‹ Souvenirs de GenèveChapitre 5 sur 6 · XV · texte numérisé non relu

XV

Séjour à 31alley. Retour «le Lucy.

Départ précipité. Dangereux passa{^e <ies Alpes.

Arrivée à Bell inzona , frontière d'Italie.

Malley, 20 novembre 182:2.

Reçu , accueilli , gâté comme un en fan l chéri qui rentre sous le toit paternel , je suis ici depuis quinze jours , ma sœur , menant au milieu de mes chers amis la vie la plus douce, la plus intime , la plus conforme aux besoins de mon cœur , ainsi qu a mes habitudes intellectuelles : liberté pleine et entière d'étudier , bibliothèque nombreuse et bien choisie , tranquillité parfaite dans une grande chambre dont les croisées exposées au midi me laissent jouir du moindre rayon de soleil et me permettent d'apercevoir la grande chaine des Alpes, n'est-ce pas là plus

292 SOl'VEMRS DK GENÈVE.

qu'il n'en faut pour cjue l'iuiagination prenne son essor et que le travail de l'esprit soit plein de l'acilité et de charmes ?. . . Oh ! que tu jouirais de nie voir entouré de soins et d'affection par ces amis si aimables, qu'ils m'ont fait retrouver la France sur les bords du lac de Genève !

Mon ami Laine, que tu connus autrefois, est resté comme alors l'homme le meilleur . le plus affable , le plus sincère qu'on puisse rencontrer en ce monde... Jamais un malheureux ne l'imjdore en vain... Sa bourse est ouverte à tous ceux qui souffrent, comme sa maison à tous ceux qu'il aime. Sa femme a toujours la bonté la plus affectueuse, unie à la franchise et à la gaieté la plus piquante-, ajoute encore à ce tableau de douce union la jolie Thérèse, qui compte ses neuf ans accomplis , puis Frédéric , le grand homme de sept ans , et le petit John , qui le suit de près; sans oublier l'amie constante de la maison , la parfaite Éléonore , type unique peut-être d'abnégation et de dévouement; et tu connaîtras l'intéressante familledont l'hospitalité est pour moi si affectueuse, qu'il me scndjle être au milieu des miens.

Chaque jour, je fais une longue promenade, tantôt seul , tantôt accomi)agiié de mes j)etils amis, dont je suis devenu le professeur, et avec lesquels je m'abandonne, après les leçons, à

SOl'VEMRS DE GENÈVE. 293

Joule la gaieté du jeune âge et de mon caraclore.

Qu'un rayon de soleil éclaire les montagnes et se joue sur les belles prairies qui s'inclinent en pente douce jusqu'aux rives du lac, les voilà tous à ma porte criant : — Ami , il fait beau , ouvre-nous, allons au bord de l'eau ramasser des coquilles.

Je les laisse m'appeler , frapper , se dépiter ensuite... puis j'ouvre enfin, vaincu par leurs douces prières , et nous parlons pour des heures , aussi joyeux que les oiseaux et tout aussi réjouis qu'eux du soleil de novembre qui nous éclaire et nous échauffe.

Arrivés au lac , les jeux , les cris , les agaceries réciproques commencent avec ardeur et se continuent pendant des heures, jusqu'à ce que le soleil se cache , et que le froid nous force à rentrer au plus vite à la maison.

S'il n'est pas trop tard , je remonte dans mon appartement pour changer de vêlements et lire encore jusqu'au dîner Macchiavelli ou Guicciardini , passant ainsi des jeux de l'innocente enfance aux récits des sanglants démêlés des quinzième et seizième siècles , où la perversité des hommes est plus hideuse encore que leurs effroyables cruautés.

l.r soir, quand les enfants en s'éloignant oui

2'J4 SOlVtMKS I)E GE.\EVE.

rendu le calme au siUon . nous faisons un peu de musique , ou nous allons passer le resle de la soirée chez un voisin de campagne... Journées de joie et de soleil , que des pensées de famille , que des espérances de bonheur domestique avec une feuuue bonne et charmante , des enfants vifs et caressants , terminent presque toujours, et qu'un sommeil profond vient clore heureusement.

Souvent, enm'évoillant le lendemain, surpris de l'éclat du jour qui , malgré la saison , éclaire mon élégante et vaste chambre bien plus que le soleil d'été à son midi n'éclairait mon pauvre réduit de Genève , je me demande comment je pouvais vivre dans une telle obscurité , dans un tel isolement ! connuent j'ai pu si longtemps me sevrer d'air et de lumière i ... Puis ma pensée se reporte aussitôt sur mon excellente hôtesse, que j'ai enfin prévenue de mon départ définitif... Pauvre bonne madame Metton... que va-t-oUe devenir sans son bien-aimé locataire qu'elle soignait si bien?... Son souvenir me ramène naturellement à Genève , où j'ai tant appris en trois ans, que je lii'en éloigne avec une vive peine , et que j'y retournerais peut-être encore pour continuer la même existence, si par delà ces monts gigantesques , qui bornent l'horizon et s'étendent sous mes veux, n'était une terre

SOLVEIMUS I E GLMiVE. 2'J5

plus belle, plus séduisante encore pour l'imagination, que la terre de Calvin ne l'est pour l'esprit.

