L'ÉVÉQUE D'ARRAS
Uévéque d'Arras Conzié , d*une famille noble de Savoie , était un de ces prélats plus politiques que religieux ; sa doctrine et ses mœurs étaient irréprochables , mais l'ambition était sa passion dominante. Placé, par les droits de son siège, à la tête des états d'Artois, il s'était servi de l'influence que lui donnait cette place pour gouverner despotiquement l'ordre du clergé, et même il prenait beaucoup d'autorité sur les deux autres. Je ne sais si c'est à son habileté, au bon esprit des Artésiens, ou à la forme de leur administration , que la province devait le bienêtre dont elle jouissait; probablement le devait-elle à ces trois causes réunies; ce qui est certain, c'est que les impôts y étaient assis avec intelligence, levés avec douceur et également répartis. Je trouve une preuve convaincante de cette assertion dans le vœu exprimé par plusieurs bailliages , à l'époque des états généraux, et consigné dans leurs cahiers , de recevoir une organisation entièrement semblable à celle de l'Artois. Heureux les Français si ces vœux eussent été exaucés ! La sa^ gesse paraissait, en effet, avoir présidé aux règlements constitutif de cette assemblée représentative. On avait pris, pour la noblesse, un juste milieu entre cette cohue des états de Bretagne, où tous les gentilshommes indistinctement avaient droit de voter, ce qui les faisait ressembler à une diète de Pologne dont on connaît les inconvénients, et le petit nombre des barons de Languedoc , qui n'étaient que viugt-sept pour représenter la noblesse d'une province grande et peuplée conmie les royaumes de Bavière ou de Saxe. Il fallait, pour être membre des états d'Artois , être seigneur de paroisse, ce qui supposait une fortune indépendante , sans cependant trop augmenter le
372 l'évêque d'abbas.
pouvoir des grands propriétaires ; car on ne pouvait .jamais avoir qu'Une voix , et même , pour ne pas donner trop d'IiH fluenceà certaines familles, il était statué que le père et le fils, non plus que les deux frères , ne pourraient pas siéger en même temps. Quant à la naissance , on exigeait quatre générations nobles; arrangement à la fois équitable et politique, qui donnait à la richesse la certitude de partager tous les droits de la première classe de l'État lorsque le temps aurait efi&oé les traces d'une origine trop récente , et que , grâces à l'éducation, les opinions, les formes, l'honneur même, qui s'acquiert, comme tout le reste , par l'imitation , seraient devenus naturels et héréditaires aux enfants des anoblis. Je m'étonne de ne pas trouver quelque institution semblable à Venise, dont le gouvernement était si réputé pour sa sagesse ; on y remplaçait, à la vérité, quelquefois les familles patriciennes qui s^éteignaient ; mais, en inscrivant de riches citoyens sur le Livre d'Or, on leur donnait d'emblée tous les droits des nobles. II n'y avait qu'à Gênes où l'on fît quelque différence entre l'ancien et le nouveau portique. Mais cela avait un autre défaut , puisque la distinction, quelque légère qu'elle fût , était ineffaçable. Il faut laisser au public, qui s'en acquitte volontiers, le soin d'honorer par des égards et des attentions marquées l'ancienneté de l'extraction et la mémoire d'illustres aïeux ; quant aux rangs et aux titres, ils doivent toujours être à la disposition du prince. Je me persuade que ces détails sur l'organisation d'une de nos moindres provinces, ces réflexions sur des institutions détruites, ne paraîtront oiseuses et superflues qu'aux esprits superficiels, qui oublient que nous vivons dans une monarchie.
La présidence des états d'Artois donnait à l'évêque d'Arras l'occasion de fréquentes communications avec la cour, auxquelles il attachait tant de prix qu'il aima mieux faire passer son frère à l'archevêché de Tours que de prendre pour luimême ce siège plus riche et plus élevé que le sien. Ce prélat , longtemps évêque de Saint-Omer, était tout rond, au moral
L^ÉVÉQUE d'ABBAS. Z79
comme au physique ; bon, simple et affable, il n'avait ni les défauts, ni les qualités de Tévéque d*Arras, dont Tabord et le caractère étaient également impérieux. Une taille haute, des épaules carrées , la voix forte , une figure sévère r tout annonçait en lui un homme que la nature a destiné au conunandement ; mais des manières plutôt brusques que nobles, un ton plus tranchant que paternel , convenaient moins à un évéque qu'à un capitaine de grenadiers. Son esprit était plus solide qu'étendu , et il avait plus de prudence que d'adresse. Cependant il se servait habUement de son air d'autorité pour se faire obéir sans réplique et pour imprimer plus de crainte que de respect ; ce qui n'empêcha pas quelques bons observateurs, de deviner son secret et de dire que toute sa force était dans sa voix. Il travailla toute sa vie pour parvenir à être ministre , et il est à croire que si M. de Choiseul , à qui il était dévoué, fût rentré en place, ses vœux auraientété exaucés ; mais Louis XVI, ainsi que ses frères, avaient de fortes préventions contre lui ; il avait d'ailleurs^ dans la personne du cardinal de Loménie , un concurrent redoutable, plus brillant , mais certainement moins capable que lui.
