LETTRE A MA SOEUR
Genève, 16 juillel.
Laisse-moi , ma sœur , me mettre à genoux devant toi , et, une main dans les tiennes , te faire la confession d'un pauvre cœur tout déchiré qui se repent d'avoir tardé si longtemps à s'épancher dans celui qui fut toujours son refuge dans ses écarts, comme sa consolation dans ses misères!...
Jamais , jusqu'à présent , je n'avais osé te parler que légèrement de cette charmante Anglaise , Lucy , qui s'est trouvée sur mon chemin comme l'ange de l'Écriture sur celui du fils de Tobie... C'était une lumière qui devait éclairer mon âme sans la troubler , sans l'enflammer. Je le croyais d'abord... mais elle était trop
séduisante , hélas ! pour n'être pour moi que ce que fut Béatrix pour Dante... un objet idéal de culte et d'inspiration ! L'amour que j'ai pour elle s'est glissé dans mon cœur sans que nul désir vînt en altérer la pureté ; je la trouvais sensible, spirituelle, aimable sans affectation, sans pruderie... Je la vis , je l'écoutai avec délices : bientôt ses entretiens me devinrent nécessaires; je ne travaillais pas bien quand je ne l'avais pas vue... c'était un jour sans soleil... Séduisante habitude qui m'a trouvé sans courage quand il a fallu y renoncer tout à coup , parce qu'elle m'a laissé un vide de cœur que rien maintenant ne saurait combler.
Ce fut hier, en nous promenant en bateau sur le lac avec ses sœurs et quelques amis , qu'elle m'annonça son nouveau départ de Genève , où elle était arrivée la veille.
— Je n'y reviendrai plus , ajouta-t-elle... Peut-être mon mari , après notre voyage des bords du Rhin et de l'Allemagne , reviendra-t-il se fixer près de ma mère , qui doit habiter le canton de Vaud.
— Votre mari!... mais il est donc revenu d'Angleterre ?... J'aurais presque dit revenu de l'autre monde , tant son absence prolongée m'avait habitué à le considérer comme ne devant plus reparaître.
262 SOIVEMRS I)E GE>ÈVb:.
— Il est arrivé il y a quelques jours, me répondit Luey.
— Ainsi , vous allez partir !... ainsi , je vais vous perdre ! . . . Ah! . . . Luey! ... Luey! . . . — c'était la première fois que j'osais l'appeler ainsi — que vais-je devenir quand vous n'y serez plus ?
— Vous travaillerez.
— Travailler , moi !... lorsque, chaque soir, je n'aurai plus pour récompense un de ces sourires si doux , qu'ils rendraient la sérénité du ciel à l'ànie qui en aurait été bannie... Non, Luey , ne le pensez pas ! . . . Sans vous . mon intelligence va cesser de se développer, mon imagination ne prendra plus d'essor , mon âme n'aura plus d'inspirations... l'étincelle de poésie (jue vous aviez allumée en moi s'éteindra ; je ne serai plus qu'un pauvre abandonné pour qui la vie sera sans but et l'avenir sans des jours de lumière... Je grandissais près de vous; je retomberai quand je vous aurai perdue !
— Au nom du ciel! taisez-vous... vous me faites mal... Si l'on vous entendait ! me dit-elle à voix basse... ne voyez-vous pas qu'on nous écoute?... Calmez-vous , je le veux... peut-être n'ètes-vous pas le seul à souffrir...
Je me calmai, je restai silencieux tout le temps de la promenade , répétant avec bonheur , avec iwesse : Peut-être n'ètes-rnus pas le seul à sauf-
SOl'VtlNlKS DE GEPiÈVE. 265
f'rir!... Les ténèl)res de mon âme s'étaient éclaircies : les yeux fixés sur elle, suivant chacun des mouvements de son corps gracieux , épiant, mais en vain, un seul de ses regards pour y lire la pensée intime de son cœur, tantôt je me laissais aller au balancement de la barque , comme si le sillon qu'elle traçait sur les ondes ne devait jamais finir, comme si le soleil qui se cachait si radieux dût éclairer le lendemain le plus beau jour de ma vie... tantôt aussi, subitement frappé par la poignante idée que ce bien précieux allait m'étre enlevé , il me prenait une infernale envie de faire chavirer notre léger bateau, de sauver Lucy, elle seule... afin que la reconnaissance qu'elle me devrait me donnât près d'elle et de sa famille les droits d'un ami qui peut vous suivre en tous lieux , et auquel la maison est toujours ouverte...