Que je voudrais que tu fusses à cette fenêtre , pour y jouir avec moi du magnifique panorama dont les grandioses et admirables beautés frappent tour à tour et à la fois mes regards enchantés ! Comme elles sont belles ces montagnes dont le lac transparent semble baigner le pied ! comme elles s'élèvent majestueusement d'étage en étage, jusqu'à ce que les derniers pics, qu'une neige vierge couronne, se confondant avec les nuages , sem})lent autant de points lumineux que le Tout-Puissant a jetés sur la terre pour que les anges s'y reposassent quand ils viennent la visiter ! comme elles se reflètent gracieusement sur les eaux limpides de ce lac , dont les rives sont trop belles pour que Dieu permette que l'esclavage y habile toujours près de la liberté ! . . .

Comme la lumière joue et se brise sur ces monts , sur ces flots que sillonnent en silence quelques barques à voiles blanches , dont le nombre croîtrait comme les oiseaux du rivage si le commerce était libre sur toutes ces rives, si le gouvernement piémontais ne prenait autant de soins pour empêcher les exportations de ia Savoie , que d'autres pouvoirs en apportent à

les faciliter chez eux. Ah ! pauvres peuples î pauvres peuples!... Mais n'abordons pas ce triste sujet , ma sœur... il troublerait mon àme, et je veux qu'elle soit limpide et transparente comme les ondes pures de ce beau lac , afin «jue tu puisses y lire , en le disant adieu , combien tout ce qui est bon et vertueux s'y trouve gravé en (rails ineffaçables.

<:oi;Ti!^t'ATi9v Dv jovnwi..

26 uovoinl)rc.

J'ai été à Genève ; j'y ai passé plusieurs heures avec Buonarotti et les exiles italiens. Nous avons parlé longuement de la situation actuelle de l'Italie sous le point de vue politique , et de la mission que je dois remplir. Elle est difficile et dangereuse cette mission , je le vois de plus en plus... Mais ils me disent tant qu'il en pourra résulter les plus grands avantages pour l'indéj)endance future de l'Italie , que je ne saurais songer aux périls qui l'accompagnent : d'ailleurs ma parole est donnée , et je suis trop avancé pour la dégager désormais.

2 décembre.

Bonaparte , se préparant à ses immortelles ffiinpagnos d'Italie, ne s'était pas entouré de

SOLVEMlîS DE OEÎVÈVi:. 297

plus de cartes . de plus de livres que je n'en ai là : ils sont amoncelés sur ma table , étendus sur le parquet ; je veux connaître ce pays avant dy entrer , comme si j'y avais fait la guerre , ou que j'y eusse longtemps résidé.

ô décembre.

J'ai fait une course à Nyon pour y visiter plusieurs Italiens dont j'attendais des renseignements; quelques-uns m'ont chargé d'aller \oir leur famille et Vamica... — Dites-leur bien que nous supportons l'exil avec courage!... Et leurs larmes trahissaient le chagrin de leurs cœurs!... Pauvres infortunés!... quand finira cette amère douleur?

6 décembre.

Buonarotti est venu à Lausanne ; tous les papiers qu'il me destine sont prêts ; il m'attend à Genève dans peu de jours : cet homme est infatigable , rien ne l'arrête pour servir sa cause!... Il venait d'Yverdun par un temps exécrable , dans un char ouvert à tous les vents... A son âge!

10 décembre.

Je ne retournerai plus à Genève , où je suis allé hier pour la dernière fois ; mon passe-port , mes livres . rien ne me man<iue : mon {)orte-

ii'J» SOL'VENlliS DE GENÈVE.

feuil de voyage est là , plein à se rompre des papiers que Buoiiarotli m'a remis malgré moi , et qu'il faut que j'étudie , m'a-t-il dit , pendant le temps qu'il me reste encore à passer en Suisse. Etrange manie que toutes ces formules , ces statuts , ces chiffres , ces diplômes auxquels il attache autant d'importance qu'on en mettait jadis à des titres de noblesse ou de chevalerie , comme s'il était nécessaire de s'imposer toutes ces vaines formalités pour bien s'entendre et bien agir ! . . . Mais il pense , lui , que les hommes ont besoin , pour former une association politique efficace et permanente . d'être liés entre eux par des signes , des mystères qui flattent leur amour-propre , et donnent à la société dont ils font partie un air d'importance et de consistance que toute la moralité et l'estime réciproque des individus ne sauraient obtenir ; il en appelle à son expérience , et peut-être a-t-il raison... car les hochets sont de tous les temps et de tous les pays , pour les grands enfants que nous honorons du nom d'hommes !

