‹ Souvenirs de Frédérick LemaîtreChapitre 1 sur 33 · MON PÈRE · texte numérisé non relu

MON PÈRE

C'était au commencement de mai 1875.

Il ressentait déjà les premières atteintes du mal qui devait l'emporter.

Un soir que nous étions tous auprès de lui, on sonna.

Il passa au salon et revint quelques instants après.

« Encore un, dit-il, après avoir posé son flambeau sur la table, encore un qui vient me demander mes mémoires. Qu'espèrent-ils donc y trouver?»

Puis, avec ce sourire à la fois ironique et bon qui lui était familier, il ajouta en appuyant sa main sur mon épaule :

« — Il faut pourtant qu'un jour nous ras-

semblions toutes nos notes, et que nous complétions nos Souvenirs.

Longtemps il s'était défendu contre toutes les tentatives faites pour Famener à publier dos Mémoires.

« — A quoi bon, disait-il, jeter sa vie en pâture à la curiosité d'un public insouciant qui tourne sans les lire les pages où vous avez épanché votre âme, et ferme le volume avec indifférence lorsqu'il n'y trouve pas la chronique scandaleuse qu'il y cherche. Et puis que n'ont-ils pas écrit déjà sur moi, et de quelles anecdotes plus erronées les unes que les autres n'ont-ils pas émaillé leurs récits ! »

C'était justement sur ce point qu'insistaient les amis qui cherchaient à le convaincre qu'il se devait à lui-même, et à l'art pour lequel il avait tant fait, de laisser après lui, et pour qu'il pût servir d'enseignement, un livre dépouillé de toutes ces fables plus ou moins invraisemblables imaginées par cette nuée de biographes dont pas' un ne l'avait compris, qui ne le connaissaient même pas, et à qui il eût pu, comme Shakespeare, jeter dédaigneusement ces mots :

« — Vous ne pouvez parvenir à tirer des sons d'une flûte, et vous prétendez faire parler mon cœur ! »

Lui seul, en effet, pouvait écrire ce livre, car lui seul était capable d'exprimer ce qui se passait dans ce vaste cerveau que l'isolement et la méditation avaient fait dès l'enfance silencieux et rêveur.

La mort de son père, qu'il idolâtrait et qu'il perdit à l'âge de neuf ans, le laissa de bonne heure livré à lui-même. Son esprit profond et naturellement observateur lui apprit jeune à connaître les hommes, et s'il n'eût écouté que ses instincts et ses goûts, il eût vécu paisible au fond de quelque retraite, cherchant dans les douces émotions de la famille, qui fut toujours l'idéal de sa vie, le calme et le repos dont avait besoin son imagination ardente, que l'exubérance de la pensée devait forcément entraîner vers d'autres destinées.

Le souvenir de sa ville natale a laissé do tout temps gravés dans son esprit et dans son cœur une image, un culte, que rien n'a pu effacer.

Ni Paris, berceau de sa gloire, ni ses voyages artistiques, dont chacun était comme une sorte do marche triomphale, ne lui ont jamais procuré aucune sensation comparable à celle qu'il éprouvait lorsque, après une de ces grandes batailles livrées au théâtre, il lui était donné de pouvoir se reposer sur cette plage où s'étaient écoulées les premières années de sa jeunesse, et de respirer à pleins poumons cet air natal dont sa poitrine avait besoin.*

C'est là qu'il venait rafraîchir son cerveau et retremper son génie au bruit des flots de la marée montante, lui apportant le souffle puissant de ce dieu visible qu'on appelle l'Océan.

Nul plus que lui ne croyait en Dieu ; il le voyait partout, il le voyait dans tout : dans le vent qui mugit, dans la tempête qui gronde.

Considérant la création comme une chose immuable, et se demandant d'où pourrait venir

ce qui naît, s'il mourait quelque chose, il croyait naturellement à Timmortalité.

Dieu pour lui n'était autre que la nature elle-même.

C'était l'immensité, c'était l'éternité !

