‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 33 sur 33 · S48 SOUVENIRS · texte numérisé non relu

S48 SOUVENIRS

tous gelés, bêtes et gens et à qui la faute?

Tenez , voilà justement la neige qui recommence

à tomber et le vent qui souffle partez donc> si

vous l'osez!

Nous osâmes, et, en dépit de ses lugubres pré^ dictions, nous commençâmes à descendre et à nous frayer un passage sur cette nappe éblouissante où nul jalon, nulle trace d'homme n'apparaissait; où tout était silence, car aucun de nous n'osait élever la voix dans la crainte de donner quelque distraction fatale à nos infatigables guides, qui, redoublant de courage et de prudence, marchaient en avant des traîneaux , sondant , de leurs longs bâtons ferrés, l'épaisse neige où ils s'enfonçaient parfois jusqu'aux épaules.

Trois fois nos traîneaux furent renversés et nos bagages jetés au loin avec tant de violence , que je faillis y perdre mon portefeuille de voyage et ma guitare, ma chère guitare, qu'un jeune guide, plein de zèle et d'intrépidité, alla chercher, au péril de ses jours , au fond d'un précipice où elle avait roulé.

— Jndem^ andem, répétaient à voix basse nos expérimentés montagnards, et ils ajoutaient :

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— Malheur à nous si la nuit nous surprend dans la montagne... Nousmarchionsdonc, mais lentement, malgré tous nos eflforts.

La neige tombait à flocons plus pressés , le vent soufflait plus £nt 9 le jour baissait , et le village de Faïdo était loin encore... De minute en minute, l'issue de notre téméraire entreprise devenait plus incertaine, plus inquiétante; surtout lorsque le plus vieux d'entre nos guides eut fait entendis, dans un des courts moments de repos, cette effrayante parole.... Tempestà.... qiœ ses compagnons redirent après lui d'une voix inquiète , en nous montrant les sombres et bas nuages qui s'amoncelaient au-dessus de nos têtes : tous alors redoublèrent d'énergie pour hâter notre marche, car c'est une terrible attente pour àes' voyageurs attardés, qu'une tempête dans la montagne!

Bientôt la nuit frit close, et il y avait déjà longtemps que nous luttions dans les ténèbres contre les tourbillons de la tourmente, quand nos guides s'écrièrent tout à coup, Faïdo!.,. Faïdo! xm de salut que nous répétâmes à l'envi.

Que Dieu te {^réserve, ma sœur, de traverser les

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Alpëd rhivef 1.... Et pourtant si qufel<|ue tnallieur fondait sur moi, si j'étaiâ reténu sur un lit de douleur, je sais que ce ne seraient paé ks obstacles qui t*empêcheraient de Venir me secourir.

Quelques minutes après, nous étioiis à Faïdb , dans une auberge, la seule dU lieu, où nous trouvâmes, tant bien que mal, à nous sécher, à nous chauffer, à apaiser notre faim.

Tai doublé le salaire promis à nos guides, je les al remerciés de leur zèle , de leur patience, delèUr courage ; je leur ai dit en leur serrant k main , que grâce à eux seuls nous n'avions pas payé de notre vie la folle obstination de passer lé Saint-Gothard un jour comme celui-là.... Mes paroles leui^ônt fait, je crois , presque autant de plaisir que mon argent.

Le lendemain, de grand matin , nous allâmes sur des traîneaux jusqu*à Pellaggio. Là nous réprîmes un char à bancs qui nous voitura lentement jusqu'à BelUnzona^ où nous arrivâmes enfin vers les neuf heures du soir. Mon compagnon de voyage dont je n'avais eu qu à îtife louer , se rendît dans sa laniîllë; et moi, qui ne pouvais jouir d'un tel bonheur, j'allai chercher gité alVathergo detV Aquila.

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2 heures.

Je viens de parcourir la ville de Bellinzona qui n'est ni grande ni belle, et de laquelle je n'ai rien à te dire, si ce n'est qu'on y parle un naauvais italien que je comprends à peine, il est vrai, mais qui charme déjà mon oreille parce qu'il trahit son origine et m'annonce que je suis désormais bien près de l'Italie.

Dans deut jours je Berai h Milan : pourquoi faut-il hélas ! que l'aspect des Autrichiens doive gâter le bonheur que je me promets en visitant cette ville.... Ah! les étrangers! les étrangers!... quel fléau pour un peuple! et que je souffrirais, mou Dieu! si je devais supporter chaque jour 1^ odieuses vexations d'une domination ennemie !...,

Mais laissons là ce triste sujet pour penser au temps heureux où nous nous reverrons et où je vous conterai tout ce que j'aurai vu et appris dans l'intéressant pays que je vais parcourir.

Quoi ! dans cette lettre si longue pas un mot de Lucy !... diras-tu , ma sœur, en arrivant à la fin de ces pages qu'il m'a été si doux de t'éciire ce matin.... pas un mot? lion!....

Je voux que son souvenir reste au fond de mon cœurl... En parlant d'elle, voisin, tous mes regrets se raniment! Mon imagination s'exalte, je la vois plus belle, plus séduisante encore : ei^ je souffre et je pleure le bien qpie j*âi padu!.** Qud son nom, <fae son image, demeurent donc à ja-» mais ensevelis dans mon âme!... Celui qui scrute Icîs cœurs me. tiendra^ peut-être a)mpte un jour du sacrifice dicté par ma conscience.,., car il est grand, ce sacrifice!... Je sens les laraxes voiler mes yeux, mes pensées^^^nt vagues..^* Adieu, ma sœur, à qui je dois taià, adieu ! j'écrirai de Milan à mon père ; puisse-t-41 vivre assez pour jouir du bonheur d'embrasser léS enfants de ta fflle bien-aimée ! J'embrasse mon frère et ta liouise chérie , à laqueUe je veux servir de mattre d'italien à naon retour en France. A<teu encore! Que Dieu veille sur vous!

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