Après avoir longtemps combiné toutes les mesures nécessaires au succès de notre entreprise, Buonarotti ajouta , de cet air résolu et inspiré qui cause toujours une profonde impression sur ceux auxquels il s'adresse :

— Tu vois que rien n'a été négligé pour as-

SOI'VIIVIRS «E GE^KVE. S99

surer le succès de nos patriotiques projets : va donc , mon fils , va travailler avec zèle , avec ardeur, à la délivrance de ma belle patrie, dont on rive en ce moment les chaînes au congrès de Vérone : c'est sur loi que reposent toutes mes espérances !... Va ranimer le patriotisme de mes compatriotes , et dis-toi bien que se dévouer pour chasser d'un pays l'étranger qui l'opprime, a été de tous les temps une mission que tous les peuples ont admirée.

Ce n'est pas sans une vive peine que je me suis séparé de cet homme, auquel il n'a manqué pour être haut placé dans l'histoire que des circonstances favorables et une sphère d'action assez vaste pour y déployer , avec une irrésistible vigueur, toute l'influence, toutes les ressources d'une volonté inébranlable et d'une infatis[able activité. Au temps du moyen âge, Buonarotti eût été un Jean Procida ou un Cola Rienzi ; ou bien encore , si l'amour de Dieu eût envahi son âme , un saint François d'Assise ou un Ignace de Loyola.

Au moment des adieux , nos mains sont restées longtemps pressées l'une dans l'autre. Hélas ! il est vieux et cassé ! . . . Peut-être le jeune homme et le vieillard ne sont-ils plus destinés à se revoir sur cette terre !

ùOO sol:vF,^'IRS be genève.

12 (i('!cemlire.

Le voyage d'Italie dans celte saison inquiète ma sœur , qui , toujours prévoyante , m'engage à le retarder , à y renoncer même , pour me rendre à Bruxelles auprès de son digne père : elle voudrait que je passasse l'hiver à Lausanne, pour m'acheminer au printemps vers la Belgique, où je serai plus rapproché de ma famille.

Ces conseils sont sages , je le sens , et je les suivrais avec empressement si tous mes arrangements n'étaient déjà pris , et si je ne me sentais irrésistiblement entraîné vers la belle patrie de Raphaël et du Tasse... Mon séjour, d'ailleurs, ne saurait y être de longue durée ; et pour rassurer ma famille sur le danger de passer les Alpes dans l'hiver , j'ai promis de ne partir que dans quelques mois.

15 décembre.

La lettre de ma sœur, ses conseils, ses prières pour me détourner du voyage d'Italie , ont fait , je dois l'avouer , une vive impression sur mon âme... Si je renonçais à cette mission, dont je m'exagère peut-être l'importance? si je renvoyais dès demain les papiers à Buonarotti? si je les brûlais à l'instant même?... Non ! ma parole est donnée, je ne saurais y manquer... Les pauvres

SOrVEMRS DE r.E>ÈVE. 501

t'xilés italicMîs ne comptent-ils pas sur moi?... Ils m'ont confié tous leurs secrets . ils m'ont préparé les voies, m'ont adressé à leurs amis... Leur attente ne sera pas trompée.

LETTRE A MA SOEIR.

Berne, 20 décembre au matin.

Quelle sera ta surprise en voyant la date et le timbre de cette lettre !... Toi , ma sœur, qui me croyais pour quelques mois encore à Malley, et qui te flattais même que je renoncerais à ce voyage d'Italie pour aller bientôt me fixer eu Belgique... Mais je suis sur de ton approbation quand tu sauras que je n'ai manqué à la promesse que je vous avais faite à tous de passer l'hiver avec mes bons amis , que pour obéir au devoir que tout homme d'honneur doit s'imposer, alors même que son cœur en est déchiré !

Hélas ! j'ai revu Lucy . que je croyais loin encore ! Lucy . plus belle , plus séduisante , plus aimée que jamais !... Dieu de bonté, que je soufTre en écrivant son nom . en songeant que je la fuis . que je renonce à elle , tandis qu'en ce moment peut-être elle me regrette , elle pleure sur moi!

Comment te peindre la joie qui \iiit inonder

SOIVFMP.S nE KENJvr. T. II. 26

502 SOI VEMRS DE <;i;\KVE.

mon àuie quand je la rencontrai inopinément sur les bords du lac? C'était vers le soir ; j'étais descendu jusqu'à la grande route, que je suivais solitairement tout en pensant à l'ajournement de mon voyage d'Italie , lorsque je fus tiré de ma rêverie par le bruit d'une voiture... Je lève la tète , je regarde , et j'aperçois Luçy dans une calèche , à côté de sa sœur ; Lucy , dont l'angélique figure se couvrit à ma vue d'une gracieuse et pudique rougeur... Ma surprise et mon émotion avaient été si grandes, que je ne saluai pas, que je ne cliercliai même pas à rejoindre la voilure que je suivais des yeux , comme si cette apparition n'eût été qu'un songe.