Au reste, l'évéque d'Arras parvint, vers la fin de sa carrière, à obtenir l'ombre de ce pouvoir ministériel, objet si ardent de ses souhaits. Il passa tout le temps de la Révolution en pays étranger. En Russie, il fut atteint d'une attaque d'apoplexie qui ne l'empêcha pas de vivre encore plusieurs années et qui ne laissa pas de traces sur son visage ; mais son esprit s'en ressentit. Vainement cherchait-il à déguiser la faiblesse de sa tête en outrant la hauteur habituelle de ses formes ; on perçait aisément le mystère. Il ne fît que du mal à son parti.
.L'ABBÊ DE BALIVIÈRE. /
n y avtât êttOË ce tèmp»^ à la cour un ainndiriar ^ mi qvSiy avec les igpûts les plus opposéB à son état, telt^ 9^^ diasse ^ le jeu, n\m rasipfissaît pas moliia exactoM^ ▼oin Ibpassait la plus grande partie de la nuit avouer, nuÉlil ne se coûdbait jamais sais dire son bréviaire. B<Hi,'diiiple et diaritable, ses niaiseries et son ignorance étaient- pnfaii Amusantes, il aimait beaucoup la politique, mais, comme vous afles Toir, il n'y était pas fort. Peidant la guerre d^AmMpie, fl dit un soir à madame de Polignac, en faisant sa partie de piquet : « Il est bien souvent question, dans la gazette, ê»VablHiye (t) « de Chesapeak; c'est sûrement un bon bénéfice; 8*0 est'ja- « mais vacant, et que M. de Rocliambeau soit victorieux. Je « prierai la reine de le demander pour moi au Congrès. » Je ne sais comment il se mêlait à toutes ses actions une teinte de ridicule. Un jour, à la chasse du cerf, il rencontra un piqueur qui venait de se casser la jambe ; il descendit avec empressement de cheval Cétait au milieu d'une forêt, par conséquent loin de tout secours. Le blessé poussait des cris affreux. Le bon abbé, ne sachant que lui offrir, lui proposa ime prise de tabac. N'allez point conclure de tout ceci que l'abbé de Balivière fût un sot ; il jouait parfaitement bien tous les jeux qui demandent le plus de combinaisons ; il conduisait avec beaucoup d'intelligence les affaires de son abbaye de Royaumont, donnait aux pauvres avec discernement; enfin, s'il disait des sottises, iln'eik faisait jamais. Chez bien des gens c'est le contraire.
(I) Pour la baie de Chesapeak.
Dans cette fameuse assemblée que Ton a nommée , je ne sais pourquoi . constituante , et qui ne le fut jamais ni de droit ni de fût, caAes règlements incohérents et éphémères qu'elle publia ne méritent point le nom de Constitution, il y avait beaucoup de talents, mais très-peu d'hommes forts. Le comte de Mirabeau en fut un.
Les égarements de sa jeunesse, l'emportement de ses passions coupables scandalisèrent sa province; dans un âge plus avancé, la véhémence de ses opinions révolutionnaires retentit dans toute l'Europe.
Au conmiencement des états généraux il fut l'idole du peuple en même temps que l'objet de la terreur et du ressentiment de son ordre ; mais bientôt on reconnut qu'ennemi du despotisme ministériel, dont il avait personnellement à se plaindre, il n'en était pas moins attaché, dans le fond, à la monarcliie. Sa popularité en diminua ; les démagogues se crurent trahis, et les royalistes sensés espérèrent que ses talents, qui avaient contribué à ébranler le trône, pourraient le raffermir. Mais, dans cette fluctuation de l'opinion sur ses principes et ses vues, son génie supérieur et l'ascendant de son éloquence commandèrent tofyours l'admiration des partis opposés, et sa mort prématurée excita des regrets universels. Pour moi, je ne crois pas qu'il fût au pouvoir d'un homme d'arrêter ce torrent révolutionnaire, si faible dans sa source, si impétueux lorsqu'on lui eut laissé recueillir tous les égouts de la société. Qui d'ailleurs aurait pu sauver la monarchie malgré le monarque? Mais si la Terreur pouvait être prévenue, si ce terrible fléau n'était pas
irrévocablement arrêté dans les décrets éternels , certes personne n'était plus en état que lui de déjouer les horribles coin» plots des scélérats aussi méprisables qu'odieux qui dévastèrent la France à cette désastreuse époque , et, sous ce rapport, sa mort, que beaucoup de gens, quoique à tort, croient avoir été avancée par le crioie, fut une calamité publique.
Le comte de Mirabeau aimait la liberté par sentiment, la monarchie par raison, et la noblesse par vanité, jusque-là qu^îl fit faire des li^vrées à ses gens, dès que ses moyens Je lui permirent, dans un temps où tout le monde les leur ôtait. Il dissimulait avec adresse cet attachement que le parti populaire ne lui eût point pardonné , et je Tentendis répondre à des députés républicains alors, mais qui depuis ont bien changé, et qui le consultaient sur les moyens de détruire cette institution : « Cela « ne sera pas difficile ; mais songez , messieurs , qu'il faudra « toujours un patriciat en France. »
On l'a taxé d'orgueil ; accusation injuste, car il n'avait ni hauteur, ni arrogance, compagnes inséparables de Forgueil ; mais il avait la conscience de sa supériorité, et quelquefois il l'exprimait avec une naïveté qui choquait la médiocrité et l'envie. Dans ce moment solennel où la vérité recouvre tous ses droits, au lit de la mort, il dit à son valet de chambre qui lui soutenait la tête : « Hélas! tu portes la plus forte tête de France. » Et cotte phrase, qui paraît si orgueilleuse, était accompagnée de regrets sincères sur la triste situation où il laissait sa patrie. Peu de temps auparavant je lui avais entendu dire, avec l'expression de la douleur la plus vraie : « Nous périssons, et nous « n'aurons pas même les tristes honneurs de la guerre civile ; " la France meurt par la dissolution. » Je ne puis citer ici le mot énergique, mais bas et dégoûtant, dont il se servit.