Républicain selon le Christ, il comprenait la foi politique enseignée comme la foi religieuse, non le fer et la torche à la main, mais avec des paroles de paix. Il admettait sans doute la liberté d'esprit et la fraternité des âmes, mais rejettait bien loin cette égalité matérielle qui consiste à substituer l'ignorance au mérite, et la force brutale au droit et à la justice ; ces utopies sociales que repousse la raison, et que dément la nature elle-même.

Quant à son art il en fut la gloire.

Il a été le théâtre du xjx® siècle ; il en a transfiguré l'âme, en le dépouillant de toutes les traditions vieilles et emphatiques, pour l'animer de ce souffle viril et passionné qui fait de ses héros des êtres véritablement pétris de chair et de sang, et vivant de la vie réelle.

Plus grand, peut-être, que Le Kain et Talma qui n'eurent en arrivant qu'à se draper dans la

pourpre de Corneille ou la toge de Voltaire, il lui a fallu, lui, se dépouiller de tous les vieux oripeaux du passé, pour s'incarner dans une nature nouvelle, inconnue, et enfanter une créature qui sût à la fois éprouver et rendre les grandes inspirations du lyrisme tragique, et s'abaisser jusqu'aux trivialités de l'existence matérielle.

Un être enfin, qui, un pied sur le marbre et l'autre dans l'argile, fût en même temps Hamlet et Falstaff, Ruy-Blas et Robert-Macaire.

Mais de même que ces créatures privilégiées ont reçu de la nature le don de passionner les masses intelligentes et profondes, elles ont hérité en même temps de cette prérogative d'attirer sur elles les foudres des esprits malades et bornés.

Nul plus que lui n'a eu à lutter contre cette routine enracinée qui ne veut admettre aucun écart à la tradition, et vit dans son passé vermoulu comme la mort dans son cercueil.

Nul plus que lui n'a été en butte aux attaques de cette presse dont parle Lamartine : « Ces critiques austères et âpres, ces hommes qui délayent jusqu'à nos larmes dans leur encre pour donner plus d'amertume à leurs sarcasmes. »

Les jalousies mesquines dont il fut toute sa vie l'objet, et l'ingratitude qui l'attendait à ses derniers moments, ne le surprirent en rien.

Il n'avait jamais espéré davantage.

De là son éloignement à laisser des mémoires.

Il se souciait peu de satisfaire la curiosité frivole des indifférents, ayant depuis longtemps concentré toutes ses affections sur les siens.

S'il écrivait, c'était pour lui et sans se soucier plus.

Alors un mot jeté sur le papier lui suffisait pour se rappeler une époque , une phrase lui retraçait sa vie, et quand il lui fallait songer à développer sa pensée, emporté déjà loin par son imagination, il posait la plume et remettait au lendemain.

D'où des chapitres demeurés inachevés, là

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OÙ il avait entrevu des volumes ; des notes renfermant pour lui seul tout un poème, toute une existence.

Ces pages ne sont donc pas des mémoires, mais simplement des feuilles détachées du journal où il jetait, en rêvant, ses impressions du présent, ses aspirations dans l'avenir, ses adieux au passé.

Ses souvenirs enfin, tristes ou gais, sombres ou rayonnants, selon que son cœur riait ou saignait.

Ce sont ces souvenirs dont il venait de parler, qu'il se décidait enfin à compléter pour les livrer à la publicité.

Dieu, hélas! en avait décidé autrement.

Ce mal auquel on n'avait d'abord attaché aucune importance, et qui, au dire des médecins eux-mêmes, n'offrait en apparence aucun danger, prit bientôt des proportions tellement alarmantes, qu'il ne resta plus de doute sur sa gravité.

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Un cancer venait de se déclarer à la langue.

La douleur fut immense pour chacun do nous, mais il fallait cacher la vérité.

Un journal la lui apprit.

Un matin que l'inquiétude nous tenait réunis dans la chambre voisine de la sienne, il entra avec ce journal dans la main, et nous le tendit nonchalamment en marquant avec l'ongle du pouce l'alinéa qui le concernait, après quoi il rentra sans avoir prononcé une seule parole.

Ce journal disait :

« La santé de Frederick Lemaître continue d'inspirer de vives appréhensions à sa famille et à ses amis; le grand artiste est, dit-on, atteint d'un ulcère dans la bouche. »

Le coup était porté.