Le lendemain je la vis enfin, je lui parlai... J'entendis de sa bouche combien ses jours avaient été tristes et mauvais depuis son départ de Genève , combien elle était heureuse d'être revenue dans la maison de sa mère , fixée df\sormais dans le canton de Vaud. Et moi, le cœur rempli d'une indicible félicité à la pensée qu'elle ne me serait plus ravie , je ne pouvais que lui dire : Que béni soit le jour où je vous ai retrouvée!... Vous voilà! j'ai peine à croire à tant de bonheur ! . . . Oh ! que le ciel permette que je ne vous perde plus !

Le jour suivant, je la revis encore; elle me raconta ce qu'elle avait vu, ce qu'elle avait

SOIVEMRS IL GE.\ÈV£. Ô03

éprouvé en parcourant les bords du Rhin ; ajoutant, dans sa touchante ingénuité, qu'elle m'avait associé à toutes ses impressions de voyage. Que tedirai-je enfin?... Elle se montra si parfaitement bonne, si riche d'imagination et si pleine de sensibilité, que je l'écoulais avec ravissement en lui répétant à chaque pensée saillante : (lonfez , contez encore , répandez devant moi tous les trésors de votre âme et de votre esprit, afin que je n'aie rien à envier aux élus du ciel !

Ah! ce furent d'inénarrables jouissances que celles que je goûtai ainsi près d'elle , jusqu'au jour où je fus accosté par un vieux gentilhomme français, M. de R***. qui me dit en ricanant d'un air malin :

— Eh bien! cher, à quand ^enlè^ ement de votre belle Anglaise?... C'est là , vous le savez . comment on finit le roman avec ces femmes sentimentales qui ne font rien à demi.

Ces paroles , tout irréfléchies qu'elles pussent être . produisirent une telle impression sur mon cœur.cjue IVappé soudainement des malheurs ([u'un amour trop vrai pour ne pas être imprudent et exclusif pouvait entraîner à sa suite, je pris rirrévocal)ie résolution de tout souffrir plutôt que de ternir aux yeux du monde la robe d'inn(t<-ence de cet ange de candeur et de bonté !

Ô04 SOUVEiMRS DE GK.^fcVE.

La lutte fut longue et douloureuse!.,, mais l'honneur remporta enfin ! Mon départ fut décidé , ma place retenue à la diligence de Berne, et, le soir même , dans la crainte de changer d'avis, j'annonçai à mes excellents amis que j'allais les quitter : ils réclamèrent avec instance contre cette détermination inattendue, (}ue rien ne motivait, disaient-ils, e( de laquelle la nuit, en me portant conseil , me ferait sans doute revenir.

Le conseil qu'elle porta , cette nuit sans som- ]ueil, cette nuit de regrets et de larmes, de vouloir et d'hésitation , fut de persister dans mon projet... c'était une seconde victoire !

La journée qui suivit fut employée aux préparatifs de voyage : quand vint le soir , le cœur bien gros, bien chancelant, bien profondément ému de quitter une famille si bonne, des enfants qui m'étaient si chers, des lieux où j'avais passé des jours si tranquilles , je me rendis à Lausanne. Mes petits amis pleuraient en me disant adieu...

— Tu reviendras bientôt, n'est-ce pas?... me disaient-ils à travers leurs sanglots.

— Oui , oui, je reviendrai, leur répondis-je d'une voix mal assurée, ([ui trahissait toute la peine de mon cœur.

Le bon Laine m'accompagna jusqu'à la dili-

SOIVEMUS DE (;E^ÈVE. 305

!;eiice , et là il essaya encore de me refenir.

— Restez , restez avec nous , me répétait-il ; je ne sais pourquoi ce voyage m'inquiète...

Je le serrai dans mes bras sans pouvoir retenir mes larmes.

— Adieu! lui dis-je, adieu!... merci du bonheur que vous m'avez donné.

J'avais pris place, et les chevaux allaient marcher, que sa main était encore dans la mienne...

— A revoir ! m'écriai-je encore , à revoir ! . . . Alors je m'enfonçai dans la voiture; et mes

pleurs coulèrent avec amertume.

Au premier relais, le cœur me manqua ; malgré l'obscurité , malgré la neige , je fus sur le jioint de laisser la diligence , et de retourner à pied à Lausanne... Je résistai pourtant ; et m'enveloppant dans mon manteau, je me dis que je serais plus fort que la tentation.