Mais cette pensée funeste n'était qu'un rapide éclair que la foudre ne suivait pas!... et qu'un rayon d'une lumière plus pure , qu'une douce lueur d'espoir venait bientôt remplacer ! . . , J'étais encore plongé dans une de ces heureuses rêveries dont ces mots : Elle m'aime ! . . . formaient l'harmonieux refrain , quand notre barque toucha le bord et qu'il fallut descendre... alors je me réveillai de mon songe ; je retombai dans la triste réalité qui me disait que celte
femme si belle, si supérieure, à laquelle je ne pouvais pas même prononcer un seul mot de tendres adieux pour épancher mon àme, partait demain!... Demain, mon Dieu!... avec un homme qui apprécie l'ange aux formes divines que le ciel lui a donné pour femme, autant à peine qu'un de ses chevaux de course, ou qu'un de ses limiers favoris ! . . . Non , m'écriai-je , une union si monstrueuse ne peut durer... je la suivrai partout , je la délivrerai du joug grossier de ce chasseur de renards... Elle m'aime! je l'ai lu dans son regard... elle ne résistera pas à mes prières ; elle s'abandonnera à moi pour que je la conduise dans une riante retraite où toute ma joie sera de la servir et de l'adorer...
La soirée , une partie de la nuit , se passèrent dans cette agitation cruelle!... Ce matin, j'étais levé avec le jour , marchant dans la ville, sur les remparts, pour revenir aboutir sans cesse à la maison qu'elle habitait. C'est un tourment d'enfer qu'une semblable attente !... Enfin l'heure de pouvoir se présenter étant arrivée , je me rendis chez elle.
— Madame ne reçoit pas encore , me dit-on , elle ne sera visible qu'à cinq heures.
Je pars de nouveau ; je me fatigue ; je harasse le corps pour dompter l'esprit : j'entre à la sociélé de Lecture ; j'y parcours , sans les coni-
souvEMr.s nE «e^ève. 265
prendre, vingl journaux, vingt brochures , jusqu'à ce qu'enfin l'horloge sonnât l'heure si désirée!... En peu d'instants je fus à sa porte.
— Il y a deux heures que madame est montée en voiture, me dit une brave femme que je voyais quelquefois en allant chez la mère de Lucy.
Pas une parole ne s'échappa de ma bouche... Une main de fer m'étreignait le cœur!... Je m'éloignai rapidement ; je courus vers la porte de la ville qui conduit à Lausanne, et j'y arrivai à l'instant même où une voiture en sortait. Redoublant de vitesse j'atteignis cette voiture, mais ce n'était pas elle!... Alors une douleur violente me contraignit à m'arrêter, à m'asseoir sur le bord de la route , à mettre ma tète brûlante entre mes mains!... Oh! que je souffris longtemps avant de pouvoir m'écrier en pleurant : Lucy ! Lucy ! . . . est-ce ainsi que vous deviez me quitter!
Puis la pensée de suivre ses pas vint calmer l'horrible désespoir dans lequel j'étais tombé : demain , je me mettrai en route ; demain je l'aurai rejointe... C'était là tout ce que je pouvais penser , c'était une invocation dans la souffrance.
Soutenu par cette résolution , j'accourus de nouveau chez moi pour les préparatifs du dé-
souvFNiBs m;
506 SOIVEMRS DE GENÈVE.
part; j'y trouvai Giacomo . qui m'allendait pour m'entretenir d'une douleur nouvelle! Giacomo, ce pauvre orphelin , qui n'a plus sur terre ni patrie ni famille!... Giacomo qui m'aime, et qui , se jetant à mon cou , me dit en sanarlotant :
— Ce n'était pas assez pour moi de l'irréparable perte de ma mère , il faut encore que l'on me soupçonne d'avoir fait des bassesses en Piémont pour échapper à la surveillance de la police !
— Qui t'accuse de cette infamie? lui dis-je avec feu.
— Si je le savais, me répondit-il. celui-là l'eût payé cher ! Mais on le dit. mais on en parle, et c'est une calomnie qui me ronge le cœur !
— Nous la démentirons , Giacomo , sois-en sûr, nous en découvrirons les infâmes auteurs : tu peux compter sur moi... Pleure en paix (a pauvre mère , ton ami ne t'abandonnera pas ! Reviens demain . nous causerons d'un projet que j'ai pour toi.
Giacomo , trop agité lui-même pour s'apercevoir de mon trouble , me dit adieu en répétant : A demain !...
Et Lucy?... et mon départ?... Insensé que je suis! pensa is-je alors. L'obstacle momentané que Giacomo vient d'y mettre . n'est-il pas un
SOI/VENIRS 1)E (it>ÈVE. iiO"
avertissement du ciel?... Oui , ma résolution de suivre cette femme angélique était une coupable pensée , une aberration complète de ma raison !
Et pour que cet éclair de sagesse , en s'éteignant, ne me laissât pas retomber dans les angoisses de l'incertitude , j'ai voulu me mettre sous ton égide, ma sœur, te promettre, te jurer de respecter le repos de Lucy , de ne point partir, de résister à ce besoin si pressant de m'attacher à ses pas... Reçois donc ma parole, elle sera pour moi un engagement sacré qui , si j'y manquais, m'avilirait à mes propres yeux.