On croit généralement que la cour voulut acheter son suffrage et qu'elle y réussit ; je partage cette opinion. Tout ce qu'on peut dire pour son excuse, c'est que, s'il manquait à la délicatesse en recevant cet argent , du moins il ne trahissait
pas sa consdence, puisqu'il était attaché par principes à la royauté. J'ajouterai que le gouvememeot , avec sa maladresse ordinaire , voulut le forcer à se ranger ouvertement de son côté. C'était lui faire perdre inutilement sa popularité et son ascendant. Il fit des représentations : on suspecta sa foi, et il ne rendit aucun service à la cause royale. Mais on avait fait une bien plus grande faute en laissant échapper la seule occasion d'amortir les effets de la Révolution. Au mois d'octobre 1789, on avait eu l'idée de choisir dans le sem de l'Assemblée un ministère habile et fort, en le composant de ceux^ qui avaient déployé de grands talents dans le p^rti populaire. L'ambition, bien plus que le désir des réformes, avait excité leur zèle , et d'ailleurs il est dans la nature de l'homme de ne pas chercher à limiter le pouvoir dont il jouit. Cette heureuse imitation de ce qui se pratique- chez une nation rivale eût sauvé la France en privant les factieux de leurs chefs, qui faisaient alors toute leur force. Mirabeau eût été l'un des ministres. Ce projet fut déjoué par ceux qui avaient le plus d'intérêt à le faire réussir. Les royalistes, se joignant pour la première et l'unique fois à leurs ennemis les plus acharnés , les républicains de l'Assemblée , firent passer un décret qui déftmdait à aucun membre d'accepter une place dans le ministère. Ils s'applaudirent de oe triomphe qui consomma la perte de la monarchie ; dès lors, en effet, elle fiit irrévocablement détruite. Le roi et ses agents furent exposés aux attaques redoublées des fauteurs de l'anarchie ; les calomnies restaient sans réponse, et les plus absurdes étaient avidement reçues par un peuple égaré et crédule. Mais il n'est pas même nécessaire que l'on soit dans un temps de troubles pour éprouver un résultat aussi fâcheux de l'abs^ce des ministres dans l'assemblée des représentants de la nation ; elle est tellement funeste qu'aujourd'hui que la Constitution anglaise est établie depuis un siècle , et qu'elle est soutenue par l'assentiment de la grande majorité du peuple, si les ministres étaient exclus du Parlement pendant une seule session^ la démocratie
S78 iB Gems m mBÀfiBAH.
reinplaeeindt la royauté. Il n'y a pa9 un Às^^ qii:iam:4» cette yérité. , ' •■ . . x . »
Yen l'époque dont nous parions, M. Nedier «mit., de fleeoaliaeEaTeoleeomte de Mirabeau; ils eunntJ ^ime oonféraiee .dont parie madame de Staël dam veMiimoires sutscm père. Je vis Mirabeau au sortir de mUrUMsttkn, qui ne dura pas de moins de cinq heures ^'Vàiffllliiilh Ût à Tîm, Void ses propres mots : « Parée qi)ifr*illit.J|Bi9- « ker est un deshommes de Franoe qui a le phis d;«S|acil»il « se oroit du gâiie; mais ihn'est fort qu,'en finaneeft, et les « finanoes ne sont point tout l'État. » 11 était in^oiBîb^^qna deux caractères aussi dissemblables pussent jamais s'aoocnder. •M. 5ecker était calme et emj^tiqns,; M. Â) Mirabeau Tii0 impétu^ix. L*un pariait toij^ours ^ hommesdeleurs deroin» l'autre s'adressait à leurs passions, et son étoçBencefftaôt eeUa d'un tribun, au lieu que tes discours du ministre des ftumosi tenaient unpeuderhomâie,etméme surla.finil qett ^ps entendre que des lamentations prophétiques. Ces personnages célèbres n'avaient de commun que beaucoup d'esprit et d'ambition. Ajoutez cependant qu'ils aimaient tous les deux la liberté, pourvu toutefois qu'ils fussent les maîtres absolus et que rien ne leur résistât; car ils étaient excessivement impérieux; mais on pouvait, si j'ose le dire, reconnaître un goût de terroir dans leurs principes politiques : le bourgeois de Genève penchait pour l'égalité et les institutions démocratiques, tandis que le gentilhomme provençal inclinait pour la noblesse et l'a* ristocratie.
