‹ Souvenirs de funambulesChapitre 22 sur 49 · MADAME LA SORCIERE · texte numérisé non relu

MADAME LA SORCIERE

Pierrot avait connu dans son enfance une sorcière; mais, quoiqu'elle lui témoignât de l'intérêt, il ne pouvait se résoudre à la fréquenter, à cause de son mobilier bizarre.

Cependant, se trouvant dans une suprême affliction, il alla au carrefour de la forêt, iit les conjurations connues et arriva dans le sombre cabinet de la sorcière.

A son entrée, les yeux des chats noirs lancèrent de rouges flammes; le serviteur Adèle descendit dans les entrailles de la terre ou se trouve le grand livre sur lequel sont inscrites toutes les bonnes et mauvaises actions des mortels .

Le résultat de la cabale fut que Pierrot avait tout à craindre d ) la reine des Carottes; cependant il se débarrasserait de ses sor* tiléges en lui arrachant un cheveu.

Pierrot remonta fort triste sur son manche à balai, en pensant à la difficulté de Tentreprise.

SEPTIEME TABLEAU ou l'on tibjb beaucoup de carottes

Les absents ont tort. Pendant le voyage de Pierrot chez la sorcière. Polichinelle s'était insinué de nouveau dans les bonnes grâces de Gassandre. La noce était conclue; les cloches carillonnaient à toute volée lorsque Pierrot revint.

Jamais on ne vit homme mieux habillé que Polichinelle. Il avait tiré une carotte au tailleur, une autre au chapelier, une au glletier, une au chemisier.

Et tous ces braves fournisseurs s'étaient laissés prendre à ce vieux moyen.

Aussi Pierrot fut fort étonné de retrouver Polichii\eIle sous ce brillant costume ; et le soupçon entra dans son cœur.

— Pourquoi ce bouquet? se dit Pierrot. Pourquoi cette écharpe ? Pourquoi cet énorme plumet? Jamais Polichinelle ne fut si coquet: il *y a quelque chose de louche.

Polichinelle jura en tremblant à son rival que l'amour des beaux effets s'était tout à coup emparé de lui. Et il s'enfliit, ne désirant pas continuer plus longtemps la conversation.

La reine des Carottes ne jugea pas à propos de continuer les mensonges de son protégé; elle sortit d'un arbre et annonça cru* ment à Pierrot le mariage de Colombine et de Polichinelle.

Pierrot se mit sottement à pleurer. Ame faible!

Colombine n'acceptait pas avec plaisir Tunion voulue par Cassandre; de loin elle reconnut Pierrot. Elle accourut. Quelle joie! Depuis longtemps les deux amants ne s'étaient rencontrée,

— Je veux tuer Polichinelle, dit Pierrot. Il faut qu'il se batte avec moi. i

A peine avait-il prononcé ces mots, que le pauvre amoureux sent ui;i changement dans sa personne, dans son costume. Polichinelle a change son rival en salsifis*

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