Ce fut encore une cruelle nuit, ma sœur!... puisse Dieu m'en tenir compte!... Quand vint le jour, la pensée que j'avais rempli un grand devoir soulagea un peu mon pauvre cœur... mon cœur, qui n'avait qu'une espérance et ne formait qu'un vœu, c'est que cette Lucy , si digne objet d'un sacrifice si douloureux , remontât au ciel aussi pure, aussi blanche que l'éblouissante neigequi scinlillait sur les montagnes aux rayons du soleil levant.

ÔOC) SOtVEMUS DE (;E>'È\t.

Arrivé à Berne , je me mis à parcourir dans tous les sens les belles et larges rues de cette ville, déjà si ancienne malgré sa régularité ; j'en visitai tous les édifices -, et quand le corps fui bien brisé, bien rendu de fatigues, je regagnai mon hôtel, où le sommeil, en fermant mes yeux, m'a rafraîchi le sang et calmé les souffrances de l'àme ; ce matin, levé avec le jour, j'ai de nouveau fait le tour des remparts , en pensant à mon voyage, à mon avenir... Ma volonté s'est ratîermie , et connue par le passé , ma bonne sœur, j'ai voulu te tout dire, pour mettre ma chancelante résolution sous l'égide de ta maternelle sagesse.

20 décembre.

Mon passe-port est en règle , ma voiture est louée, je pars dans deux heures ; il est temps que je me rende en d'autres lieux , car la tristesse me gagne, et son image est toujours là !...

J'ai confié , en partant , tous mes papiers à mon ami Laine ; je les ai remis cachetés entre ses mains ; les pensées, les réflexions de mon journal sont trop franches , trop intimes , pour que je puisse m'exposer à le porter avec moi en Italie : ce serait une impardonnable imprudence.

— .l'écrirai à mon père, de Beilinzona ; en

soivfcMKs liK (;k>evk. 307

altondaiil . dis-lui bien . ma sœur , que je serai de retour dans u\\ an , et plus lût même s'il le désire.

Lucerne, 21 ilécembre.

Me voici à Lucerne où je viens d'arriver harassé de fatigue et mourant de froid. Une neige épaisse retardait la marche de la voiture où j'étais seul en partant de Berne ; mais nous primes heureusement en roule un officier suisse qui retourne à Bellinzona, et qui me sera fort utile pour le passage des montagnes. Il a loué pour demain une barque qui nous transportera à l'autre extrémité du lac. En attendant que le souper s'apprête, j'ai voulu te dire que le courage revient... Encore quelques jours, et la conscience de bien agir sera plus forte que les peines du cœur.

Bellinzona, 26 décembre.

(le n'est pas sans peine et sans de grands dangers (pie nous avons franchi les Alpes , car peu s'en est fallu, ma sœur, que quelque précipice ne vint faire justice de notre imprudente hardiesse : mais le péril passé n'est plus que songe, et le souvenir même en est doux.

Ainsi que je te l'ai déjà dit, nous partîmes de I.ucerne. Tofficier suisse et moi . dans une barque que manœuvraient trois robustes ra-

308 S(»l've:\ius ue liEsÈVE.

meurs. La bise était forte et nous avancions rapidement... si rapidement, que je ne pus voir qu'en passant , et de loin , la roche fameuse où le vaillant Guillaume Tell s'élança d'un seul bond, repoussant d'un pied vigoureux, au milieu des ondes irritées, le bateau du farouche Gessler.

J'aurais voulu visiter ce lieu témoin d'un trait si prodigieux de force et d'audace ; j'aurais voulu m'arrêter un instant dans la solitaire chapelle qu'on aperçoit au-dessus du rocher ; ])iais nos bateliers s'y refusèrent absolument, alléguant la violence du vent et la difficulté d'al}order , à cause de la neige qui couvrait la rive. Je me contentai donc de saluer le touchant monument élevé par un peuple simple, pieux et brave, à la mémoire de son libérateur, et je me dis : Heureux ceux dont les noms sont ainsi canonisés par les générations reconnaissantes, comme les fondateurs de l'indépendance et de la nationalité de leur patrie ! car c'est une œuvre grande et sainte que de chasser les étrangers de son pays.

Cinq heures avaient suffi pour la traversée du lac; une fois débarqués nous prîmes un char à bancs pour nous conduire à Stuck, et nous partîmes sans perdre de temps, car nous avions une forte journée et le chemin était ni)-

SOLVEMRS DE GENÈVE. âO'J

sfrué par la neige. Quelque pressés que nous fussions, je ne pus cependant passer à Altorf sans m'arrèter un instant sur la petite place où Tell, suivant la tradition, enleva d'un coup de flèche la pomme posée sur la tête de son fils.

