CAZALÈS
France. Depuis plus d'un demi-siècle, la conversation, loind^étre comme autrefois générale, se subdivise, dans les salons, &ï groupes de deux ou trois personnes ; il en résulte qu'on ne se parle presque plus qu'à Toreille , et ce chuchotage continuel, très-favorable à la malice et à la coquetterie, ne roule presque jamais sur des sujets sérieux, ou du moins traités sérieusement ; celui qui élèverait la voix et qui essaierait de fixéip l'attention de l'assemblée, eût-il tout l'esprit et toute la raison du monde, passerait pour un orgueilleux pédant, et le persiflage en ferait une prompte justice. Aussi Ton ne s'y expose point, et le ridicule, ce fantôme effroyable dont les grands enfants ont tant de peur, inspire une telle frayeur que personne n'ose le braver. Comment, au milieu de cette perpétuelle moquerie, acquérir une mâle assurance également éloignée de J'audace et de la mauvaise honte? Comment, avec des amours-propres si «raiutifs et si irritables, prendre le ton libre et ferme d'un homme qui se respecte et qui veut être respecté?
Ce qui prouve combien ces observations sont fondées, c'est qif elles expliquent d'une manière satisfaisante (ce qui serait incompréhensible dans tout autre système ) pourquoi les Anglais, si gauches et si décontenancés dans le monde, n'éprouvent aucun embarras dans leurs débuts politiques, tandis que les Français, avec toute leur grâce et leur aisance, sont, en pareille occasion, terriblement empêtrés. Le plus curieux, c'est que ce sont précisément les plus confiants et les plus fats qui s'en tirent le plus mal.
M. de Cazalès, qui avait toujours vécu en province ou en garnison, car il était militaire, n'avait point contracté dans les salons de Paris les défauts qui produisaient cette mauvaise honte , et il se présentait au public avec une noble assurance bien justifiée par l'étendue et la fécondité de son esprit. Les qualités distinctives de son éloquence étaient la chaleur et la véhémence , l'abondance et la justesse. 11 y avait peu d'ordre dans ses discours et souvent des répétitions ; mais le naturel