‹ Souvenirs de FélicieChapitre 44 sur 82 · LE CARDINAL DE LOM^NIE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE LOM^NIE

chute prochaine, ne lui prêtèrent point leur appui et la hâtèrent. Au lieu du crédit qu'avaient, au moins dans les commencements, les nouveaux ministres, un mois s'était à peine écoulé qu'il ne restait plus que cent mille écus dans le trésor public, chose inconcevable dans un temps où il entrait déjà plus de six cents millions par an dans ce même trésor. Tout allait manquer ; les plus indispensables dépenses, la solde même des troupes, n'étaient pas assurées, lorsqu'un de ses collègues aux états de Languedoc lui fit connaître un certain B. de B., agioteur heureux et habile, qui, en vingt-quatre heures, lui trouva douze millions. Cette ressource fut promptement épuisée. Des opérations de finance mal combinées n'eurent aucun succès; le parlement, depuis longtemps en effervescence, et à qui une telle impéritie donnait de nouveaux moyens de résistance, s'opposait énergiquement à toutes ses mesures et r^etait toutes ses propositions. Dans des circonstances aussi difficiles, il fallait louvoyer et chercher à gagner les chefs de la finance et de la magistrature ; et cependant l'archevêque, sortant mal à propos de son caractère de circonspection, prit le parti désespéré de recommencer le chancelier Maupeou ; il cassa donc les parlements, établit des grands bailliages, qui furent en naissant des objets de mépris et de dérision (1) , et, pour donner quelque chose de nouveau , il imagina sa fameuse cour plénière ; projet chimérique, et innovation telle que Louis XIV, dans ses jours de gloire, aurait eu de la peine à l'établir. Jugez si elle pouvait réussir sous les auspices d'un ministre sans

(I) On pourra se faire une idée de la liberté de parler qui régnait alors à la cour lorsqu'on saura qu'à cette époque il y eut un voyage à Saint-Clou d, où peu de personnes étaient admises , et où Ton ne s'amusait pas. Quel> qu'un dit dans le salon que l'on avait eu tort de ne point ériger Saint- Cloud en grand bailliage. Cette mauvaise plaisanterie, qui portait à la fois sur les mesures du gouvernement et sur la société du souverain , ayant fait rire, la reine s'approcha pour connaître le sujet de notre gaieté, et l'on était si sur de son indulgence qu'on le lui dit.

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argent, sans crédit, et qui n'avait su àe procurer isms aucun genre d'habiles collaborateurs : c'est que de tels hommes sont attirés par le génie, tandis que la médiocrité les repousse.

Pendant que la France était amsi agitée, la Hollande n'était pas plus tranquille ; elle touchait à une crise qui devait avoir pour elle et pour nous les suites les plus funestes. Le parti des patriotes l'avait emporté, après des troubles assez longs^ sur les adhérents des princes d'Orange. L'influence du roi de Prusse, dont la princesse d'Orange était sœur, celle de l'Angleterre ne furent point en état de balancer la force et la richesse des ennemis du stathoudérat, à qui la France avait promis son appui. Le marquis de Vérac avait habilement conduit cette négociation : une alliance intime avec la Hollande nous assurait la prépondérance , en cas de guerre maritime, sur le continent; elle relevait notre considération si diminuée par les revers de la guerre de Sept-Ans , et peut-être plus encore par le partage de la Pologne. Que pouvait-on craindre de la Prusse? N'était-elle pas contenue par la maison d'Autriche , son éternelle rivale? L'empereur nous livrait volontiers le passage à travers ses provinces belgiques, dont il avait assez imprudemment démantelé les places. Il ne s'agissait pas de combattre ; il ne fallait que quelques démonstrations, et un camp de trente mille hommes sur l'extrême frontière suffisait. Il est certain que le gouvernement prussien, avant de se décider à mettre ses troupes en mouvement, envoya des officiers déguisés à Gi* vet et à Valendennes pour s'assurer de notre inaction ; elle était vraie contre toute vraisemblance. Enfin la princesse d'Orange obtint que le duc de Brunswick marcherait; mais ses instructions portaient dé rebrousser chemin s'il était prévenu par les Français. Il ne le fut pas , au grand étonnement de l'Europe,à la honte du cabinet de Versailles. On abandonnalâchement le parti que Ton avait encouragé, que l'on avait pro» mis de défendre, et que Tintérét autant que l'honneur ordonnaient de secourir. On compromit le caractère et même la

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