‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 4 sur 33 · H SOUVENIRS · texte numérisé non relu

H SOUVENIRS

Nous leur échappâmes comme par miracle ^ pour retomber ensuite entre les mains de ces féroces bandes asiatiques, conduites par ce brigand de grand vizir... Le patron y passa, ses filles furent faites esclaves, et force nous fut de déguerpir aix plus vite, Fido et moi, heureux encore de parvenir enfin , après mille dangers, aux frontitees de la Transylvanie, senza unquattrinOj sai^ unliard, il est vrai, mais avec tous nos membiî^s et mon Stradivarius^ unique débris de tous mes nau-» frages !

» Après tant de traverses, le souvenir de ma belle patrie parla si vivement à mon cœur, que je résolus d'y retourner avec Fido. Nous commençâmes donc notre long voyage comme deux bons amis, allant de village en village, gagnant gaiement notre journée en jouant du violon et faisant des tours de passe-passe.

)) A force de mettre un pied devant Vautre, nous parvînmes en Hongrie , bon pays et braves gens, si ce n'était cette infernale race de bohémiens qui, par jalousie, nous regardaient de mauvais œil.,, — Nqus leur enlevions leur pain!... disaient-ils; Canailles!... ccnnme si Dieu ne faisait pas luire son

soleil sur tous !... Quelques-uns osèrent nous ipsulter; mais je le» laissais dire, je chantais, Fido dansait, et nous vivions : si je n'avais été qu'un râcleur conune ces mendiants, tout sç serait arrêté là; mais les drôles avaient des prétentions sur cet instrument. Inde irœ... de là colère et guetapens, qui auraient fini d'une manière tragique poiu" Fido , mon Stradwarius et moi^ sans l'assistance et le bras vigoureux du vaillant Giorgio que Dieu récompense en cette vie et dans l'autre de l'important service qu'il nous a rendu. »

En finissant ainsi , Fioravini s'approcha de Giorgio , le baisa tendrement ^ur la bouche , pendant que Fido se traînait à ses pieds.

« Maître du champ de bataille, reprit alors Giorgio ,^ je relevai le brave FicM^vini, dont la première pensée fut pour son Stradwarius^ qu'il retournait en tous sens, pour voir s'il était bien intact, et la seconde pour Fido, qui, après avoir mordu à belles dents les talons de ses ennemis en fuite, était revenu près de son maître, qu'à son grand étonnement sans doute il avait trouvé son violon en main ; déjà même , en chien de cœur et d'aplomb , il s'était dressé sur ses pattes pour re-

*'Digiti2ed by LjOOQIC

commencer la danse interrompue ; mais un basta Fido , c'est assez ! suivi d'un Bravo ! tu n'es pas blessé, mon ami , lui fit quitter sa position verticale pour recevoir les caresses de son patron , tandis que celui-ci, se retournant vers moi, me dit avec l'accent de la plus vive reconnaissance : — Grazie tante , signor: senza di le , io mi rimaneva accoppato da questa caiiaglia. — Mille remerciements, monsieur; sans vous , j'étais assQmmé par cette canaille !

» Jamais paroles ne furent plus douces à mon oreille que cette phrase italienne prononcée dans le premier moment par Fioravini, sans qu'il sût même s'il serait compris; mais son contentement t fut , je crois, égal au mien lorsque je lui répondis : ;

— Che si quieti, che si quietij e venga con me. / ^

— Tranquillisez-vous, et venez avec moi.

» Nous nous jetâmes aussitôt dans les bras Tun de

l'autre comme deux frères qui se retrouvent

Ne parlions -nous pas la même langue au milieu des étrangers? »

— Et tu venais de me sauver la vie, s'écria Fioravini , les yeux pleins de larmes...

Nous entrâmes dans la chaumière, et là nous

4k . ■ wi«r" ^

convînmes y après de longs récits de nos aventures^ de nos dangefô^ de nos projets, que nous partirions tous trois de compagnie, Fioravini, Fido et moi ; que je serais leur protecteur contre les bohé- .miens et autres dangers du voyage , tandis que j'échapperais plus facilement , en passant pour leur compagnon , au risque d'être arrêté par la police autrichienne.