11 heures du soir.
J'ai retrouvé un peu de calme : la chaîne que je m'impose est lourde , mais je ne la romprai pas. Ma résolution est invariable... Quelque douloureux que soit le sacrifice , il s'accom- [ilira.
5 heures du matin.
La nuit s'est passée sans sommeil; à l'aube du jour seulement j'ai pu fermer les yeux. Hélas ! je ne croyais pas l'aimer tant!... Pour me donner des forces j'interroge ma conscience, et elle me répond qu'en me conduisant ainsi, j'agis en lioimèto honuae. Mon cœur même, malgré ses
2o8 SOIVEMRS IjE GENEVE.
regrets , me dit qu'en résistant au désir de la suivre je lui donne la plus grande preuve d'attachement et de respect qu'un homme puisse manifester à celle qu'il aime. Tu m'approuveras aussi ; tu me diras : C'est bien , je suis contente. Allons, je le vois, l'accomplissement d'un devoir est un baume salutaire , j'en sens déjà les heureux effets... Et puis mes livres sont là, je vais m'y cramponner , m'y ensevelir... J'étudierai pour elle , je travaillerai puisqu'elle le veut! Mais hélas! mon Dieu! quand la reverrai-je ?
10 heures.
Je finis cette lettre, je la finis en te répétant, ma sœur , que je suis sur de moi , que je m'appuie sur la confession que je viens de te faire , comme sur une ancre de salut !... Briser la destinée d'une femme, en l'arrachant à ses devoirs, en la plaçant aux yeux du monde dans une position fâcheuse , en l'exposant à rougir et à cacher sa honte, serait une action indigne d'un homme d'honneur , indigne de la confiance qu'elle m'a témoignée, de l'estime dont elle m'a donné des preuves... En évitant de recevoir mes adieux, ne m'a-t-elle pas tracé ma ligne de conduite?... Je la suivrai : l'honneur et la vertu ne peuvent plus être désormais pour moi des mot^
SUlVtlJilUS DE Gt.XEVE. 269
vides de scmîs et d'effet. Adieu.. ma sœur, prends un peu de pitié de celui (pii souffre tant !
FRAGMENTS Dl JOIP.AAI,.
20 juillet.
Lavé de tout soupçon , de toute tache , Giacouio va partir pour la Grèce où il rejoindra Giorgio ; c'est une diversion à sa douleur. Les démarches , les soins que j'ai pris pour mettre sa réputation dans son vrai jour et faire les préparatifs de son voyage , ont servi à éloigner de moi l'idée fixe de mes pensées ; mais pourtant elle vit toujours là au fond de mon àme !
22 juillet.
J'ai accompagné mon pauvre Giacomo jusqu'à quelques lieues de la ville ; je me suis séparé de lui avec regret, avec douleur ! Son cœur est si conOant , si naïf dans sa candide probité, qu'il faut l'aimer conmie on aime un beau jour, une onde limpide , une musique simple et mélodieuse. Les peines de l'exil n'auraient pas su l'atteindre sans la perte de sa mère!... Bon et courageux jeune homme, comment oserai-je me plaindre en pensant à ta déplorable destinée î Le jour où nous nous reverrons sera compté
!270 SOUVENIRS UE Gt?ifcVE.
coinnie un des plus beaux dans le journal de ma vie.
2 «eût.
Les réfugiés italiens sont plus nombreux que jamais à Genève : vivant au juilieu d'eux , prenant part à tout ce qui les intéresse, ils me parlent de leur belle patrie comme si j'en avais touché le sol, respiré l'air, admiré le beau ciel, contemplé les ruines...
Plus je les écoute, et plus je sens croître en moi le désir de connaître enfin cette Italie que l'oppression étrangère revêt à mes yeux de tout cet attrait, de tout ce mystère qui entourent une beauté gémissante sous les verrous de quelque impitoyable tyran. Ce désir s'est même tellement développé dans mon esprit , qu'il est bien prêt à se changer en résolution de partir pour Florence à la fin de l'automne, si rien ne demande ma présence en France, si nul événement ne vient y mettre obstacle. Je caresse ce projet, j'en fais le thème de mes rêveries , la (oile sur laquelle j'étends les couleurs de mon imagination... tableaux ravissants , d'où se détache toujours une figure unique , une tête de \ icrge dont les cheveux , les traits , le contour, la pose sont tous de Lucyl... Qui sait si ce n'e>! pas ^ous le beau ciel de ÎNaples que nous
SOtVENIKS UE t;i.INÈVE. 271
soiiimes destinés à nous rencoulrer , comme Oswald rencontra Corinne... Laissons à l'horizon de mes pensées, de mes espérances, ce point lumineux qui l'éclairé sans l'embraser!... c'est une consolation permise à celui qui a été plus fort que son cœur.
