‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 13 sur 33 · FRAGMENTS DU JOURNAL · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DU JOURNAL

I^iiey.— SéABeedeU loniéeé leocèée.*^ Lt iMithoUqne el l'Athée. — Ciacomo qniUa Genève. — Lot deux eziléi iUlieot. — WptiTt de Fiorarini pour Tltalie.

16 mars.

Non^ Je ne copfierai pas même k ces discrètes pages tout ce qui est sorti de cette bouche charmante! C'est mon. trésor à moi que le bien qu'elle m'a £sdt ; e'est un parfum dans mon âme^ qui doit y brûler pur et solitaire comme Tenteus devant un autel !

Mais lorsqu'à mon retour elle m'a dit, après m'avoir exprimé les inquiétudes ipi'elle avait éprouvées pendant mon absencç, et sa joie de me revoir : — > Ah ! ne me causez plus un chagrin si cruel!,»., je serais tombé à ses genoux, j'aurais baisé ses mains, ses pieds; je lui aurais dit : Lucy,.. Lucy... je vous aime...| si la s^unté eandide de sa chaste

figure, reflet tendre et si vrai de son âme innocente, n eût arrêté mon cœur tout prêt à s'épancher, en le pénétrant tout à coup de Cette crainte , de ce respect d'amour que les fidèles éprouvent lorsque, priant dans le sanctuaire , ils élèvent subi- . tement leurs regards sur le visage céleste que les peintres inspirés ont donné à la Mèrç de Jésus.

Et lorsque prenant pitié de mon saisissement, de mon trouble, elle eut prononcé d'une voix qui me parut venir d'en haut, ces mots si simples et pourtant si afiectueux : — Aimez-moi comme une

amie, comme une sœur , il me sembla, tant il

y avait de pureté dans tout son être , que le souffle d'un ange était passé sur mon âme, et l'avait soudainement purifiée de toute pensée, de toute affection terreirtref...

Elle vit bien , la douce créature , que je l'avais comprise, qu^elle serait pour moi une étoile , tme sainte, car elle me tendit sa main, sûre qu'en la serrant dans les miennes je planais devant Dieu l'engagement solennel de respecter sa chaste volonté!

— Non, m'écriai-je, celui que vous élevez jusqu'à vous en lui donnant le titre d'ami'èt l'affec-

tk>n d'une aâeur, ne vo^s fera jamais rougir de TaToir si dignement distingué.

•— Je le sais, me dit-elle.

Qu il y a d'estime et de bonté dans ces trois mots ! Je les ai répétés après l'avoir quittée ^ je me les répète encore avec joie chaque fois que j'ouvre

mes livres y ^I^^ j^ ^^^ ^^^^ au travail Ds sont

ma dernière pensée, et la ]»emière à mon réveil!

Buonarotti , qui devrait prendre pour devise un gazon verdissant, avec ces mots : plus on me Joules plus Je repousse f redouUe de zèle et d'activité; grâce à son irrésistible influence, le nombre des affidés et les rapports des sociétés secrètes entre elles s'accroissent, se multiplient, se resserrent chaque jour. C'est une chose étrange, et sans exemple peut*-étre à notre époque, que la persévérance de cet homme qui travaille depuis trente ans sans jamais s'arrêter, conmie une araignée dans son trou, à ourdir les fils d'une conspiration que tous les gouvernements ont brisés tour à tour, et qu'il ne se lasse jamais de renouer.

Talents et intentions à part, une semMable

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constance n*^9)h?Ue pai) aussi étonnait , aim rave que celle de ces fakirs tijidiem, qui, pendant des ' années et une vie tout entière y s'enfoncent les on^es dans la chair, ou se ttennent courbéfr con^e \ïn cerceau^.. Ce nest qu'une jon^me Ëinatique, et pourtant on les respecté aux Indes, parce qa'il est < dans notee nature^ *~ êtres molnles que nous sommes *r^ de r^rder comme d'ime tx^^Éipe plus forte que les autres tout homme qui , s'étant donné un but, noble ou vil, utile ou frivole, y marche droit et ferme s^ins jamais s'an^ter.

C'est pour cela queW caractère et toute la peiv soigne 4e Bupnarotti ne cessent de m'inspirer une sorte de vénération, que des hommes qui lui sont bien supâiîçurs ne m^ont janciais fait éprouver. Si je ne ^ma pas toujours d'açoord avec lui dans ses principes politiques , si ma raison se ri^oke contre la pluj^o^t de ^es théorias^ je baisse la tête devant rimmobilisation de ses pensées et de ses projets ; car on adi^iire toujours oala même qui nousmsuique le plus.