La nature avait formé le comte de Mirabeau bon et sensible, mais la violence de ses passions et la dureté d'un père égoïste et bizarre l'avaient égaré et lui avaient même fait commettre des actions coupables. Pendant toute sa vie les circonstances forent opposées à son bonheur et à sa considération, mais elles furent favorables au développement de ses talents. Ses fautes et ses malheurs lui avaient fait perdre l'habitude de la bonne
compagnie; il en avait été repoussé, et il était trop fier pour se soumettre à aucune humiliation Lorsqu^en 1789 sa célé< brité le fit recherdier, il entrait dans un salon avec un air de reconnaissance embarrassée qui ne cessait que quand la conversation s'engageait ; alors il retrouvait bien vite sa place, qui était la première. Il était d'une société'douceet d'un commerce agréable ; quand on l'irritait , plus colère que vindicatif, audessus de la malignité et de l'envie, comme presque tous les hommes supérieurs. U avait du plaisir à dire des choses obligeantes. Je me ressouviens que, pendant qu'il était président de l'Assemblée nationale, M. Tronchet, vieillard vénérable et déjà cassé, lisait un rapport long et d'un médiocre intérêt; on Êdsait du bruit; Mirabeau, pour le faire cesser, dit en agitant sa sonnette : « Messieurs, veuillez vous rappeler que la poitrine « de M. Tronchet n'est pas aussi forte que sa tête. » Il disait aussi de M. M. de M., qui avait toute la fraîcheur de la jeunesse et dont 4a peau était d'une blancheur éclatante, « qu'il avait « l'âme de son teint ; » vérité un peu recherchée. Je ne connais de lui qu'une repartie maligne. Rivarol venait de sortir d'une maison où il avant coutume de passer la soirée avec Mirabeau et quelques-uns de ses amis ; tout à coup il rentre en poussant les hauts cris ; il se plaint qu'on a voulu l'assommer à coups de bûche. « Remarquez, Messieurs, dit gravement Mirabeau, « combien l'imagination de Rivarol agrandit tous les objets ; « je gagerais que cette bûche n'est rien autre chose qu'une « canne. »
Le comte de Mirabeau était d'une taille moyenne ; il était fort gros quand je l'ai connu au commencement de la Révolution, mais encore leste. Ses yeux étaient plems de feu, et tous ses traits étaient agréables; cependant la petite vérole avait terriblement maltraité son visage. Son front était bas, et il avait conservé à plus de quarante ans une forêt de cheveux, chose rare en France, avec tant d'esprit et d'intempérance. L'expresnon habitUeUe de sa physionomie était un sourire ironique ; à
••• MM COÊtB B9 MIRAMEàXS.
h tribuoe, «es otfA^fw étaient noUei, sa Toh forto ieB gestw juste* et prononcés. Oniïe s'attendait pas , oonnsissant VhnpétaoM de son canœtèie, à Tentenàfe parler kats^ ment, qoelquefbis a?ee iteherehe, quoiqull m^risât FiAe^ tatîon dans les autres.^Son style était rempli damages, mais dor et inégal; il se faisait à faire des rapprodienafints^iBâltaK dos; s'ils étaient justes l'expression était le pins soiniêitt Usarre, et les mots s'étonnaient de se trouver enseaUa.- On reconnait ces dé&uts , gumque à un moindre degré , dkms ks ouvrages qu'il a publiés, ainsi que dans ses Lettres à Sopbie, production qui prouve une âme ardente et une tête ferte, mais qui manque de délicatesse et de goût. Presque toujours en butte à la violence des partis, il supportait avec une feiogulièrB patience les interruptions et même les injures. 11 ne fallait pas moins qu'une accusation injuste et grave poor exciter aa eolère;mais alors il ne se contenait pas; son talrat se dévelopjpait dans toute sa force comme un torrent qui ron^ ses digues, ou plutôt il tonnait, et son éloquence foudroyante accablait ses adversaires : on eût dit un géant écrasant des pygmées. Ses raisonnements étaient solides et pressants, sa dialectique serrée sans être subtile. Jamais il ne permettait d'écarts à sa riche imagination ; m^is ses idées avaient de la grandeur, et ses sentiments de la noblesse.
On a douté de son courage. Ce reproche, toujours bien peu vraisemblable lorsqu'il s'adresse à un militaire français, était démenti par sa conduite pendant la guerre de Corse, où il s'était bien montré. Ce qui avait donné lieu à cette accusation, c'était qu'il avait refusé des défis politiques, ou4)lutôt qu'il les avait ajournés après TAssemblée ; il avait même fini par rédiger une circulaire assez plaisante : « Monsieur, je vous ai mis sur « ma liste ; mais je vous préviens qu^elle est longue, et que je « ne saurais faire de passe-droits. »
Le comte de Mirabeau prononça à la tribune de l'Assemblée nationale un assez grand nombre de discours écrits ; plusieurs
rapports sur des objets intéressants portent aussi son nom. Il est certain que la plupart de ces pièces ne sont pas de lui ; on nomme Tauteur de l'Adresse aux troupes, du Discours sur le veto^ du Rapport sur les monnaies, etc., etc II y a apparence, quoique Ton m'ait assuré le contraire, qu'il corrigeait ces morceaux, comme les grands peintres retouchent ceux qui sortent de leurs ateliers. Dans tous les cas, rien ne prouve mieux, à mon gré, la supériorité de cet homme extraordinaire que ce nombre d'écrivains distingués qui s'empressaient de lui prêter leurs plumes. Les talents s'attachent au génie par un attrait semblable à celui qui, dans la nature, retient les satellites dans Torfoitedes grands astres.