Parmi les exilés italiens, il en est un qui m'a particulièrement frappé; c'est Lutzi, ex-secrétaire de la junte d'Alexandrie : d'une taille haute et imposante, d'une ligure régulière, mais que l'encadrement d'une forêt de cheveux bouclés et noirs rendrait dure et bizarre , si l'empreinte d'une profonde mélancolie ne lui donnait ([uelque chose d'intéressant qui vous attache ; Lutzi , promenant ainsi ses sombres pensées de ville en ville , de pays en pays, est pour moi l'emblème le plus triste , le plus digne de pitié et le plus respectable de cette douleur de l'exil dont Dante avait bu tout le fiel , et qu'il caractérise si admirablement dans ces vers :
Tu lascerai ogni cosa dilelta
l'iù caramente, e ciuesto è quello slrale
*;he Tarco deir esilio pria saetla.
Tu proverai si come sa di sale
Lo pane allrui, e coin' ô diiro calle
Lo sceiidere e'I salir per l'altrui calle '.
' lu aljaiidoiuitias les plus chers objets do ton amour.
272 SOLVEMKS l!E GE;\EVE.
Jamais aucun sourire ne vient éclairer sa pensive figure ; jamais un mot d'espoir pour des jours meilleurs ne sort de sa bouche : il vit, il pense seul, et rien ne l'arrache à sa taciturnité que les manifestations de haine contre les Autrichiens. . . Alors sa physionomie s'anime, ses yeux élincellent , des paroles brèves, énergiques , foudroyantes , débordent de son cœur qu'elles soulagent un instant. Homme instruit et d'un caractère plein d'énergie, Lutzi est le représentant de cette bourgeoisie éclairée qui, en Piémont comme en Lombardie , offrait de si grandes garanties pour l'établissement et la conservation de sages institutions libérales.
Si les succès éphémères de la constitution des certes lui causèrent une de ces joies qu'on n'éprouve qu'une fois en sa vie, jamais aussi triomphe ne fut suivi de plus amers regrets pour cette liberté d'un jour qu'il avait saluée avec tant d'enthousiasme! c'est un homme frappé au cœur, que la douleur ronge , que l'éloignement de sa patrie et de la femme qui lui est chère portera bientôt à quelque action funeste , car il aime, l'infortuné, de cet amour exclusif, de cet
et c'est là le premier Irait que décoche l'arc fie l'exil... Tu éprouveras comtiien le p;)in d'autrui est amer, »-{
combien il est dur de toucher le seuil de l'étranger.
amour d'homme fait que Byron peint avec tant de vérité dans son Corsaire. Ses seuls jours d'existence sont ceux où il reçoit les lettres délia sua donna. Si le courrier est exact , il devient communicalif , il parle , il reprend pour un moment l'énergie du vouloir et les illusions de l'espérance ; si la poste arrive sans lettres pour lui. il se renferme dans sa chambre ou porte ses pas dans les montagnes , ou se jette dans une barque, passant le jour et la nuit même sur le lac, à gémir, à pleurer!... Douleurs mortelles que je comprends, que j'écoute, que je plains et que je cherche à calmer en portant sa pensée vers un avenir meilleur... Quelquefois il m'écoute et s'anime encore pour retomber bientôt dans son abattement... Cest un bel arbre, dont le ver de l'exil a rongé le cœur et que nous verrons tomber quelque jour au moindre coup de vent, quoique l'écorce soit lisse et que son feuillage reste vert et touffu ' .
4 août.
Ah ! mes livres, mes chers livres, que je vous bénis ! vous êtes mes consolateurs et mes sages
■ Les tristes prévisions que j'avais conçues sur l'avenir de l'infortuné Lutzi ne se sont que trop réalisées : succombant aux peines de l'exil, il mit fin à ses jours ([iielqiio temps après mon départ de Genève.
274 !<01VLMRS DE GEÎ^EVE.
conseillers... Ce que j'ai promis à ma sœur, je lai tenu : je suis resté à Genève, j'ai travaillé , je travaille chaque jour a^ ec une ardeur nouvelle, pensant à Luc} ... la regrettant, il est vrai, connue le malheureux tout à coup frappé d'une complète cécité regrette la lumière... mais heureux par le témoignage de ma conscience et de l'approbalion de celle qui n'a jamais transigé avec la vérité et les sacrifices qu'impose l'honneur. Je lui ai fait part, à cette seconde mère, de mon projet d'aller en Italie, en lui disant que le penchant qui m'entraîne vers ce beau pays est irrésistible : là, sans interrompre mes graves études, je compléterai mon éducation musicale, j'admirerai les antiquités, je m'initierai aux arts et recueillerai des souvenirs capables d'enrichir mon imagination de ces vives couleurs qui jettent leur éclat et leur poésie sur tout le reste de la vie... u Quand on n'a vu que son pays, l'univers est un livre dont on n'a lu que la première page , » dit je ne sais plus quel auteur : feuillelons-lc donc ce livre , pour arriver connue lui à trouver que la page qui nous est échue n'est pas la plus mauvaise de l'ouvrage.
