LES GRAS
Parlez-moi des plafonds où sont suspendus des tas de jambons, de grands morceaux de lard salé ronds et largos comme des meules de moulin, des saucisses en grappes, des chaînes d'andouilles, des cervelas apoplectiques, de la .batterie de cuisine partout, par terre, aux murs, sur la table, des crémaillères à triples branches, — trois grands pots pendus après qui touchent le feu et que le feu entoure de flammes rouges, de fusées d*étincelles.
La suie enflammée tombe ; pourtant tous les mois on ramone la cheminée. .
Avec de tels feux les boudins cuiraient à dix lieues. Et les grandes grilles sur les charbons, avec des carbonnades qui rissolent et des cochons de lait qui se promènent tètebêche sur le toumebroche.
La sauce jute dans un grand plat. Le chat Tavale. Le chien emporte un poulet rôti : il y en a tant qu*on ne s'en doute pas. De pareilles écumes les rendront mauvais servi-
teurs $ te$ ^oaris {yeuvent se promener tranquilles, les voleurs Tenir à la màisofi, cbat el chien né se dérangeront gaèr^e.
Il y a un soufflet de feu comme pour une forge , une râpe à sucre grosse et solide à râper un rocher.
Les enfants font comme les chiens et les chats ; ils entrent leurs genoux dans les plats, ils mangent à poignée et s'em* plisseût de graisse ; les parents trouvent qu'il faut profiter de boûûe heure.
Le nouveau-né se cramponne aux seins de sa mère et accomplit un long voyage autour de cette immense mappemonde flottante. On ne voit plus les yeux de la nourrice, tant ils sont cachés sous une montagne de graisse, ses mains peuvent à peine tenir un verre, et il faut que son mari lui mette ses bas.
Il n'entre pas impunément tant de porc dans l'estomac!
A déjeuner, à dîner, il ne s'agit que de hures de sanglier, de cochons de lait, de têtes de veau: deux tonnes de bière sont vidées eu quatre jours. Pour se'^mettre en appétit le matin, chacun coupe la moitié d'une de ces larges meules de lard qui pendent au plafond, et mange sur le pouce une moitié de pain trempé dans la graisse d'oie.
La préparation du diner Se fait avec une douzaine de saucisses et quelques emprunts à un gros pâté qu'on laisse constamment sur la cheminée.
Quelle idée a eue un pauvre Maigre, souffleur de musette, de s'introduire chez les Gras, pendant leur dîner î
La musique n'a point de charmes pour les Gras : d'ailleurs^ la musette ne s'entendrait guère au milieu du pétillement du feu, du bois qui craque, des broches qui tournent, du chien qui hurle, des hoquets des mangeurs.
« CTcéft maaherman wan hier hœ koughêrieh §kii «tel Ti$ hier cU nette cwcken gH en duil hier niei, » a Hors d'ici, maigre dos, à eime hideuse mine ; Ttt a'M que £air« i€i^ car c'tst ({rasse cuisiae. >»
DES FUNAMBULES. 7i)