‹ Souvenirs de FélicieChapitre 45 sur 82 · LE CARDINAL DE LOMSNIE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE LOMSNIE

sûreté de notre ambassadeur, que les patriotes, au désespoir, voulaient rendre responsable de cette défection, dont it gémissait lui-même. Il n'y eut pas même d'excuses ; car on ne pouvait pas donner pour prétexte de cette pusillanimité l'embarras des finances, puisqu'il n'y avait ni magasins à former, ni munitions à acheter. En quatre marches l'on était sur le territoire qu*il s'agissait de défendre , chez un allié qui s'engageait à entretenir et à défrayer les troupes. Je dis plus, c'était une excellente spéculation ; les capitalistes hollandais auraient prêté, au taux le plus modique, une somme considérable (plus de cent millions, qu'ils avaient dans les fonds anglais), dès qulls auraient vu leur patrie liée au sort de la France. Il y avait donc à gagner à la fois deux choses bien précieuses , qui ne se trouvent guère ensemble, de la gloire et de l'argent. Mais la peur calcule mal ; nous n'étions plus au temps de ces ecclésiastiques belliqueux , de ce cardinal de la Valette , que l'on vit si souvent à la tête des armées ; de ce Richelieu, généralissime en Italie, et qui fit en personne le siège difficile de la Rochelle, qu'il prit malgré trois rois, ainsi qu'il le disait luimême (1). Les cardinaux du dix-huitième siècle n'étaient peutêtre pas plus attachés aux devoirs de leur état et n'avaient certainement pas la fermeté nécessaire pour gouverner un grand empire. Le trop pacifique Fleury avait laissé dépérir la marine par uue iudigne condescendance pour l'Angleterre , et c'est à lui que l'on doit reprocher la perte de nos vaisseaux et de nos colonies pendant la guerre désastreuse de 1756. Le cardinal de Loméuie, par une pusillanimité perfide , imprima à Thonneur national une tache qui ne put être lavée que par des flots de sang. Cette conduite honteuse consterna les militaires et indigna tous les Français ; elle ne me surprit pomt; je connaissais les opinions politiques de ce ministre , depuis une audience qu'il m'avait donnée, à l'occasion de la mort de mon père, où

(I) Le roi de France était ud des trois.

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je le priai de ne pas demander pour moi la pension qu*il était d*usage d'accorder aux fils des maréchaux de France lorsqu'ils n'avaient pas d'autres grâces , pension dont je pouvais alors me passer. Il aimait les petites^ économies. Il me reçut donc fort bien , et, au lieu de me congédier, il se mit à se promener avec moi dans son grand cabinet , me faisant des questions sur mes voyages dans le Nord , et sur l'accueil que l'on faisait aux Français en Prusse, en Russie et en Autriche. Je lui répondis que l'on nous recevait avec une grande politesse, mais qu'il était impossible de ne pas éprouver un sentiment pénible en voyant combien peu d'estime tous ces étran- " gers avaient pour les Français , sous le rapport militaire. A l'exception de la bravoure personnelle, qu'il était en effet impossible de leur contester, toutes les autres qualités du soldat leur étaient refusées. C'était en vain qu'on rappelait les victoires des généraux de Louis XIV et celles plus récentes du maréchal de Saxe ; ils prétendaient que Tart de la guerre était à cette époque dans l'enfmce, mais que, depuis les progrès de la tactique et l'invention de nouvelles manœuvres , on ne verrait plus de pareils événements se renouveler; enfin, qu'à l'exception de l'artillerie et du génie, corps qui avaient de l'instruction, nos troupes étaient pitoyables. Le cardinal-ministre écouta ce rédt avec beaucoup trop de sang-froid ; mais, lorsque j'ajoutai que je voyais avec plaisir approcher le moment de rabaisser tant d'orgueil, que ce qui se passait en Hollande devait bientôt nous donner la guerre , ou du moins nous placer dans une attitude qui montrerait que nous ne la craignions pas, le cardinal m'interrompit avec vivacité pour me dire que c'était fort bien fait aux jeunes gens conmie moi de montrer du zèle , mais que la France n'était point en état de se mêler des querelles de ses voisins ; que la Hollande avait ses inondations pour la défendre, comme nous avions nos places fortes. Cette ignorance des intérêts réels de l'Eut et cette prudence ruineuse firent une impression profonde sur moi , et je me

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ntirai CD pwmt 40^ en était de notre temps comme de odhii du duneilîer d^ÛKenstieni, lorsqu'il disait à son fils, qu'il en« ' les iiriDdpales cours de FEurope : « Allez voir i pea de sagesse le monde est gouverné.

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