» Je ne vous dirai pas toutes les péripéties, toutes les aventures que nous eûmes à supporter pendant ce long et pénible voyage ; elles sont telles , que si Dieu me prête vie, j'en ferai quelque jour une intéressante odyssée que je dédierai à Fido... le roi des chiens fidèles et intelligents. Qu'il vous suflKse de savoir pour le moment présent, caris^ sjm^ignon, que nous surmontâmes toutes les (jl^l^ultés , tous les obstacles , et que nous arrivâmes f* saps et saufs, d'abord en Bavière, puis au château du père de notre ami Albert ,,qiri heureusement se trouvait alors chez lui.

» JejM.doncm'acquitter du message de mon comjj^jlgpon d'amies, et j'eus le bonheur de retrou- ^ pÊr dans celui que je cherchais le même enthousiasme pour notre cause , le même désir de la servir,

•que dans le brave dont je déplcMtiis encore ta pertel )) Bientôt notre petite caravane se remit eu route, augmentée d'un ami ; c'était à Genève qu'Albert voulait aller d'abord pour y retrouver Franz : tous y consentirent, et nous y parvînmes promptement sans encombres. Plaisie à Dieu que nous puissions arriver aussi facilement en Morée ! »

— Amen^amen^ dimes-nous tous au narrateur en le félicitant. On apporta ensuite quelques bouteilles de vin de la Côte , on porta force toasts à l'indépendance de la Grèce, on s'appela frères, on s'embrassa , puis chacun fut chercher son lit en rêvant aux destinées futures des nations*

* 98 octobre.

Giorgio et son jeune compagnon part^ demain pour Marseille; j'en ai regret, je symp^isais si bien avec eux! Mêmes pensées, mêmes opinions, même dévouement : tout pour la cause, rien pour l'individu , voilà le cri de leiu* noble cœur'.,. Oh ! mon Dieu! que la jeunesse è|^ séduisante et belle dans ses moments d'abnégafeop et d'entraînement!

Je ne leur dirai pas adieu, je craindrais trop de

DE GENÈVE. 4r

me laisser séduire dans im accès d'enthousiasme , et d'aller sur-le-champ avec eux verser mon sang pour cette terre sacrée > dont Dieu, je l'espère, nous permettra bientôt de dire t

Peuples de la terre , chantez !

La Grèce enfin renaît plus charmante et plus belle ; D'où lui vi^mtnt de tous côtés.,...

Fioravini restera quelque temps à Genève avant de se diriger vers l'Italie : J'ai assez de Turcs et de Grecs comme cela, répoûdait-il à ses deux jeunes compagnons qui le sollicitaient de partir avec eux; que voulez-vous qu'un artiste comme moi aille faire dans une semblable bagarre?

— Nous serons malheurçux sans toi, reprenaient les jeunes gens; viens avec nous, tu resteras dans quelque ville...

— Mon Dieu! ne m'attendrissez pas!... Et l'étoile de ma vie, voulez-vous donc que je m'en Jïoigne pour toujours ?

— Elle t'a oublié, et tu ne retrouveras plus deux amis qui t'aimeront comme nous.

Fioravini, ému, ébranlé, semblait parfois prêt à céder; mais ces Turcs, ces maudits Turcs étaient la pensée dominante qui devait enUn remporter.

— Si tu ue viens pas, donne-nous au moins Fido...

Autre assaut à soutenir pour le pauvre Fioravini, qui tint bon pendant quelque temps : Fido et son Stradivarius étaient ce qu'il avait de plus précieux au monde, ou, pour mieux dire, tout ce qu'il possédait !... Fido lui avait été donné sur un lit de mort, Fido avait partagé sa misère et l'avait aidé à vivre; que de raisons pour l'aimer ! pour le garder toujours! Le pauvre homme en perdait l'esprit... enfin il se décida :

— Prenez Fido, prenez-le... toutes mes traverses sont finies, s'il plait à Dieu, et les vôtres commencent... il vous aidera à les supporter, ce brave ami!... Emmenez-le donc, je vous le donne; et en vérité, je vous le dis comme cet infortuné Maorowitz me l'a dit lui-même en mourant : C'est un trésor que ce chien-là !

Des larmes coulèrent des yeux de Fioravini; les jeunes gens voulurent alors lui rendre Fido...

— Non , non , mes amis , je vous dois ce sacrifice, qu'il soit fait comme il a été dit.

Fido partira donc demain pour aller se faire tuer peut-être aux lieux mêmes où son premier

maître fut dévalisé... Singulière destinée que la destinée de ce chien!

a novembre.