Le vicomte de Mirabeau, qui attira l'attention publique par l'exagération de son aristocratie et par de folles bravades, était deux fois plus gros que son frère et une fois plus petit, ce qui lui composait une figure passablement ridicule. Les faiseurs de caricatures s'en emparèrent , et, comme on savait qu'il aimait le vin et la bonne chère, ils imaginèrent de l'affubler d'un tonneau et de donner à ses petites jambes la forme de bouteflles. Cette représentation grotesque se vit par centaines, pendant plusieurs années, sur les quais et lès boulevards de la capitale; elle valut à l'original le nom de Mirabeau-Tonneau, qu'il conserva tonte sa vie. 11 avait un courage très-brillant, quelques talents militaires, de l'esprit et de la gaieté, mais peu de jugement et de conduite. Il faisait très-plaisamment les honneurs de ses parents et les siens. « Dans tonte autre fa- « mille, disait-il, je passerais pour un mauvais sujet et pour « un homme d'esprit; dans la mienne, on me tient pour un « sot, mais pour homme rangé. »
la tribune, ses manières étaient nobles, sa voix forte et criarde, ses gestes justes et prononcés. On ne s'attendait pas, connaîssant l'impétuosité de son caractère, à Tenlendre parler lentement, quelquefois avec recherche, quoiqu'il méprisât Faffectation dans les autres., Son style était rempli d'images, mais dur et inégal ; il se plaisait à faire des rapprochements inattendus ; s'ils étaient justes l'expression était le plus souvent bizarre , et les mots s'étonnaient de se trouver ensemble. On reconnaît ces défauts , quoique à un moindre degré , dians les ouvrages qu'il a publiés, ainsi que dans ses Lettres à Sophie, production qui prouve une âme ardente et une tête forte, mais qui manque de délicatesse et de goût. Presque toujours en butte à la violence des partis, il supportait avec une singulière patience les interruptions et même les injures. U ne fallait pas moins qu'une accusation injuste et grave pour exciter sa colère ; mais alors il ne se contenait pas ; son talent se développait dans toute sa force comme un torrent qui rompt ses digues , ou plutôt il tonnait, et son éloquence foudroyante accablait ses adversaires : on eût dit un géant écrasant des pygmées. Ses raisonnements étaient solides et pressants, sa dialectique serrée sans être subtile. Jamais il ne permettait d'écarts à sa riche imagination ; mais ses idées avaient de la grandeur, et ses sentiments de la noblesse.
On a douté de son courage. Ce reproche, toujours bien peu vraisemblable lorsqu'il s'adresse à un militaire français, était démenti par sa conduite pendant la guerre de Corse, où il s'était bien montré. Ce qui avait donné lieu à cette accusation, c'était qu'il avait refusé des défis politiques, ou plutôt qu'il les avait ajournés après FAssemblée ; il avait même fini par rédiger une circulaire assez plaisante : « Monsieur, je vous ai mis sur « ma liste ; mais je vous préviens qu'elle est longue, et que je « ne saurais faire de passe-droits. »
Le comte de Mirabeau prononça à la tribune de l'Assemblée nationale un assez grand nombre de discours écrits ; plusieurs
rapports sur des objets intéressants portent aussi son nom. Il est certain que la plupart de ces pièces ne sont pas de lui ; on nomme Fauteur de TAdresse aux troupes, du Discours sur le veto, du Rapport sur les monnaies, etc., etc II y a apparence, quoique Ton m'ait assuré le contraire, qu'il corrigeait ces morceaux, comme les grands peintres retouchent ceux qui sortent de leurs ateliers. Dans tous les cas, rien ne prouve mieux, à mon gré, la supériorité de cet homme extraordinaire que ce nombre d'écrivains distingués qui s'empressaient de lui prêter leurs plumes. Les talents s'attachent au génie par un attrait semblable à celui qui, dans la nature, retient les satellites dans l'orbite des grands astres.
Le vicomte de Mirabeau, qui attira l'attention publique par l'exagération de son aristocratie et par de folles bravades, était deux fois plus gros que son frère et une fois plus petit , ce qui lui composait une figure passablement ridicule. Les faiseurs de caricatures s'en emparèrent, et, comme on savait qu'il aimait le vin et la bonne chère, ils imaginèrent de l'affubler d'un tonneau et de donner à ses petites jambes la forme de bouteflles. Cette représentation grotesque se vit par centaines, pendant plusieurs années, sur les quais et lès boulevards de la capitale; elle valut à l'original le nom de Mirabeau-Tonneau, qu'il conserva toute sa vie. 11 avait un courage très-brillant, quelques talents militaires, de l'esprit et de la gaieté, mais peu de jugement et de conduite. Il faisait très-plaisamment les honneurs de ses parents et les siens. « Dans toute autre fa- « mille, disait-il, je passerais pour un mauvais sujet et pour « mi homme d'esprit; dans la mienne, on me tient pour un « sot, mais pour honmie rangé. »
BAHNAVE. '::■■
y^s te milieu de r Assemblée nationale, m^i prise , un jeune avocat soutenir contre le eomt» de l une lutte mémorable, dans la discussion solennelle àéink ^ de guerre et de paix. Ce jeune homme était BarnaferH annft reçu de la nature un talent distingué, uneéloeution teOe, jàm de dignité que de grâce. Quant à sa personne, sans être grand il était Men fait ; niais ses ttaits n'étaient pas régafiers :; fl avaft le visage allongé et la bouche grande; sa Yofx étdt lorte , mail peu sonore, et sa prononciation n'était pssnette. Son esprit était étendu et cultivé ;U en avait plus que da jugement, etee' qui était aussi dangereui pour lui que pour seè aodifipucf, d'est qu'il abondait dans son sens, et que sa dialeetîqaeinnée et pressante savait donner aux paradoxes des couleurs brillanies ' et des formes spécieuses. Ses discours étaient d'autant plus persuasifs qu'il était persuadé lui-même. Cette puissance d'un cœur vrai, qui, dans les choses saintes, unie à la douceur, se nomme, onction , ce cri de la conscience que tout l'art du monde ne saurait imiter, exercent sur les hommes rassemblés un singulier ascendant. L'estime que l'orateur inspire donne , à notre insu^ du poids à ses raisons; on les écoute avec con« fiance et l'on se laisse séduire sans être convaincu.
