‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 5 sur 33 · FRAGMENTS DU JOURNAL · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DU JOURNAL

HetoUi! de Lucy. «- Déiappointement dô la vanité. «-^Lecture ches M. de Siimoiiâi* .

Elle était de retour depuis huit jours, et pourtant j'àrais résisté à la tentation de me présenter chez elle, lorsque hier je l'aperçus dans fa rue, don^ nant le bras k Un monsieur de haute taille, jeune encore, et beau malgré Fëtratigeté de sA figura. Mon sang, à son aspect, se précipita vers mon cœur, mes idées se troublèrent j et peu s'en fallut que je ne pas^sse auprès d'elle sans la saluer.

Qu'elle mWait parti belle, mon Dieùî e* que de jours de ipa vie n aurais-je pas donnés pour sentir sOn bras appuyé sur le mien , eofnme celui dont la présence à ses côtés me faisait tant de mal l

Je fis d'abord quelques pas pour m*en éloigner, mais je m'arrêtai bientôt, retenu par le d^t, par

Toi^eil , et peut-être aussi par l'espoir qu elle

détouri(a{ait la tête«.... Mon attente, hélas! fut trompée»."* je la vis disparaître conune si je ne devais jamais la revoir.

Pour soulager alors la peine qui m'étreignait le cœur, je parcourus la ville.... j'allai sur les bords du lac, dans la campagne, ne songeant ni à la bise qui soufflait , ni au froid , ni au jour qui baissait.... Enfin , après avoir erré jusqu'au soir dans une agitation toujours croissante, je cédai à l'inquiétude qui me torturait l'âme, je me rendis chez elle et me fis annoncer.

La première figure qui frappa mes rc^rds en entrant dans le salon fut celle du même personnage assis familièrement près de Lucy La soudaine blessure d'un fer acéré ne m'aïu^t pas causé une douleur plus vivie à peine me restait-il assez de présence d'esprit pour balbutier quelques phrases d'usage.

— Je vous croyais absent de Genève, me ditdle avec bienveillance.

. — ^M oi. . . . non, miadame ; enfoncé dans mes livi^, je sors si peu que j'ignorais....

— Vous êtes trop studieux, trop sédentaire, s'em-

pres3«Ht*elle d ajcmtep ; bien différent en cela de mon cher cousin le colonel Maxwell , qui ne peut demeurer huit jours dans le même lieu : un an ne s'est pas écoulé depuis qu'il est revenu des Indes ^ et déjà il parle de quitter l'Europe, où il meurt d'ennui et de fi'oid. Dans quelques jours il sera à Londres, et six mois après à Calcutta.

lia glace de mon cœur se fondit à ces mots , je respirai plus librement, et saluant le colonel , que. Lucy venait de me présenter, je l'aurais volontiers embrassé pour lui exprimer combien j'étais reconnaissant de ne trouver en lui qu'un simple parent, qu'un officier a la solde de la compagnie des Indes.

Mes pensées redevinrent sereines et riantes.... je fus gai, prévenant , aimable avec le brave Maxwell , dont Lucy me conta la vie aventureuse et le se* jour parmi les Marattes, entremêlant son récit d'observations fines et profondes qui en redoublaient encore l'intérêt. Jaiiiais soirée ne me sembla plus courte et plus charmante.... je l'écoutaîs

parler avec bonheur, avec ivresse il me semblait

' que le ciel s'ouvrait pour moi Ah! Lucy!...

Lucy!... vous avez tiré une à une de la châsse de

votre esprit toutes les pierres précieuses, toutes les

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