Fido est revenu!... Deux jours après le départ des deux amis^ il était à Genève pour retrouver son ancien maître... Le vieil Italien^ en revoyant son ca« niche fidèle, pleura de joie, prit son violon, sauta, gambada avec lui : Ulysse, reconnu par son chien, n éprouva pas, sans doute, plus de bonheur que le pauvre Fioravini.

LITTEB A MA flOBinU

i5 BOT«nibre.

caisse 4ë Pftmi mg ctfMl du ftad de ea bouÈÊipâ nuMbmtt MoMàii. Veuqi i lindradee.

«•*' Mtf voUà^ Hè^ à la liQiiné fettnnti m meàf* tattk fltt pkatM d0 oôt4^ Qtt> 0*441 ?

«—Une caisse de Paris^ me réponditpelld en Stof* poM des inilw^ kttc l'àdMMS de féerititf* de ntadaflitf wtra scsoif.u Gh^ monkieur} nf/ksim dono.

Je regardai en effet, et tout jojftux jtf m'éeriu t

*^ Vite un taiarteau^ imàtmke Méltoii^ it un cfanau ^ ipoOr que jo fastt itttiMr li %ott¥il«ki<^

^Mottsieur q'y peuHi pftsh.. Metton «fcswil poft memiisièrT

Et cela dit, Metton fut appelé d'une voix si pressante, que le^utre honUme enf accourut tout effîiré»

— Ouvre cette caisse , dit-elle, sans lui laisser le t^tnps de fto&r&t un oiot.

— n me faut mes outils, je vais les chercher. — Cher monsieur, que peut-il y avoir là-dedans?

demanda mon hôtesse; quelque chose de beau sans doute, car tout ce qui vous vient de là est toujoujcs: ainsi... Mais, mon Diea! .ce lambin de Metton n^en finit pat ! ... Mettou«..i]\^etton I...

Xétais aussi . impatîeéi;, que, la. ichère .femme,

aussi certain qu'elle -que < le.>cQnta[iUi. de . la caisse

était quelque bomie gâterie de sœur... Je la oowvaifii

des yeux !''':> ^ \ ,. f ,'. ; i .. ' > , .

t ' '^Des Hvres, peul>étrè?/di9^ jà ipadame Mettott.

-^Des Ëvresl... ah! ouais !^.. madame yoitre sœur a trop d'esprit pour cela. Arrive donc, anive donc avec, tés outils. ^ ^ , : . . :i i

i:— Pif I paf l le oBeau est enfi2ncé;:une planche craque, .cèdi9, est: armchée... imposeible de rien voir encore, qu'une couche de papier blanc; le marteau joue, les clous sautent, et le couvercle aussi; vite, j'allonge ma main, qu'une autre non

moins leste aide déjà à débaisrasser les cordes d'emballage. . ^

~- Monsieur avait raison , s'écria madame Metton en me présentant un yoli^oe d'un air désappointé...

C'était Bernardin de Saint-Pierre. J'ouvris aussitôt :

— Quelle belle édition! quelle belle reliure! di&oje avec joie... voyez , voyez !

— Bah! bah! nwdame votre sœur* n'y pense pas ! c'est du poison qu elle vous envoie la! Si elle savait que vous passez une partie deâ nuits à lire et à étudier, elle ne vous aurait pas envoyé des livres ; il n'y en a que trop à Genève.

M. Metton avait missealunettes pour admirer...

— Ylà des caractères ça! hum! ça se lit tout seul!... si ma Bible était comme ça !

Tandis que je feuilletais le volume, et que M. Metton le regardait, comme il pouvait, pardessus mon épaule, madame Metton présidait k Texcavation^de la caisse.

— Tenez ; voyez , cher monsieur, voilà encore un paquet qui. ne contient pas de livres, et puis un autre, et encore un autre ^ sans parler d'une

5* SOUYENIRS

bdtié ptas ][>etite qvLCfii a placée au fond de la grande... C'est ça qui vient de votre chère sœur, c'est sûr!... est-ce qu'une femme comme elle songerait seulemtot à ne voui envoyer que du méchant papier qui ne vaudrait pas le port? *

Alors , vouloir ou non y û BkSbït quitter Paul et Fîrginœ pour prendre un des paquets et l'ouvrir... Les yeux de madame Metton ne me quittaient pas... La ficelle ôtëe, Tenveloppe dégagée, la brave feïtfgaé battit des mains à la vue du magnifique ehâle bleu dont tu veux que je me pare...