Il connaissait son mal , il le savait sans remède, il se sentait perdu.

Dès ce moment, jamais résignation plus grande, martyre plus héroïque ne furent endurés avec plus de courage et plus de religion. Se sachant condamné, jour par jour, heure par heure, il suivait dans une glace les progrès du mal dont il mourait, sans qu'aucune plainte

se fît entendre, sans qu'une exclamation lui échappât. Allant jusqu'à dissimuler ses souffrances pour n'ôter le courage à personne, il s'informait des affaires de tous et des besoins de chacun. Il parlait de l'avenir, de sa représentation de retraite dont il était de nouveau question, après qu'elle avait été arrêtée d'une façon si scandaleuse deux ans auparavant, et sur laquelle nous reviendrons en temps et lieu dans le cours de cet ouvrage.

... « Mon cher Frederick, m'écrivait-il « quelques semaines avant sa mort, je m'em- <( presse de répondre à ta bonne lettre d'hier. « Calme-toi, cher enfant, l'amélioration con- « tinue, c'est l'avis des deux docteurs Reince villiers et Costille qui sortent d'ici. »

Deux amis dévoués qui n'ont cessé de lui prodiguer leurs soins pendant tout le cours de sa cruelle maladie.

« Ils ont causé longuement et très amicale-

« ment. Ils sont du même avis ; rien de grave, « âcreté du sang y sang appauvri. Ah! dame, les « événements depuis plusieurs années m'ont « donné l'occasion d'en faire, du mauvais sang !

« L'un et l'autre ont constaté un mieux sen- « sible sur ma langue , mais la maudite ne « veut pas rentrer dans sa coque, l'entêtée! Ils « ont trouvé le pouls meilleur, plus d'inter- « mittence , et m'ont ordonné pour en finir « trois gouttes de cigûe composée,

« Tu le vois, mon ami, je m'empoisonne « tous les jours pour ma santé et pour vivre! « Quoique le chemin de la vie soit souvent « rude et pénible à parcourir, on aime encore « à le continuer jusqu'à extinction de chaleur « naturelle quand on est bon chrétien, et je « le prouve, moi.

« Je ne me considère pas comme malade, « non, mais comme blessé; je meurs de faim, « je voudrais tout croquer ! Hélas, ces diables « d'aphthes s'y opposent. Aussitôt que je pour- « rai mastiquer cela ira tout seul; je ne serai « plus malade que d'indigestions ! En attente dant, je subis le supplice de Tantale.

« Reînvillîers doit t' écrire prochainement. Il « me charge de te souhaiter bonne chance, et « t^assure de son amitié. Il est resté ravi à la « vue d'une certaine douillette boulonnaise, « dont je soupçonne fort ta chère femme, ma « bonne Louise, d'être la collaboratrice. Merci, « mes chers enfants, merci; je ne la mettrai « que les dimanches.

« Caroline vient me voir tous les jours; elle « est pleine d'attentions pour moi. Je vois aussi « Napoléon très souvent.

« Depuis quelques jours, mon nom se lit « dans tous les journaux; les représentations « du signor Rossi dans Kean donnent lieu à « des histoires et à des cancans de toutes sortes.

« Ma représentation de retraite en est tou- « jours là. Comme je ne puis m'en occuper « moi-même, une foule de petites susceptibi- « lités font que rien ne se décide.

« Je ne sais ce qu'il en sera cette fois encore ; « en tout cas, mon bénéfice aura du moins « servi de prétexte à quelques-uns, pour se « faire de la réclame.

« Ma maladie aussi est le sujet de toutes

« sortes de commentaires de la part de ces « mêmes journaux. Ceux-ci me font très « malade, ceux-là me disent grippé ! etc., etc. « Espérons qu'unjourquej'auraifaitmabarbe « et qu'il fera beau, je pourrai me montrer et « faire dire : « petit bonhomme vit encore! *

On le voit, il feignait d'ignorer, ou plutôt il cherchait à oublier.

Imposant silence à sa raison pour n'écouter que son cœur, il voulait que chacune de ses dernières paroles fussent autant de sourires. Il parlait de faire voir petit bonhomme rasé et pimpant^ quand il savait que depuis longtemps ses jours étaient comptés.