^sfmssMr^Tcsts^îSsmss!?
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WB.AQMmiWB Wm mWMMÂl..
Refus à (le nouvelles proposilions
(k'Buonarolti.Espoirddçu pour sauver les sergenls
de la Hoehelle. Dépari de Genève. Adieu v
à tout ce que j'y al aimé.
6 aoûl.
— Tu t'occupes sans cesse des États-Unis, me (lisait il y a peu de jours Buonarotti : tu fais de profondes études sur les institutions de celle république fédérative : c'est bien; ces études peuvent t'être utiles un jour, j'en conviens... mais c'est de la pratique qu'il nous faut désormais, et non de la théorie.
— Eh quoi ! lui répondis-je, songerait-on encore, après tant de tentatives échouées, à quelque trame nouvelle?
— Plus que jamais . et j'espère bien que tu
27G SOUVEMRS DE GEÎVÈVE.
nous aideras à la mettre à exécution , que fn quitteras tes livres pour servir activement la cause...
— Moi ! quitter de nouveau mes livres ! . . . n'y comptez pas. Bien d'autres, sans moi, sont prêts à répondre à cet appel . . . J'en ai assez vu et assez fait, j'abandonne la partie.
Buonarolti me regarda fixement et sourit de pitié.
— Voilà bien la jeunesse du jour, reprit-il en prenant un des volumes qui se trouvaient sur ma table : elle croit avoir tout fait quand elle a feuilleté quelques volumes... Ce n'est pas en lisant des in-folio que les patriotes de 93 ont fait triompher la république.
— La république! m'écriai-je... qui donc aujourd'hui pourrait désirer la rétablir en France? Qui donc pourrait de bonne foi y travailler avec quelque espoir de succès?
— Moi!... répondit l'invariable descendant de Michel-Ange... Oui, moi et une foule de braves gens qui savent bien qu'il n'y a de salut pour ton pays et pour l'humanité entière que dans la république une et indivisible.
— Les éléments vous manquent, répliquai-je en prenant à mon tour un volume de l'Histoire de Washington , par Marchai ; les mœurs , les usages, les institutions premières des Améri-
SOIVEMRS IlE GENÈVE. 277
cains, dont j'étudie la glorieuse et sage révolution, les avaient mûris pour de larges libertés; mais chez nous il en est tout autrement. Ce serait folie d'espérer qu'un peuple, si jeune encore dans la possession de ses droits politiques que l'est le peuple français, si peu avancé dans la connaissance et la pratique de ces mêmes droits, et qui a si peu de suite dans ses idées, si peu de constance dans ses affections , si peu de conscience dans l'accomplissement des devoirs de citoyen, joint à tant dinsouciance pour les intérêts publics, put tout à coup, par le fait même d'une révolution nouvelle , avoir assez de sagesse, de persévérance et de probité politique, pour jouir tranquillement des bienfaits d'un gouvernement libre et fort, de ce gouvernement républicain pour lequel l'égoïsme et la démoralisation des individus est une cause immédiate de bouleversement et de ruine. Notre éducation i'onstitutionnelle est encore trop peu avancée , et c'est au temps...
— Au temps! répliqua Buonarotti en élevant la voix... C'est donc à dire que le système actuel te semble acceptable?
— Vous me comprenez mai, maître... Je ne soutiens pas l'ordre de choses existant, vous le savez; mais s'il faui, pour le changer, recourir à des complots et à des émeutes, j'y renonce pour
27S SOITVEMRS DE GEIVÈVE.
ma pari, parce qu'il m'est impossible de ne pas être convaincu que toutes les tentatives de ce genre n'aboutiront désormais qu'à faire des dupes et des victimes.
■ — Ainsi donc, tu désertes nos drapeaux! me dit le vieux conspirateur d'un air sombre et mécontent; tu ne veux plus travailler à l'œuvre sacrée de la libération des peuples , et tu préfères ton repos aux missions honorables que je te destinais et dont je te jugeais seul capable... Oh ! mes espérances ! . . . mes espérances, qu'ètesvous devenues !
Buonarotti remit le livre sur la table, puis sans me tendre la main , sans répondre à mes protestations, il s'éloigna à pas lents, secouant la tête comme un homme qui se dit, dans l'amertume de son cœur : Encore une déception !
10 août.