•^ G*est pour mdnsienr! ah! que cela lui ira bien! ,.

— Et cette robe, ira-^t-^Me tten autel k votre fille? lui âi»je en lui donnant YétoSè étiquetée de ta main : Pùur mademoiselle Metton.

— Comment, monsieur, pour ma fille? La chère dàmeapensé à elle!... est*-il possiMe!...

Je montrai l'adresse au mari, qui répéta • Pour mademoiselle Metton.

— Quel goût cela vous a , (^s dames de Paris ! Metton , regarde ; mais regarde donc ! comme c'est doux? comme c^est joK ! Qu*est*ce encore que caoî , cher monsieur ? continua-t-^lle sans reprendre ha-

DSaBllâTE. 55

leinèy en me mettant mtre las mains vm gma paquet soHdçment ficelé.

-^ Laiase donc Ëre cetle letlàre, dit M. Mottte en me pi^sentant de son côté celle qu'il venait de trouver dans un des volumes; mais Timp^nce de sa femme ne le permit pas.

•<-« Bah! bah! ne récooteB pas» monsieur; ne voyei»»YOus pas que la chère dame n^a pas mis la lettre en évidence, afin que vous jouissiei du plaisir de la surprise pour tout ce qu^aUe vous envoie?..* Déhallee, déballea*.*

— Déballons donc... r^tai^e k ntto tour^

Bk»it6t le gros paquet n'eut plus rien k nous caoh^.

~> Du café!... dit la bonne ftmme d'un air joyeux...

-^ Oui» du oafé mdm, ajoutai«<je, que nous prendrons chaque jour.

M. Metton ôta ses lunettes, quitta le livre objet de son admiration, me regarda avec surprise, et s'écria :

— Ah ! ce doit être un fameux régal que du café moka!

Mais à peine avait^il articulé œ demiei^ ndot,

que la prudente ménagère se hâta de décrier qu'on n en prendrait que le dimanche , excepté le cher monsieur, qui en aurait chaque jour une petite tasse.

Après bien des débats , j'obtins enfin que la famille en prendrait aussi le jeudi, coïK^ession qui ne me fut acccndée qu'après avoir fait entendre ces rassurantes paroles : Ce sac-là fini, celle qui me l'a envoyé le rraiplacera .

En attendant, et pour plus de sûreté, madame Metton s'empressa de renfermer celui que nous possédions dans son armoire à clef .

Les livres ayant été tirés un à un de la grande caisse, ainsi que quelques autres petits paquets, il ne routait donc plus que la boîte qu'il fallait dégager de ses dernières entraves. Que contiendrat-elle? se demandaient les assistants... Mais à mesure que nous enlevions les bourrelets de papier qui la garantissaient de tout frottement, la forme se dessinait davantage; déjà je pressentais quel devait être le précieux dépôt qu'elle renfermait... Prendre alors le bel étui , le poçer sur le comptoir de madame Metton, l'ouvrir avec la clef si joliment attachée à un ruban , fut l'aflàire d'un instant.

Qu elle était dcmc jolie dans sa couche de drap vert, cette charmante guitare! que sa forme me parut élégante, et ses ornements de bon goût!... et les sons qu elle rendait, comme ils étaient ronds, ai^entés et doux à l'oreille !

Sans désemparer, assis sur le comptoir, j'accordai l'instrument, et là Je préludai dans tous les tons , sur toutes les cordes , si bien que les passants s'arrêtaient devant la porte vitrée de la boutique, écoutant, regardant, riant peut-être; mais je n'y prenais garde...' j'étais si heureux! Tiens, ma sœur , je veux te le dire, t'en remercier mille fois... Loin du pays, les joies que l'on éprouve sont si douces , si vives à chaque attention dont on est l'objet, à chaque preuve de souvenir que l'on reçoit de ceux qui nous aiment , qu'il n'est pas de plaisirs, pas de succès, que je puisse comparer à la jouissance qui suavement pénétrait mon âme en voyant ces nouveaux témoignages de ta bonté.