Un soir seulement, — il devait bien souffrir, — il murmura tout bas :

— Ah I si l'on n'était pas chrétien !

Ce fut tout.

Ce martyre dura huit mois. *

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Enfin, le mercredi 26 janvier, comme nous entourions son lit, il se leva de lui-même sur son séant, et son regard, tout en se fixant tour à tour sur chacun de nous, semblait plonger en même temps dans le vide. On eût dit que ses grands yeux écoutaient^ entendaient, comme si Dieu lui eût parlé en ce moment.

Alors, impuissant à prononcer un mot, — une congestion survenue pendant la nuit avait paralysé la langue, — il étendit ses deux mains au-dessus de nos têtes, et nous bénit.

Quelques heures après , il s'endormait du sommeil éternel, sans agonie, sans secousse.

Il avait perdu jusqu'à la force de souffrir.

Il était huit heures du soir.

C'est une heure solennelle et terrible que celle de la mort. Le silence qui suit a quelque chose d'étrange, de mystérieux, d'auguste. Il semble que Vdme qui nous quitte nous enveloppe dans un frémissement inconnu, comme si elle voulait nous entraîner.

DE FREDERICK LEMAKTRE. 15

Elle se répand dans Taîr. Elle fait partie de Dieu.

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Trois jours après, Paris tout entier accompagnait à sa dernière demeure celui que la postérité devait appeler Frederick Lemaître, et Victor Hugo, au nom de ce peuple accouru pour lui faire cortège, lui adressait un dernier adieu.

a Je salue dans cette tombe, a dit le

« poète, le plus grand acteur de ce siècle, le « plus merveilleux comédien peut-être de tous « les temps.

« Il y a comme une famille d'esprits puisce sants et singuliers qui se succèdent et qui ont « le privilège de réverbérer pour la foule et de a faire vivre et marcher sur le théâtre les a grandes créations des poètes ; cette série « superbe commence par Thespis , traverse « Roscius, et arrive jusqu'à nous par Talma.

« Frederick Lemaître en a été, dans notre « siècle, le continuateur éclatant.

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« Il est le dernier de ces grands acteurs par «la date, le premier par la gloire. Aucun « comédien ne Ta égalé, parce qu'aucun n'a pu " régaler; les autres acteurs, ses prédécesseurs, « ont représenté les rois, les pontifes, les capiu taines, ce qu'on appelle les héros, ce qu'on u appelle les dieux; lui, grâce à l'époque où il (( est né, il a été le peuple. Pas d'incarnation « plus féconde et plus haute. Étant le peuple, « il a été le drame ; il a eu toutes les facultés, « toutes les forces et toutes les grâces du « peuple, il a été indomptable, robuste, pathé- « tique, orageux, charmant; comme le peuple, (( il a été la tragédie et il a été aussi la comé- « die.

« De là sa toute-puissance, car l'épouvante (( et la pitié sont d'autant plus tragiques qu'elles <( sont mêlées à la poignante ironie humaine.

« Aristophane complète Eschyle ; et ce qui « émeut le plus complètement les foules, c'est « la terreur doublée du rire. Frederick Lemaître « avait ce double don; c'est pourquoi il a été, tf parmi tous les artistes dramatiques de son « t^poque, le comédien suprême.

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c( Il a été l'acteur sans pair. Il a eu tout le i< triomphe possible dans son art et dans son « temps; il a eu Tinsulte, ce qui est Tautre « forme du triomphe.

tt n est mort. Saluons cette tombe. Que et reste-t-il de lui aujourd'hui ? Ici-bas un génie, a Là-haut une âme.

« Le génie de l'acteur est une lueur qui « s'efface ; il ne laisse qu'un souvenir. L'immor- « talité qui appartient à Molière, poète, n'appar- « tient pas à Molière , comédien. Mais , di- « sons-le, la mémoire qui survivra à Frederick c< Lemaître sera magnifique; il est destiné à tt laisser au sommet de son art un souvenir « souverain.

« Je salue et je remercie Frederick Lemaître. « Je salue le prodigieux artiste ; je remercie « mon fidèle auxiliaire dans ma longue vie de « combat.