Placé devant la petite tour, où l'on a peint grossièrement à fresque cette terrible scène qui vous frappe d'horreur et de pitié , j'admirais dans mon âme les desseins de la Providence qui a permis sans doute que la délivrance de la Suisse fût le résultat d'un si exécrable abus du pouvoir et de la force, afin de prouver qu'il n'est rien au monde de plus odieux que l'oppression étrangère, et rien de plus sacré, de plus glorieux que les souffrances et le dévouement de ceux qui sont appelés à en briser le

joug-

Le froid devenu plus \\i et la neige plus épaisse et plus dure nous forcèrent à échanger notre char à bancs qui n'allait pas , contre un traîneau qui glissait vite sur une route superbe et qui fait honneur aux ingénieurs du canton d'Uri. Resserrée entre les montagnes, et sou- ^ ent taillée dans le roc, ou suspendue au-dessus des précipices, cette route eût été admirée, il y a cent ans, comme une œuvre grandiose, étonnante... aujourd'hui l'on se contente, et cela vaut mieux, de la citer comme une preuve de

ÔIO SulVEMKS UE GENEVE.

plus du progrès de la civilisation et du besoin toujours croissant qu'ont les peuples de faciliter et multiplier entre eux les communications et les échanges. Le moyen, après cela, d'empêcher la propagation des idées . et partant l'émancipation successive des nations?

Quelque magnifique que fût le chemin qui vient de donner lieu à celte digression, peut-être eùt-il été plus sage de ne pas le parcourir après le jour tombé ; mais décidés à aller chercher gite à Nolen, neuf lieues plus loin qu'Altorf. nous dûmes voyager la nuit, si l'on peut appeler nuit les blanches lueurs des rayons de la lune que la neige reflétait.

Rien de plus fantastique que l'aspect des montagnes à ces clartés douteuses : ici , c'est un rocher dont la grande ombre se projette sur la route et semble en couper le passage ; là, des pins gigantesques dont les rameaux couverts de neige s'inclinent sur la terre et semblent autant de spectres immenses plantés sur le penchant des monts pour en défendre l'accès. Plus loin , c'est un glacier sur lequel viennent se concentrer les rayons de la lune, tandis que, cent pieds plus bas , bouillonne et bondit l'impétueux torrent dont le fracas est le seul bruit qui rompe l'imposant silence de cette solitude glacée. De temps en teuq)s le relcnlissement

SOtVEMRS DE (iEiNfcVE. 31 I

d'une partie de rocher qui, surchargée de neige, se détachait des montagnes et roulait dans l'ahime, venait se mêler à la rumeur des eaux ; ou bien c'était le bruit lointain des coups de fouet de quelques conducteurs de traîneaux qui nous croisaient, s'arrêtaient un instant et reprenaient silencieusement leur route après aA oir répondu à la question d'usage : Com'è la montagna... paroles et voix humaines qui paraissaient bien faibles, bien chétives, à côté de la voix bruyante des torrents !

Quoique mon manteau et mes fourrures me défendissent à peine du froid qui semblait augmenter d'heure en heure, c'est avec regret que j'arrivai à Nokn : j'aurais voulu continuer encore cette marche nocturne que mon imaginalion peuplait de tant d'apparitions surnaturelles et qui me faisait si bien comprendre la superstition et la crédulité des montagnards.

La montagne n'est pas praticable, nous dit notre hôte le lendemain malin ; deux voyageurs y sont restés gelés hier ; demeurez ici vingtquatre heures, je vous le conseille, en attendant que la neige diminue.

Nous partîmes cependant le dimanche 2â , malgré ces funestes présages : quatre guides jeunes et vigoureux se chargèrent des traîneaux sur l'un desquels nos bagages furent placés.

515 SOIVENIRS DE GOfcVE.

Nous ne tardâmes pas à nous convaincre que l'aubergiste avait dit vrai. La neige à chaque pas devenait plus épaisse, le sentier plus étroit, plus impraticable ; bientôt même il disparut entièrement... Nous étions à chaque instant menacés d'être engloutis dans quelque fondrière ou dans la Reuss. qu'on entendait gronder à plus de deux cents pieds au-dessous... Enfin, ma sœur, les difficultés et les périls allèrent si fort en augmentant, que j'aurais de longues pages à remplir si je te racontais tous les incidents de notre téméraire voyage : je veux pourtant te dire un mot de celui qui m'a le plus vivement touché... c'est la rencontre inattendue d'une pauvre dame dans des lieux et par un temps que les hommes les plus audacieux auraient pu trembler d'affronter : couchée sur son traîneau, qu'elle fit arrêter en nous voyant, elle écarta le voile qui cachait sa figure encore jeune et agréable et nous salua gracieusement en italien.

Celte voix de femme, qui parlait une si douce langue , m'alla au cœur comme celle d'une amie... — Ne vous hasardez pas, nous dit-elle, à franchir aujourd'hui le Saint-Gothard , car c'est dimanche, et le sentier ne sera frayé par personne ; hier, la montagne était encore praticable ; mais il est tombé tant de neige cette nuit, que le passage esl devenu presque impossible :

SOUVKIVIRS DE GENÈVE. "13

croyez-inoi , couclioz à ^ixerra, ot aUendcz jns- (ju'à lundi pour vous remettre eu roule.