La conduite de Barnave dans l'Assemblée , ainsi que celle de ' plusieurs de ses confrères , gens à talents comme lui , doit prouver tout le danger que Ton court à souffrir, dans les assemblées politiques, ces hommes accoutumés, par leur profession , à ne voir ou du moins à ne présenter les questions que d'un côté, à éluder les objections, à s'adresser aux passions préférablement à la raison, les avocats enfin. Il était bien sage
BARNÀYE. 383
cet ancien peuflle qui, jusque dans les tribunaux, avait proscrit l'éloquence. Et cependant les juges sont graves et expérimentés; rétude des lois, l'observation du cœur humain, l'habitude des affaires leur donnent les moyens de démêler la vérité à travers les artifices de la rhétorique, au lieu que les membres des assemblées représentatives , pris dans tous les ordres de la société, choisis plutôt par considération pour leurs propriétés et leurs vertus que par égard pour les qualités de l'esprit, sont moins en garde contre les prestiges de la parole, plus aisément séduits par des sophismes ou entraînés par une chaleur contagieuse. Si ces observations ne sont pas dénuées de fondement, elles semblent plus particulièrement applicables à un peuple léger, crédule et inflammable, tel que celui qui a toujours habité le sol français.
Bamave aimait véritablement la liberté ; cette passion si naturelle s'était accrue chez lui par la lecture des ouvrages éloquents de nos philosophes modernes, qui la représentent si aimable et si séduisante. C'est en effet dans de tels livres , c'est dans l'imagination d'une jeunesse honnête, mais exaltée, qu'elle a son plus beau temple; c'est là que, sur un trône d'or, assise entre l'humanité et la justice, elle reçoit les hommages de ses fiers et sensibles adorateurs. Mais que cette grande déesse descende sur la terre, surtout qu'elle se montre au milieu d'une nation civilisée jusqu'à la corruption, et bientôt les excès de la licence, les fureurs de l'anarchie, les inconvénients de toute espèce souilleront son règne et empoisonneront ses bienfaits.
L'ambition s'était unie à l'amour de la liberté dans l'âme de Bamave; lorsque cette passion est encouragée dans un jeune cœur par le succès et les applaudissements publics, il se persuade aisément que l'intérêt de l'Ëtat est d'accord avec son désir d^acquérir des places et du pouvoir. Le patriotisme devient alors une raison de plus pour chercher à s'élever, et l'on croit obéir au devoir en ne suivant que les impulsions de l'orgueil.
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Il faut convenir que ce député réunissait, en «ffet, des tal^ts distingués à des qualités estimables ; rare assemblage qui pouvait l'aveugler , ainsi que ses admirateurs, sur ses moyms et sa capacité. II joignait à une éloquence très-remarquable un véritable courage, et il en doniia des preuves dans une querelle particulière qu'il eut à soutenir contre M. de Cazalès. Maïs ses nombreux amis eurent à regretter que son défaut de jugement et la fougue de son caractère lui aient fait commettre deux fautes assez graves pour imprimer sur sa mémoire une tache ineffaçable.
Des discours bien follement coupables furent prononcés dans l'Assemblée nationale , mais on n'y entendit peut-être que deux mots atroces , et ce fut Bamave qui les prononça. Après les meurtres de Berthier et de Foulon, crimes que des circonstances horribles rendaient encore plus odieux, il fit entendre à la tribune ces paroles effroyables : « Le sang qui « coule est-il donc si pur? » Une indignation générale se manifesta dans l'Assemblée. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que, loin d'être cruel et sanguinaire, Bamave avait des mœurs douces ; que, naturellement ami de l'ordre , il ne pouvait que désapprouver de tels excès ; mais le désir d'excuser le peuple l'égara , et ce fut sans doute sa profession qui lui suggéra de défendre une si mauvaise cause. Plus tard, lorsqu'il fut question de la liberté des nègres, lorsqu'aux vaines déclamations des prétendus amis des noirs les colons et les négociants de tous les ports de France opposaient l'intérêt du commerce, de l'agriculture, de la richesse nationale, de la puissance maritime, enfin l'intérêt de ces mêmes individus qui ne demandaient point cette arme dangereuse qu'on voulait remettre entre leurs mains et qu'ils devaient bientôt tourner contre eux-mêmes , on vit Barnave, toujours abusé par les sophismes lorsqu'il s'agissait de liberté, soutenir avec véhémence la cause des révolutionnaires. Dans cette discussion orageuse , ne trouvant rien à répondre aux raisonnements pressants de ses adver-
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saîres , qui montraient la ruine inévitable des colonies dans le décret proposé,' il s'écria : « Hé bien! périssent les colonies « plutôt que les principes. » — Insensé ! pour qui réclamezvous ces principes ? à quelle espèce d'êtres doivent-ils être avantageux? Ce n'est point à vos compatriotes , à vos contemporains, de quelque couleur qu'ils soient. Direz-vous qu'une autre génération, dans quelques siècles , amélios^e , perfectionnée, sans passions, sans défauts, jouira de la plénitude de ses droits et qu'elle n'en abusera point? Funestes abstractions ! désastreuses rêveries ! faut-il que vous ayez eu le pouvoir de couvrir de cendres et de deuil les plus florissantes contrées du globe ! Hélas! ce n'est pas aux colonies seules qu'elles borneront leurs ravages ; la métropole elle-même, bientôt en proie à des forcenés , deviendra une scène de dévastation et d'horreur. Les malheureux ! ils étaient parvenus à dénaturer ce mot de principes, synonyme de morale et de justice, au point d'en faire un signe effroyable de terreur et de calamité qui glaçait tous les cœurs. Ainsi le fanatisme avait jadis rendu la religion sanguinaire et terrible ; car la perversité humaine a trouvé , dans sa frénésie , le moyen d'abuser de ce qu'il y a de plus sacré dans le ciel et sur la terre. — Mais finissons. Bamave est mort victime de la Révolution et gémissant sur ses excès ; il a payé de sa tête des erreurs que l'on pourrait reprocher, avec plus de justice, à ceux qui confièrent de si graves fonctions à son inexpérience . Dans tous les cas, la* punition fut de beaucoup trop forte, puisqu'il avait des idées libérales et des vues honnêtes. Laissons en paix sa cendre ; l'indignation publique ne doit poursuivre au delà de la tombe que le crime, c'est-à-dire les mauvaises intentions.