Plusieurs membres des sociétés secrètes de Paris sont venus aujourd'hui me demander, me supplier de me rendre sur les frontières d'Espagne pour contribuer à gagner les régiments formant l'armée destinée à agir contre le gouvernement descortès... J'ai refusé, irrévocablement l'efusé. Le métier d'embaucheur, quelque exercé en grand qu'il puisse être, répugne à mes principes et à ma conscience : je n'irai pas.
M)IVEMK!S Uc. (;tNKVE. 27})
2) août.
Malgré ma ferme résolution de ne plus prendre part à rien de ce qui s'agite ou se trame dans mon pays, j'ai faibli, j'ai cédé, quand ils m'ont dit que je pourrais être utile à l'infortuné général Berton , et aux jeunes sergents de la Rochelle, en m'associant à ceux qui s'efforcent de les sauver...
Je pars pour la France... J'irai à Poitiers, puis à Paris... Puissent mes tentatives être couronnées de succès !
2 octobre.
Mes vœux n'ont pas été exaucés ! J'ai travaillé de cœur pour délivrer les malheureux prisonniers, mais tout a été vain !... Mes efforts et ceux de personnages bien autrement importants que moi, ont échoué devant des difficultés insurmontables, tant du cùlé du pouvoir que de celui des libéraux mêmes, si peu unis d'opinion et de vouloir...
J'ai vu les braves sergents de la Rochelle devant la cour d'assises; je les ai vus au moment oîi on leur lisait la sentence; je les ai vus sur
!2î>0 S0LVL!V1RS DE GENÈVE.
la fatale charrette marchant à l'échafaud. et leurs figures, leur maintien, leurs paroles, m'ont appris comment on alïronîait dignement la mort, comment on y allait sans bravades et sans ostentation.
Mon Dieu ! qu'ils étaient jeunes encore ! quel lonsf avenir ils ont sacrifié à l'honneur et à leur cause!... Mais on les plaint, on les admire, mais leurs noms vivront dans Tliisloire, et un jour viendra où ils seront nationalement honorés conmie des martyrs de la liberté.
28 octobre.
Quelque pénible qu'il me soit de quitter Genève avant mon départ pour lltalie , je le ferai cependant pour me soustraire aux instances sans cesse renaissantes de Buonarotti . dont la manie des missions politiques, d'assemblées, de conciliabules, ne fait qu'augmenter chaque jour. Personne ne déplore plus que moi de voir mon pauvre pa} s si mal compris et si peu sagement gouverné : mais c'est aux irrésistibles progrès de l'esprit public , et non à d'impuissantes conjurations , qu'il faut s'en remettre pour y porter remède. Tous les moyens de répression des Bourbons , soutenus de toutes les forces de la sainte-alliance, n'empêcheront pas les germes
SOIVEMKS DE GESEVE. '281
(ie liberté de se développer et d'arriver un jour à maturité.
Bien convaincu de cette consolante vérité, j'ai résolu définitivement de ne plus prendre pari aux inutiles menées des sociétés secrètes, et de ne plus me déranger de mes chères études. Mon ami Laine , venu de Lausanne tout exprès pour me voir, a si amicalement insisté pour que j'allasse passer quelciues semaines au milieu de sa charmante famille , que j'ai accepté avec empressement son affectueuse invitation : encore trois ou quatre jours, et je quitterai Genève pour me rendre chez lui. Ah! de quels heureux moments ne vais-je pas jouir dans un intérieur si bon , auprès de son exccllenie femme et de
ses chers enfants !
29 octobre.
.l'ai annoncé à Buonarolli ([ue je quittais Genève.
— Est-ce pour longtemps? m'a-t-il demandé.
— Sans doute pour toujours.
— J'en suis fâché... très-fàché , reprit-il , car c'est une perte pour nous ; mais ton voyage d'L talie, (juand le feras-tu?
— Dans quelques mois , je pense.
— Eh bien ! j'aurai à ce sujet quelque chose d'important à te communiquer ; viens chez moi demain soir.
282 SUl\tMKS Dii GEM.V1;.
Je fus exact au rendez-vous : Buonarotti iwe parla d'abord longuement et avec feu de l'asservissement de la Lombardie sous le joug autrichien, et des persécutions endurées parles patriotes de ce malheureux pays ; puis il ajouta d'un ton solennel : Ce serait une belle et noble tâche que de coopérer à l'indépendance italienne!... t'en sentirais-tu capable?
— Délivrer un peuple du joug des étrangers , lui répondis-je vivement , est à mes yeux une œuvre méritoire... Oui , je serais heureux de prouver par des faits aux réfugiés italiens, combien leur cause m'est chère.
— C'est bien, mon lils, c'est bien ! je vois que le feu sacré de la liberté brûle encore dans ton cœur ; dans quelques semaines , si tu persistes dans la généreuse résolution de te dévouer à l'indépendance de l'Italie, je le donnerai, de concert avec les exilés, les renseignements et les instructions nécessaires à cette patriotique entreprise que tu pourras mener à bien, sans nuire à tes projets d'étude : penses-y donc , et prépare-toi.