Pour lui JU vie est toute ren£ramée dans^une seule idée, dans un immense désir.«.«., l'émianâpationy 1^ lih^rl^ des peuples^. «C'est le seul adte de son

cœur«.^. culte deoonvictîoB et de dévouement qui f ennoblit à ^meg yeux et m'empéehe souvent de sourire quand il encadre de sérieux projet» dans des fbnnalités puériles, ou que je le vois, afifublé des ridicules insignes de la franc^^maçonnerie, rece« voir, avec une imperturbable gravité, quelque nouveau néophyte*

De toutes les cérémonies des sociétés secrètes, la plus animée, la j^s intéressante est pourtant, il &ut le dire, la réception des adeptes : nous en eûmes, il y a peu de jours, des exempW assez remarquables pour que j'en dise ici quelques mots*

Parmi les candidats venus cfe divers pays et présentés par de fort honorables parrains , il s'en trouva deux surtout dont les interrogatoires d'ad^ misison donnèrent lieii aux contestations les plus bruyantes.

Le premier, jçune Français d'une petite ville d^ Jura où k religion est encore en honneur, se déclara croyant et bon catholique , à k question d'un sage que lui adressa le président : Quelle est ta religion?.,.

Grands furent l'émoi et ^ colère qui vinrent saisir q[ud«pies répubUcaips, vieux champiociâ do

iU SOUYENI&S <

la liberté, dont la plupart demandèrent, en enten-^ dant une telle réponse , qu'on éloignât le postulant pendant quelques instants.

— Un catholique pratiquant parmi nous! s'écrie* rent'iis avec indignation !... c est impossible!

En admettant que le candidat soit sincère dans sa croyance , ne serait-ce pas exposer notre existence même aux danger dune confesâon? Nous demandons en conséquence que non-«eiilement son admission soit rejetée, mais qu'on s'abstienne de nous présenter, à l'avenir, tout sectateur d'une religion soi-disant révélée , conune devant être t)rop enclins à se soumettre aux pouvoii» absolus.

Alors il s'éleva parmi nous un murmure désapprobateur que le président eut peine à réprimer; puis il ordonna qu'on ramenât le postulant.

— Persistes-tu, lui dit-il, à te déclarer pratiquant la religion catholique?

— S'il faut y renoncar pour être admis parmi vous, mon choix ne saurait être douteux : je me retire...

— La question n'a pas été posée ainsi, jeune homme... ; mais queh|ues-uns de nous craindraient que l'obéissance pas^ve que le catholicisme impose

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à ses adhérents, ne nuisît k ton patriotisme; les ultra-royalistes, tu le sais, les partisans les plus dévoués du pouvoir sont tous catholiques.

— Les devoirs de la conscience , répondit^ le jeune honmie, n'ont rien à démêler avec les opinions politiques ; tout catholique éclairé sait faire une distinction marquée entre ses obligations religieuses et ses obligations de citoyen : la liberté n'est pan plus incompatible avec la messe qu'avec le prêche, sous la bannière des cantons de Berne et de Friboui^ que sous celle des petits* cantons, et ceux qui l'aiment véritablement, cette liberté, doivent savoir que la première base de toute constitution est de proclamer la libetté des cultes.

— C'est vrai, dirent en même temps plusieurs voix,

— Ma religion, reprit alors le digne jeune homme, n'est pas une religion qui se contente de pratiques superstitieuses : non, messieurs ; elle m'a été transmise par mes pères, il est vrai, et je m'en fais gloire, mais elle a été aussi confirmée dans mon cœur par un long examçn, par le flambeau de la raison. Si vous voulez m'admettre dans votre société, prenez-moi avec ma croyance, ou je re-

Hè SOUVENIRS

nonce à travailler avec vous à ce que Jésus-Christ est veitu prêcter sur la terre : la literté et k fraternité de tous les hommes.

Ûes murmures partirent de plusieurs points de la salïe, et une voix fit entendre ces mots :

— Nous ne voulons pas de crédules, pas de : faibles Jesprits qui s'agenouillent devant un prêtre^

et le font juge de leurs pensées et de leurs actions.

— Qu'on me conduise alors hors de cette enceinte, dit le jeune homme avec une conviction et une dignité qui me gagnèrent le cœur; jamais je he m'associerai à des hommes qui, pour établir le rëgne de ïa Hberté, commencent par proclamer

Fin tolérance Et il s'en fut, laissant l'assem-

bïée dians uù état de trouble et d'agitation dont je n'avais pas encore eu d'exemple.

A quelques jours de là , un jeune professeur do mathématiques, lie second des deux adeptes dont j^ai déjà parlé, se présenta devant nous comme s'il eût été appelé à résoudre quelques problèmes ou à subir quelque examen. A son front levé, à sa parole tranchante et concise, on pouvait deviner ^'il appartenait à cette classe de savants qui, n'opérant que stir de's quaiîtités connues et invariables, for-

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