CAZALES-
M. de Cazalès, député aux états généraux, avait beaucoup d'esprit naturel et la vivacité du Languedoc, sa patrie. Sa jeunesse n'avait pomt été aussi orageuse gue celle du comité de Mirabeau , auquel il fut constamment opposé ; ses passions moins violentes n'eurent point des suites si fâcheuses,, mais sa conduite ne fut guère plus sage, et on lui reprocha toujours d'être joueur et dérangé. L'on fut donc étonné que ses compatriotes eussent confié leurs intérêts, dans une occasion si importante, à un homme qui n'était pas en état de gouverner ses propres affaires. Au reste , ce choix ne fut pas, à beaucoup près, le seul qui inspira de Tétonnement et même de l'effiroi aux personnes prévoyantes et expérimentées. Il y avait , en effet, dans cette mémorable Assemblée, un assez grand nombre d'hommes d'un esprit distingué , mais la très-grande majorité était évidemment médiocre sous tous les rapports ; et ce n'était pas seulement dans la classe des curés, que M. Necker, par une désastreuse politique, et en contravention formelle aux anciennes constitutions du royaume, avait jugé à propos d'introduire en foule dans la députation du clergé.
On ne pouvait pas attendre beaucoup de lumières de ces pasteurs, en général plus respectables qu'éclairés, étrangers par leurs fonctions aux affaires et à l'administration ; il était même naturel qu'ils fussent séduits par la faconde astucieuse des novateurs, qui leur parlaient de l'intérêt du peuple, auquel ils tenaient par la naissance et par les liens si puissants de la bienfaisance et de la charité. Des hommes simples et honnêtes devaient être entraînés par de tels motifs. Mais il est surprenant que, dans un siècle où l'instruction était aussi répandue, et
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chez une des nations les plus spirituelles de l'Europe , on ait dioisi dans la noblesse et dans le tiers -état tant de gens ignorants et incapables. Aussi, lorsqu'on porta la liste réunie de toutes les nominations au baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, département dont les attributions étaient, à peu de chose près , semblables à celles du ministère de Tintérieur, il s'écria avec beaucoup de raison : « Qu'aurait-on dit des mi- « nîstres du roi s'ils eussent fait de pareils choix ? »
Si M. de Cazalès n'avait pas ^ en arrivant aux états généraux, la considération que donnent la sagesse et la gravité , il y acquit bientôt une célébrité qu'il dut à son éloquence et l'estime que l'on accorde toujours à la fermeté et à l'énergie. Son courage ne se démentit point pendant toute la durée de l'Assemblée , et il méprisa égale^nent les injures de ses adversaires, les cris des tribunes et les insultes de la populace, qui quelquefois n'étaient pas sans danger. Le talent de M. de Cazalès fut d'autant plus remarqué qu*il était le seul de son ordre , si l'on en excepte M. de Clermont-Tonnerre , qui s'exprimât avec cette facilité. Mais cette qualité, qui leur était commune, ne leur donnait aucun autre trait de ressemblance; le calme et la dignité de l'un contrastaient même avec la vivacité de l'autre. M. de Clermont- Tonnerre avait certainement beaucoup d'esprit et des manières nobles comme son origine ; mais il devait plutôt à l'art qu'à la nature le talent de la parole ; il avait acquis cette aisance dans les assemblées de' francs-maçons, qu'il fréquentait très-assidûment, sans doute dans ce dessein. Ce n'est pas que les sujets vagues et obscurs que Ton y traite soient utiles pour se perfectionner dans la logique, base de la véritable élocjuence; mais, en parlant devant un grand nombre d'auditeurs, on se guérit nécessairement de cette inexplicable timidité qui nous prive tout à coup de la mémoire et des autres facultés de Tesprit. J'ai souvent réfléchi sur la cause de cet embarras que j'ai éprouvé péniblement moi-même, et je suis porté à croire qu'il tient, en grande partie , aux mœurs actuelles et à l'état de la société en
France > Depuis plus d'un demi^siède, la conversation, loin d'être CDinme autrefois générale, se subdirisc, dans les salons, en groupes de deuit ou trois personnes ; il en résulte qu'on ne se parle presque plus qu'à Toreille , et ce cliucbotage coEtînuel, trè&-faTQrable à la malice et à la coquetterie, ne roule presque jamais sur des sujets sérieux, ou du inoins traités sérieuse* ment ; celui qui élèverait la voix et qui essaierait de fixer Fat* tetition de rassemblée , eût-^il tout T esprit et toute la raisou du monde, passerait pour un orgueilleux pédant, et le persiOage en ferait une prompte justice. Aussi Ton ne s'y expose poiut^ et le ridicule, ce fautôme effroy^ihle doi^t les grands eiif;mts <MII tant de peur. Inspire une tdle frayeur que personne n'os^ le braver. Gomment, au milieu 4e cette perpétuelle moquerie, aoquénr une mâle assurance «également éloignée^e l'audace et de là mauvaise honte? Gomm^tf avec des amours-propres si «raintifs et si irritables, prendre le ton lil^re et ferme d'un lioQkme qui se respecte ^ qui veut être respecté?
