‹ Souvenirs de FélicieChapitre 49 sur 82 · LE CARDINAL DE LOBIENIE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE LOBIENIE

je le priai de ne pas demander pour moi la pension qu'il était d*usage d'accorder aux fils des maréchaux de France lorsqu'ils n'avaient pas d'autres grâces , pension dont je pouvais alors me passer. Il aimait les petites^ économies. Il me reçut donc fort bien , et, au lieu de me congédier, il se mit à se promener avec moi dans son grand cabinet , me faisant des questions sur mes voyages dans le Nord , et sur l'accueil que l'on faisait aux Français en Prusse, en Russie et en Autriche. Je lui répondis que l'on nous recevait avec une grande politesse, mais qu'il était impossible de ne pas éprouver un sentiment pénible en voyant combien peu d'estime tous ces étrangers avaient pour les Français , sous le rapport militaire. A l'exception de la bravoure personnelle, qu'il était en effet impossible de leur contester, toutes les autres qualités du soldat leur étaient refusées. C'était en vain qu'on rappelait les victoires des généraux de Louis XIV et celles plus récentes du maréchal de Saxe ; ils prétendaient que l'art de la guerre était à c^tte époque dans l'enfÎBaice, mais que, depuis les progrès de la tactique et l'invention de nouvelles manœuvres , on ne verrait plus de pareils événements se renouveler; enfin, qu'à l'exception de l'artillerie et du génie, corps qui avaient de l'instruction, nos troupes étaient pitoyables. Le cardinal-ministre écouta ce rédt avec beaucoup trop de sang-froid ; mais, lorsque j'ajoutai que je voyais avec plaisir approcher le moment de rabaisser tant d'orgueil, que ce qui se passait en Hollande devait bientôt nous donner la guerre , ou du moins nous placer dans une attitude qui montrerait que nous ne la craignions pas, le cardinal m'interrompit avec vivacité pour me dire que c'était fort bien fait aux jeunes gens comme moi de montrer du zèle , mais que la France n'était point en état de se mêler des querelles de ses voisins ; que la Hollande avait ses inondations pour la défendre, conune nous avions nos places fortes. Cette ignorance des intérêts réels de l'Eut et cette prudence raneuse firent une impression profonde sur moi , et je me

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retirai en pensant qu*il en était de notre temps comme de cétm du chancelier d'Oxenstiem, lorsqu'il disait à son fils, qu'il envoyait visiter les principales cours de l'Europe : « Allez voir « avec combien peu de sagesse le monde est gouverné.

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