Je la remerciai de sa louchante sollicitude , qu'une femme était seule capable de conce^oir pour la sûreté de voyageurs inconnus , et j'éprouvais le besoin, en lui disant adieu, de lui demander son nom ; mais je fus retenu par la crainte de l'embarrasser par une question indiscrète '... Qui sait, me disais-je, si elle n'est pas la femme ou la sœur de quelque malheureux proscrit qui attend cet ange de consolation que la rigueur des saisons et les périls ne peuvent arrêter dans son admirable dévouement ! . . . Va en paix, bonne et sensible créature!... qui que tu sois , je désire que ta vie soit heureuse, et je n'oublierai pas tes dernières paroles : Que Dieu vous préserve de tout danger !

Quelques moments après avoir quitté noire

• CeUe femme, aussi dislingiiée pai- la noblesse de ses senliments que par son esprit et sa rare instruction , fnyait alors Tllalie pour cause politique : adressée fs ma sœur, en 1824, par la comtesse Confalonieri, elle devint son amie, celle de toute ma famille, el ce ne fut qu'aprf's plus de trois ans d'intimité que le hasard leur découvrit réciproquement quel était le voyageur du Saint-Gothard, el que celui qu'elle voulut sauver des périls de In mon tagne était l'infortuné auquel depuis lonfjtem|is elle jtortait un si tendre intérêt. .\ote de /'ctideur.

inli're-îsaute voyageuse, nous arrivâmes au pont du Diable, ainsi nommé, dit la légende, parce que Satan pour sauver les jours d'un chevalier qui lui avait vendu son àme, jeta soudain d'un rocher à l'autre ce ponl d'une seule arche, dont la hardiesse pouvait paraître tout à fait diabolique dans les temps reculés.

Je ne te dirai rien des magnifiques horreurs de ce lieu , assez effroyable du reste pour que des crédules montagnards en aient f;\it le repaire des esprits infernaux. Je ne te parlerai ])as non plus de la galerie taillée dans le roc situé à quelques toises du pont et sans laquelle, faute d'issue, il faudrait rebrousser chemin; ni du vallon qui se trouve à son extrémité, ni même des blanches maisons du village d'Aixerra, objet de nos désirs , et dernier gite au pied du Saint-Gothard.

Je te ferai grâce également des sinistres présages, des avertissements de l'aubergiste et de nos guides pour nous faire remettre au lendemain le passage de la terrible montagne que . selon eux , personne ne franchissait le dimanche. Quant aux fatigues et aux accidents que nous éprouvâmes avant de parvenir au sommet du Saint-Gothard, ils furent tels que c'est avec la plus vive joie que nous aperçûmes enfin les ruines du convonf ([ne les soldats français

ont brûlé en I79S. et (pu n';i pas élé rétabli depuis.

Au lieu de la loucbante hospitalité des frères de l'hospice . au lieu de ces grandes salles bien chauffées . bien éclairées, où ils recevaient et soignaient si charitablement les pauvres voyageurs, nous ne trouvâmes qu'une masure servajit d'auberge, et dans cette masure une mauvaise salle basse tout enfumée, où nous fûmes reçus par un cabaretier grossier , et des plus irrités de voir que nous préférions courir les chances de voyager la nuit dans les montagnes, plutôt que de nous arrêter dans un aussi misérable gite.

— Vous resterez ensevelis sous les neiges ! nous criait-il ; trois heures sont passées, jamais vous n'arriverez à Fctïdo avant la nuit : les perches qui indiquent les sentiers ont été abattues par le vent ; dans la descente , c'est plus dangereux qu'à la montée... vrai... là... on vous trouvera demain tous gelés, bêtes et gens... et à qui !a faute?... Tenez , voilà justement la neige qui recommence à tomber et le vent qui souffle... partez donc, si vous l'osez !

Nous osâmes , et en dépit de ses lugubres prédictions, nous comnienoânics à descendre et à nous frayer un passage sur cette nappe éblouissante où nul jalon . nulle trace d'honm^e n'ap-

Ô!(i SOtVEMRS 1)E GENÈVE.

paraissail ; où tout était silence , car aucun de nous n'osait élever la voix dans la crainte do donner quelque distraction fatale à nos infatigables guides, qui, redoublant de courage et de prudence , marchaient en avant des traîneaux, sondant, de leurs longs bâtons ferrés, l'épaisse neige où ils s'enfonçaient parfois jusqu'aux épaules .

Trois fois nos traîneaux furent renversés et nos bagages jetés au loin avec tant de violence, que je faillis y perdre mon portefeuille de voyage et ma guitare, ma chère guitare, qu'un jeune guide , plein de zèle et d'intrépidité, alla chercher, au péril de ses jours, au fond d'une précipice où elle avait roulé.