« Adieu, Frederick Lemaître ! >>

Pourquoi ce début, demandera-t-on peutêtre ; pourquoi la mort avant la vie ?

Parce que la mort seule met un terme à Tenvie. Elle est, a dit Balzac, « le sacre du génie. »

L'humanité est ainsi faite, qu'il lui faut la suprême expiation pour qu'elle consente à accorder sans aucune restriction, sans arrièrejalousie, la part de gloire et de reconnaissance qui est due à ces élus dont la mission ici-bas semble tracée d'avance.

Ce sont les jalons jetés par la Providence pour marquer de loin en loin les étapes de la civilisation et du progrès.

Aujourd'hui que le silence de la mort s'est fait respectueux autour de sa tombe, qui songerait à contester son génie, qui oserait le juger sans appel? Dans sa longue carrière qui compte plus d'un demi-siècle, où dès le premier jour il se révéla grand, qui a pu le suivre et l'embrasser dans son ensemble?

Qui l'a vu naître, grandir et s'éteindre ?

Les uns sont bien jeunes, les autres bien

vieux, et depuis soixante ans la mort n'a cessé de faucher sur le tout, sans qu'aucun d'eux soit parvenu à amoindrir ce nom que les générations se transmettront désormais en passant.

Sans faire remonter bien haut sa généalogie, nous nous bornerons à donner ici son acte de naissance, tel qu'il existe sur les registres de l'état civil du Havre.

« Le 11 thermidor an VIII de la République française , une et indivisible , devant nous Guillaume-Antoine Séry, maire de cette ville, a été présenté un enfant mâle, que le citoyen Antoine-Marie Lemaître, architecte, nous a déclaré être né le neuf de ce mois (28 juillet 1800), à midi, en son domicile rue de la Gaffe, et être issu de son légitime mariage avec la citoyenne Victor-Sophie Mercheidt, son épouse, lequel enfant a été nommé Antoine-Louis-Prosper, » — le nom de Frederick, qu'il adopta plus tard, était celui

de son grand-père à qui il avait voué une affection toute particulière, — « par le citoyen Jean- « Louis Thibaut, ex-entrepreneur de travaux « publics, domicilié à Rouen, représenté, en (( son absence, en vertu de procuration, par le (( citoyen Guillaume-Jacques-François Rous- (( sel, citoyen français (ex-abbé de Notre-Dame (( et son parrain), et par la citoyenne Anne Baron, épouse du citoyen Charles-Frédérick Mercheidt, maître de musique, aïeule maternelle de l'enfant, témoins majeurs, domiciliés en cette ville, qui ont signé après lec-

« ture.

« Signé : Lemaître, Rousset, femme « Mercheidt; Séry, maire. »

Nous avons dit qu'il avait divisé ses Souvenirs en chapitres, dont l'ensemble embrassait l'histoire de sa vie. Nous essaierons de compléter, autant que possible, avec nos propres souvenir, les chapitres demeurés incomplets.

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préférant, toutefois, laisser vides les lacunes où notre mémoire nous fera défaut, plutôt que de chercher à les combler avec des anecdotes imaginées à plaisir, et qui, n'étant pas l'exacte vérité, pourraient être désapprouvées par cette ombre illustre et chère.

Nous prendrons également sur nous de reproduire les appréciations des poètes dont il fut l'interprète dans le cours de ses grandes créations, et ce qu'ils ont écrit sur lui dans les préfaces de leurs œuvres. Il ne pouvait le faire lui-même en dictant ses Souventj'Sy sans paraître vouloir se donner des certificats de capacité.

Nous y joindrons aussi certains articles de la presse, de cette presse parfois si injuste envers lui, et qui, seule, fut la cause de l'indifférence de toute sa vie pour la louange comme pour l'insulte.

Mais si, parmi ces fiers aristarques, il en est quelques-uns qui se montrèrent au-dessous do leur mandat envers le grand artiste, il en est d'autres qui surent rendre un juste hommage à son génie.

Ce sont ces derniers dont nous nous plairons à rappeler la parole, comme on se plait à conserver, pour les relire, les lettres d'un ami.

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