Ce qui prouve combien ces observations sont fondées, c'est qu elles expliquent d'une manière satisfaisante ( ce qui serait incompréhensible dans tout autre système) pourquoi les Anglais, si gauches et si décontenancés dans le monde, n'éprouvent aucun embarras dans leurs débuts politiques, tandis que les Français, avec toute leur grâce et leur aisance, sont, en pareille occasion, terriblement empêtrés. Le plus curieux, c'est que ce sont précisément les plus confiants et les plus fats qui s'en tirent le plus mal.
M. de Cazalès, qui avait toujours vécu en province ou en garnison, car il était militaire, n'avait point contracté dans les salons de Paris les défauts qui produisaient cette mauvaise honte , et il se présentait au public avec une noble assurance bien justifiée par l'étendue et la fécondité de soia esprit. Les qualités distinctives de son éloquence étaient la chaleur et la véhémence, l'abondance et la justesse. Il y avait peu d'ordre dans ses discours et souvent des répétitions; mais le naturel
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a presque toii|oiirB de rarantaçc sur Fart pour éawœniœ La hommes rassemblés. Aosa briDait-iU éms la vivaedé <ies dfe^ cassions, par des icpliqaes cnosiqiKS et famunenses pintât que dans des qoetfmii cooipiiqiKes, (|tn (iemauii!ac <^ sances approfoodieSy firoit de kmeaes ésaàes : a riisaipacUui dans laquelle fl arait toiôoins véea ne bn avait ?as permis ie les acquérir. Dans ces oceanons. cciel (pii lisaient «ies ti»?niii9 écrits, usage que le peanoèdode de parier 'Si poiuie iusait tolérer en France, qooifrl aaft pmsaitflL .ui^eser?», iraipst quelque avantage sarioL 31. deCaaafe». duMpe ie se »t ^tm supérieur dans tooi la çors^ s^app&pia 2 «nmpivier m ie ces discours pn^Muéi, et, m iat a » memnir». i ^nmmeara à le réciter comme ffl ètàL iosprivise : mats . } SÈesan m 1 avançait, lamadtédest»eifntIiiipFni!a£ant4es-^iiiv^ velles, il s'embroidfa Iffrurat rpil Ini Jic jnç0UtsâÙÊt ie mo^ tinuer; et la petite ihiilMiiii' fist'imiiwrK.
Défenseur zâé da trtee et tnoqonn scft 1 «nmiiaitm wir la monarchie , qooifBe l a ywuri vainea. X. le Caaaii» ïrait une rectitude d'opril^ ri'iiiVfi ii'f de Kunbfv tau l^aam^ ration que Fou irp i iwhj i l â um parti. Pior jiu 1 ytPsmsasÊX. ( avec autant d'adroK <pie de fama, j^ nvw&ê truimie j» sauve-garde de b praapîiîit naiîMaie ^insk me ^sutua^ / v vantage d'une famille et dTiB fïridr» 4f( ^Awaak ^rrJensi. ]^Iais un jour qoH avait à vqpfiffKr a «m «tcaocnr mi ^csit ^nfx^ dans des détails que foo planait Minier «mik ^ nitfiiMi . s'ils n'étaient pas d ju g emit , »r «tse fiesttfta 11 r«SMraie <e la souveraineté du peuple, i fe eoncaor é^ «ép^mtti» ' ^'1 « étaitdansFlntéiétdetoïKdenefiMttiev^rie ««Hii^ ^n r;».*- • vrait cette grande qnertMOL * Cette Rp u ig > pruteaife «tf sage mécontenta tcriiUenKnt le e^ 4niL tf ;» '«iir ent mémey voir dasfmptdmade deCeeô».
M. de Cazalès était grand et m è wa». : i»niic3> »wrt Vv!;« le geste animé. Sans avoir dansaier» tusê^mMsk. «ut ^or franc etdéiibéiéloîdonMtydyedbiie drswy4f8«c Vi f^