C'est ainsi qu'il m'a parlé , et depuis lors mon imagination est en travail : toutes mes pensées se concentrent sur cette mission que ses périls rendent encore plus attrayante. . . Italie ! . . . douce terre de souvenirs et d'espérances, que je serais
SOtVE.MRS DE Gt>t\t. 28Ô
fier de pouvoir briser un des anneaux de la lourde chaîne que les étrangers font peser sur toi depuis tant de siècles!...
ÔO oclobrc.
J'ai été prendre congé de M. de Sismondi , dont le cordial accueil et les sages avis me furent si précieux et si utiles pendant mon séjour à Genève : jamais je n'ai rencontré plus de modestie jointe à plus de méi'ite ; jamais la bonhomie et la simplicité ne se sont mieux unies à l'élévation des pensées et à la grandeur des scnlimenls. De tous les écrivains que j'ai pu connaître jusqu'à ce jour, M. de Sismondi est le seul (|ui ait échappé à cet égoïsme dont on accuse a\ec raison la plupart des hommes de lettres : jamais la vie de cabinet , presque toujours incompati])le avec le moindre dérangement , n'a mis d'entraves aux élans de son cœur ; ce temps liai lui est si précieux, il le prodigue sans hésiter pour rendre service à ses ann's et à tous ceux <ini sollicitent son appui et son secours... C'est là ce que j'éprouverai le besoin de répéter , partout où Ton parlera de bonnes actions et d'âmes généreuses.
5 novembre.
Ces derniers jours ont été employés à faire mes visites d'adieux : j'aiéléà Ferney jiour voir
284 SOIVENIRS DE GEAÈVE.
le général Chastel que je n'avais pas aperçu depuis bien des mois, tant il craint de se coniprouietire... Le pauvrehonmie est devenu tellement circonspect , et a une si grande frayeur d'attirer sur lui les soupçons du gouvernement , qu'il m'aurait , j'en suis certain , laissé frapper des heures entières à sa porte sans ouvrir, s'il avait pu prévoir que c'était moi qui venais ainsi le relancer dans sa retraite.
— Méfiez-vous de la police autrichienne, m'at-il dit au moment où j'allais le quitter; les paroles en Italie sont plus dangereuses que les faits mêmes ne le sont en France. Soyez donc sur vos gardes, et surtout ne vous mêlez pas de politique... Puis il m'embrassa en ajoutant d'une voix émue : — Je n'oublierai jamais les services que vous m'avez rendus.
C'est avec un sentiment de tristesse que je me suis séparé de lui , car il est bon et franc malgré sa pusillanimité en politi([ue et sa rude brusquerie en société.
6 novenil)!e.
Aujourd'hui, le cœur gros de soupirs, j'ai pris congé de mes chers professeurs : de M. Schaub. mon respectable maître de mathématiques ; de "^I. Manget , qui fut pour moi un guide si éclairé dans mes études ; de mon ami Delaplanche .
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auprès duquel et par lequel j'ai tant gagné pour le cœur et pour l'esprit. Mes larmes ont coulé en disant adieu à cet lionmie de bien que sa piélé [>rofonde, sa jeune sensibilité jointe à une imagination de poëte , rendent si attachant et si digne d'être aimé.
9 lieiires du soir.
Le croirait-on?... le cœur m'a manqué pour annoncer à mon pauvre vieux Mikéli et à madame Metton, ma bonne hôtesse, que c'est demain que je les quitte pour toujours.
— Monsieur va à Lausanne , me disait-elle , il n'y a qu'un instant... Combien monsieur compte-t-il y rester? j'aurais besoin de le savoir pour faire les petits arrangements nécessaires à l'appartement de monsieur, parce que je veux qu'il n'ait pas froid cet hiver, et qu'il y soit encore mieux que les autres années.
— Je vous écrirai de Lausanne , ma chère madame Metton.
— C'est bien, très-bi«i... Que nous allons nous ennuyer jusqu'au retour de monsieur!
Bonne, excellente femme ! que Dieu la récompense des soins qu'elle a pris de moi !
Déjà onze heures , et pas un paquet de fait , pas un papier de rangé... Je suis resté plongé dans mes rêveries , devant mon feu , à repasser
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le Ihre de ma vie... Hélas! mon Dieu ! qu'il s'y trouve peu de bonnes pages! Si j'ai valu quelque chose, c'est ici, dans celte chambre que j'abandonne avec regret , avec tristesse... dans celle chambre où j'ai passé tant de jours tranquilles, tant de jours studieux et les plus heureux de tous ceux qui se sont écoulés depuis que j'existe !...