— Jndem , andem , répétaient à voix basse nos expérimentés montagnards, et ils ajoutaient: — Malheur à nous si la nuit nous surprend dans la montagne... Nous marchions donc, mais lentement, mala;ré tous nos efforts.

La neige tombait à flocons plus pressés , le vent soufflait plus fort, le jour baissait, et le village de Faïdo était loin encore... De minute en minute, l'issue de noire téméraire entre- })rise devenait plus incertaine, plus inquiétante; surtout lorsque le plus vieux d'entre nos guides eut fait entendre , dans un des courts moments de repos, celle effrayante parole...

SOljVE.MKS IIE GENÈVE. Ô17

Teiiipestà... (jue ses compagnons redirent après lui d'une voi\ 'inquiète , en nous montrant les sombres et bas nuages (jui s'amoncelaient au-dessus de nos tètes : tous alors redoublèrent d'énergie pour hâter notre marche , car c'est une terrible attente pour des voyageurs attardés, qu'une tempête dans la montagne!

Bientôt la nuit fut dose , et il y avait déjà longtemps que nous luttions dans les ténèbres contre les tourbillons de la tourmente , (juand nos guides s'écrièrent tout à coup, Faïdo!... Faido! cri de salut (jue nous répétâmes à l'envi.

Que Dieu te préserve ma sœur, de traverser les Alpes l'hiver!... Et pourtant si quelque malheur fondait sur moi, si j'étais retenu sur un lit de douleur, je sais que ce ne seraient pas les obstacles qui l'empêcheraient de venir me secourir.

Quchpies minutes après, nous étions à Faïdo, dans une auberge , la seule du lieu , où nous trouvâmes, tant bien que mal, à nous sécher, à nous chauffer, à apaiser notre faim.

J'ai doublé le salaire promis à nos guides, je les ai remerciés de leur zèle, de leur patience, de leur courage; je leur ai dit en leur serrant la main, que grâce â eux seuls nous n'avons pas payé de notre vie la folle obstination de passer le Saint-Gothard un jour comme rçhii-là...

Ô18 S(HVE?!iis.s DK (;t;?tÈvn

Mes paroles leur ont fait, je crois, presque autant de plaisir que mon argent.

Le lendemain, de grand malin, nous allâmes sur des traîneaux jusqu'à Pellaggio. Là nous reprimes un char à bancs qui nous voitura lentement jusqu'à jBf///;?cowa, où nous arrivâmes enfin vers les neuf heures du soir. Mon compagnon de voyage, dont je n'avais eu qu'à me louer, se rendit dans sa famille ; et moi, qui ne pouvais jouir d'un tel bonheur, j'allai chercher gite

aW albergo deW Aqnila.

2 il eu r es.

Je viens de parcourir la ville de BelUnzona, qui n'est ni grande ni belle , et de laquelle je n'ai rien à te dire, si ce n'est qu'on y parle un mauvais italien que je comprends à peine, il est vrai, mais qui charme déjà mon oreille parce qu'il trahit son origine et m'annonce que je suis désormais bien près de l'Italie.

Dans deux jours je serai à Milan : pourquoi faut-il hélas ! que l'aspect des Aulrichiens doive gâter le bonheur que je me promets en visitant cette ville. . . Ah ! les étrangers ! les étrangers ! . , . quel fléau pour un peuple ! que je souffrirais , mon Dieu ! si je devais supporter chaque jour les odieuses vexations d'une domination ennemie !...

Mais laissons là ce hisle sujet [»our penser

SCilVEMRS DE GÎ.INÈVE. Ôl'J

au lemj)s heureux où nous nous revenons et où je vous conterai tout ce que j'aurai vu et appris dans rintéressanl pays que je vais parcourir.

Quoi ! dans celte lettre si longue pas un mot <Ie Liicy! diras-tu, ma sœur, en arrivant à la fin de ces pages qu'il m'a été si doux de l'écrire ce matin... pas un mot? non...

Je veux que mon souvenir reste au fond de mon cœur ! . . . En parlant d'elle , vois-tu , tous nu'S regrets se raniment ! Mon imagination s'exalte, je la vois plus belle, plus séduisante encore : et je souffre et je pleure le bien que j'ai perdu!... Que son nom, que son image, demeurent donc à jamais ensevelis dans mon âme!... Celui qui scrute" les cœurs me tiendra peut-être compte un jour du sacrifice dicté par ma conscience. . . car il est grand, ce sacrifice ! ... Je sens les larmes ^ oiler mes yeux , mes pensées sont vagues... Adieu, ma sœur, à qui je dois tant, adieu! j'écrirai de Milan à mon père; puisse-t-il \ivre assez pour jouir du bonheur d'embrasser les enfants de ta fille bien-aimée! J'embrasse mon frère et ta Louise chérie , à laquelle je veux servir de maître d'italien à mon retour en France. Adieu encore ! Que Dieu veille sur vous!

Page 1