDE.

(poème badin)

Je chante le combat, l'héroïque victoire Oui de maître Augustin fait le titre de gloire. Muse qui connaît tout, sur mon luth frémissant Viens me peindre l'horreur de ce drame sanglant. C'était jour de congé ; sur la troupe écolière L'astre du jour versait les flots de sa lumière.

Les élèves, livrés aux plaisirs de leurs jeux,

Faisaient retentir lair de leurs rires joyeux.

Tel on entend, parfois, sous le sombre feuillage,

De milliers d'oiseaux le bruyant babillage.

Telle, mais plus puissante, au milieu de nos rangs

S'élève la clameur des rires innocents.

Mais voilà que, soudain, drapée en un nuage,

La Discorde montrant son horrible visage,

Descendit lentement vers un groupe badin,

Taquinant à loisir le timide Augustin.

Le regard du fantôme étincela de haine ;

Un sourire infernal sur sa face inhumaine

Erra quelques instants, et puis tout disparut.

Telle, dans les buissons, la vipère à l'affût.

De la tendre brebis épiant le passage.

LAUGUSTINIDE. 29

S élance brusquement, le cou gonflé de rage ;

Au sein de la victime épanchant ses poisons,

De la fureur en elle allume les tisons ;

Telle, dans son courroux, l'insolente Discorde

Dans le cœur d'Augustin, enfant de la concorde,

D'une rage subite allume le brasier.

Elle en fit un héros au regard fier, altier.

'' Qui de vous, désormais," dit d'une voix vibrante,

Le terrible Augustin à la foule tremblante,

" Osera me braver avec ses jeux mesquins ?

*' Je saurai vous punir, imbéciles coquins."

Un éclair, à ses mots, jaillit de sa prunelle.

Le groupe de taquins tremble, hésite, chancelle.

Et, cédant à la peur, s'enfuit de toutes parts.

Cependant le héros méprisant les fuyards,

Sur la scène déserte à grands pas se promène,

Cherchant quelqu'un sur qui son courroux se déchaîne.

Or, voilà que, guidé par un destin cruel,

Thauvette, rougissant d'avoir craint un mortel,

Et méprisant enfin une terreur subite.

Pour venger son honneur entaché par la fuite,

Du groupe des fuyards se détache bientôt,

Et vers maître Augustin se dirige aussitôt.

Hélas ! destin fatal ! courage trop funeste !

Objet infortuné d'une haine céleste.

Digne fils d'un héros, Joseph, ne vois-tu pas

Que ton audace peut te conduire au trépas ?

Hélas ! il n'entend point, il marche, il marche encore.

Déjà, près d'Augustin que la rage dévore.

Il s'arrête sans crainte et dit d'un ton railleur :

LAUGUSTINIDE. 3I

" Sache, brave Augustin, que, malgré ta valeur,

"Je n'éprouvai jamais une crainte réelle ;

" Je ne suis pas, tu sais, enfant de la querelle,

" C'est la seule raison qui m'engageait à fuir.

" Voyant que ton courroux cherchait à s'assouvir,

" Et qu'enflé d'un succès si pauvre et si facile,

'* Tu promenais partout ta fureur imbécile,

" J'ai cru devoir punir un petit arrogant,

" Et montrer qu'après tout tu n'es pas un géant."

Augustin, ne pouvant plus contenir sa rage.

S'élance furieux pour venger cet ,outrage.

Tel on peut voir, au fond des bois silencieux,

Le lion que provoque un tigre audacieux.

Bondir en rugissant vers l'agresseur perfide.

Le renverser avec un courage intrépide ;

Tel le brave Augustin sur son fier ennemi

Se jette avec fureur, le terrasse à demi ;

Mais prompt comme l'éclair, le valeureux Thauvette

Se recule; Augustin de prendre une pirouette.

Or, Thauvette, voulant profiter du hasard,

A son tour sur Gustin se jette l'œil hagard,

Lève un bras vigoureux, frappe, mais dans le vide....

C'est ce coup malheureux qui du combat décide.

Pendant qu'il s'étourdit en d'innombrables tours,

Thauvette ne voit pas Gustin qui, de rebours.

Sur son nez, avec force, abat un poing terrible.