Ah! ma pauvre cellule, si petite et si sombre (|u'il ne faudrait qu'un verrou et des cadenas pour le changer en prison, je vais donc te quitter!... te quitter pour toujours!... Cette table où j'écris maintenant encore, où tant de fois je me suis senti découragé, abattu, pour m'en relever fort et plein d'espérances , retrempé que j'étais par quelques heures d'un heureux travail, je ne m'y assiérai donc plus!... Je ne m'y appuierai plus pour reposer ma tète fatiguée par l'étude , pour y méditer, pour y élaborer mes projets el mes pensées!... Je n'y tressaillirai plus d'admiration et d'envie , à la lecture de ces grands écrivains privilégiés de Dieu , qui s'élèvent si haut ((u'on se croit déjà quelque chose quand on a le bonheur de les suivre, de les deviner, de les comprendre!... Dis-moi, chère table. compagne de ma solitude, ne t'ai-je pas été iidèle? n'ai-je pas quitté pour toi les joies du monde, et les joies des montagnes? ne rendrais-tu pas témoignage ,
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si tu pouvais parler, de mon assiduité, de mon obstination à vaincre les difficultés de mes arides études? ne dirais-tu pas tous mes etïorts pour dompter l'exagération et la mobilité de mon esprit?... et tu ajouterais encore que celui qui a si longtemps passé les jours et les nuits à pâlir sur ses livres , n'a jamais eu dans le fond de son cœur qu'un désir, qu'une seule ambition, devant laquelle toute autre considération a fini par céder : celle d'être, avant tout, un honnête homme dans toute l'acception du mot!
Tes sons étaient bien aigres, tes accords bien criards, mon pauvre piano que je veux entendre encore avant de m'endormir; mais que d'instants heureux n'ai-je pas eus, en parcourant ton misérable clavier !
Non, non, je ne veux plus chanter... ces dernières notes ont laissé dans mon àme une impression de mélancolie, comme les adieux d'un ami mourant.
J'ai été m'asseoir sur mes chaises une à une , sur mon canapé , ce magnifique fleuron du mobilier de madame Metton ; j'ai voulu y penser pour la dernière fois à tout ce que j'aime : à mes parents, à ma sœur, à Lucy !... Dans l'angle de ma cheminée, sous ma bibliothèque, était ma place habituelle, mon lieu de prédilection : (jnand j'avais froid , quand mes doigts engourdis
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ne pouvaient plus lenir ma plume, j'y venais, j'atlisais mes lisons, joyeux et fier, en les vo\anl se consumer lentement, de mon économie cl de mes habitudes d'ordre. Combien de fois ne me suis-je pas applaudi d'avoir rétréci chaque jour le cercle de mes besoins... Que me faut-il maintenant pour vivre? bien peu de chose!... Que les revers de fortune, que l'adversité viennent , ils me trouveront prêt... la médiocrité, la pauvreté même n'ont plus rien qui m'effraye ; le pain du jour, ^ oilà tout ce que je demanderais à Dieu!...
Mais que je fus bien inspiré de porter mes pas vers Genève en m'éloignant de France ! que les trois années passées dans cette ville ont été bonnes, utiles, fructueuses pour mon esprit et pour mon cœur! Car je me suis habitué, au milieu des studieux Genevois, à ne parler que de ce que je connais bien, et à vouloir beaucoup apprendre pour ne pas rester au-dessous d'eux. A leur exemple, j'ai cherché à être grave dans ma conduite et profond dans mon instruction; comme eux, j'ai pensé que la richesse sans le savoir n'était qu'une erreur de la fortune ; comme eux aussi j'ai appris à mettre les talents au-dessus des honneurs, et la moralité au-dessus de tout.
Si Dieu m'accordait un jour la joie d'être père , c'est à Genève que je voudrais en^ oyer
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uios enfants, pour leur apprendre à penser, à raisonner, à être simples et vertueux dans leur intérieur, à aimer la vie de famille, la vie d'études, à s'habituer à chercher leurs amis, non parmi ceux qui sont riches d'écus, mais parmi ceux qui sont riches de sciences et de vertus. Plus d'une fois je te regretterai, Genève où j'ai tant appris, où je pouvais encore tant apprendre... Plus d'une fois je penserai que dans ton sein où l'on jouit d'une tranquillité parfaite, l'on peut se demander après des années de séjour s'il y existe des gouvernants, tant la chose publique est sagement et simplement réglée. Puisses-tu prospérer pendant des siècles encore et continuer à être à la fois un foyer de lumière et une école de mœurs pour les étrangers qui viendront, comme moi, se réfugier dans tes murs!
Ma lampe touche à sa fin, mon feu s'est éteint, ma chambre est froide... Mon grand lit de serge verte ne me recevra plus qu'une seule fois!... Que les derniers mots que je trace sur mon journal, dans cette chambre, sur cette table, soient des actions de grâces à Dieu de m'avoir conduit ici pour y apprendre à être vrai, à être bon, à être juste!
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