Un aUons donc!... acc(Hnpagné d'un geste impératif de madame Metton aux curieux, me rap* pela à moi-même : en robe de chambre, assis sur le comptoir, guitare enmain... la position était grotesque... je le vis et je m'enfuis dans ma cham}»*e,

58 S0UVEWR8

emportant mes beaux Kvres, mon joli chAle et ma guitare. ,

Une fois seul, je lus ta lettre si maternelle, ta lettre que je relirai quand mes pensées et mea projets m'entraîneront trop loin de la France et des miens!... Que le ciel te récompense dans ta fille, dans ta Louise chérie , des bontés que tu ne cesses d'avoir pour moi l... toi, que Dieu m'a donnée pour me remettre toujours dans le droit chemin, pour excuser mes fhutes et me protéger jusqu'aux dei^niers jours de ma vie!

FRAGmimPi BU JMJRICAl.

38 novembre.

Plua d'un mois de travail s'est écoulé , sans répit , sans distraction ; levé à cinq heures, couché à minuit , menant de front avec succès, j'en ai la consolante joie, toutes les branches de mes études : l'histoire comparée des révolutions anglaise, américaine et française ; les sciences, la littérature et les langues étrangères. Ah I que de journées utiles, que de journées heoreuses se sont écoulées pendant

Ci» laboriéosMi semaines l et queb fraits n'en ai-je pas relirét !

**-^ Veifis TOUS tuerez à fofoe de travafl , me è^t Ucr mon digne I>^laplandie^.* et je lui répondis :

«^* Gomment poumis«je modàter cet htësistiMe besoin d'ai^rendrè qui a^eat empai^ de mon âme et qui a'augmente ^n raison même des {nrogrès que je &is dans mes eonseiepcieusea études ^ Gomment songer à la fatigue du corps, quand fesprît s^élève, s'agrandit; et que le cœur s'épure au creuset de la méditation et du savoir? £t n'ai-je pas pendant Fespace de longuei années dont le souvenir m'est si amer, n*ai<*je pas abusé de ma jeunesse et consumé ma vie pour deë passions insensées 7... Laisses^ moi donc, ô mon ami, me livrer au travail avec ardeur, avec opiniàtareté, pour réparer ce temps d'erreurs si déploraMement perdu, et parvenir au noble but que je me suis proposé, côhil d'être un jour de quelque utilité à mes semblables et à te société.

Le digne bomme , en m^entendant parler ainsi, m'a serré dans ses bras en me disant : Allée , allez , mon enfant!... remplissez votre tflcbe, car cette tàcbe vient de Dieu 1

«0 SOVTENIIIS

Ces touchantes et ralenndleg pan^ de mon digne ami se «grayeront dans mon cdetir pour ne . plm s'en efikcer... Rien à Tayenir ne pourca me distraire de ma phiknthropiqne vocation; non, nen... pas même les regrets que me cause l'absence de ma belk Anglaise ^ de cette Lucy dom la ravissante image plane dajcis ma pensée^ coAime une étoile brillante d'où mes yeux ne sauraient se détacber!

10 décembre.

Il y a eu bier réunion de nptre société secrète : l'assemblée était nombreuse; d^ questions intéressantes y ont été agitée» sur l'état actuel des partis en France; des rapports satisfaisants nous ont été Ëiits sur l'extension toujours croissante que prend la société dans les diflS^rentc^ parties de l'Europe.

J'ai su que les carbonari, en bien des lieux, étaient sous k direction inomédiate des membres de notre association, lesquels membres, à des époques données | ou dans de graves circonstances, rendent compte de leurs opéi^tions au comité central..

Cette organisation, habile et forte, peut à la

longue amener des résultats importants , surtout si Ton apporte ailleurs autant de scrupuleuse sévérité que nous en montrons ici sur le choix et l'admission des candidats.

Surpris ) émerveillé du nombre des villes de France, de Suisse, d'Allemagne, d'Espgne et d'Italie où sont établies soit des ventes de carbonari, soit des sociétés semblables à la nôtre, j'ai conçu, je le confesse, une haute idée de ce que pouvait opérer un pareil réseau d'honmies tendant au même but, et obéissant strictement aux mêmes chefs.

Puissent ces derniers prendre toujours pour guides de leurs projets la sagesse et la vérité ! car s'il en était autrement, ils attireraient sur leurs têtes les malédictions de ceux-là mêmes qui les auraient écoutés et suivis avec le plus de bonne foi et de dévouement... Quoi qu'il arrive , j'aurai toujours gagné d'apprendre dans ces graves assemblées à discuter profondément et avec fruit les plus hautes questions de l'ordre social ; que le reste, ensuite, soit dans les mains de Dieu !

Page 1