Le sang coule à grands flots de la blessure horrible.

Thauvette se retire et sanglant et confus

'' Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus."

Augustin glorieux sur les lieux se promène,

Défiant du regard Thauvette hors d'haleine.

Collège Bourget, lO juin 1894.

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La pauvreté ! comment, dans le siècle où nous sommes,

Ce mot est-il compris par le commun des hommes ?

Comment ceux dont le cœur

N'a d'autre ambition que de régner en maître,

Peuvent- ils remarquer les douceurs que fait naître

Ce mot, porte-bonheur?

Toujours la pauvreté se présente bien sombre ; C'est l'arbre du malheur couvrant tout de son ombre,

Et dépouillé de fleurs ; Un cyprès déséché par un souffle perfide, Et dont le pied qui croît sur une terre aride,

Est arrosé de pleurs.

On dirait que le pauvre est indigne de vivre, Partout on le méprise et partout le riche, ivre

D'augmenter son trésor, S'en fait un marchepied, un être qu'il exploite Pour atteindre le but que sans cesse il convoite :

Accumuler de l'or.

Le pauvre a travaillé de journée en journée. De semaine en semaine et d'année en année,

Pour s'assurer son pain ; Et souvent qu advient-il ? c'est que le riche avare, Au mépris du devoir, par la fraude s'empare

De la moitié du gain.

Le pauvre parle-t-il dans un simple langage ? On s'en moque à sa face, on l'insulte, on l'outrage

Par d'insensés discours.

En un mot, l'indigent, on le fuit, le déteste Comme on fuirait un homme attaqué de la peste,

Empoisonnant les jours.

Et pourtant quand le pauvre,en son humble chaumière. Mange avec ses enfants le pain de la misère Arrosé de sueurs ;

Le riche, en son palais, boit, rit, s'amuse, chante. Et des plaisirs maudits que la richesse enfante Savoure les douceurs.

Pauvres, résignez-vous, pauvres, séchez vos larmes. Elevez vos désirs plus haut que les faux charmes

Et les plaisirs mondains.

Levez la vue au ciel, Jésus-Christ vous contemple ; Déjà, pour bénir ceux qui suivent son exemple,

Il a levé les mains.

La pauvreté ! combien le Roi des pauvres l'aime. Puisqu'il a bien voulu s'en revêtir lui-même,

A son humble berceau.

Sur la terre toujours pour Jésus l'indigence

Fut le voile béni qui cacha sa puissance Jusqu'au seuil du tombeau.

Abandonne-toi, pauvre, à la sainte Justice Oui pèse tous les pleurs, bénit le sacrifice

Dont ton cœur est Fautel.

Tu dois vivre ici-bas au sein de la souffrance, Et pour ne pas faiblir, ô garde l'espérance !

C'est un phare immortel !

Que jamais contre Dieu ton âme ne s'irrite, Car, tu le sais, la plainte enlève tout mérite

Devant l'éternité.

Mais que jamais, surtout, les maux de cette vie Ne te fassent dire, en ton extrême folie.

Ce mot : égalité !

Le Roi des nations dont sa sagesse immense A formulé des lois qui pour notre ignorance

Paraissent des secrets, Dit : malheur à ceux qui, dans leur vanité folle, Oseraient mépriser la divine parole

Et ses justes décrets !

L'homme à l'homme, sans doute, est égal de nature ; Du même limon Dieu fit toute créature,

Mais aux uns il a dit :

Je vous donne beaucoup, et la richesse oblige ; Faites l'aumôme à ceux que l'indigence afflige ;

Je vous fais leur appui.

Aux autres : que jamais, au sein de la souffrance, Vous n'éleviez la voix contre ma Providence

Oui veille sur vous tous ; Du riche à vos côtés n'enviez pas la place, Aimant la pauvreté, vous marchez sur ma trace ;

Soyez-en donc jaloux

Le devoir ! que ce soit là toute notre envie ; Riches ou mendiants, tôt ou tard, de la vie

Nous atteindrons le soir.

Et Dieu brisant alors titre, richesse : idoles, Pour chacun des mortels n'aura que ces paroles :

As-tu fait ton devoir?

Collège Bourget, i^'' janvier 1895.

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