‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 7 sur 33 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

Qudl £roid!... h& idées ^leat dans mon cervaaul Finir me garwtir de <;:ette mortelle iroidure, je me ruine : h bois est cher à Genève , et le logement de madame Metton estjgladal ; jon m'y trou^ verii quelque jour roide et ge}é, malgré les énormes bûches que j'entasse d^sle foyer. Vainement mq|a hôtesse a-t»*elle garni portes «t fenêtres de lai^ bourrelets ; la bise sou01e , l'air pénètre et me glace. Un paravesLt improvisé n'a pas eu «^leur résultat ; on di»)it que cette vieille maison a des pores qui aspirent le froid et le vent.

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pour dmuèce resipurce , je me sm» avisé de me couvrir de tou3 les vétêfnents qui ont pu, çan^ trop 4q peiae, «'eptu^ser sur mou corps Iqs ws sur les autres ; d'abord , et s^i»; parler de d^ux ou troi# ^WefMf une veste à la hpus^nle , puis un i^rtout ^ l^asquas tTHimnp9h et eufin uu ^wœr à lopgs pqijs gris, tra»cha»t merveiUeus^oyent suf le fcpd ble» lie la redipgp|48, lorsque je WP débarrasse , ppwy f^rire, du lourd carriçk qui couv?:e ej^itièrcment ma grotesque persouçie. Ajinsi vêtu, jp sp^ffle jençorç daps mes doigts ; l'hiver grelotjtpot sur sou trépied p'a p9s Vm plu^trapsi qm^ moi; je ifam toqrmente et j*(sa ris tQut k la fois , surtout qmnà j'ape^isf}#nsldgl^moi3i siuguliisrai^utreineuti qq, que je suis surpris dans ce l^izarre coutume , comme il m'est arrivé d^ l'ietre ce matin par deu3ç gentilshommes anglais, 4q^^ j'étais loin d'attendre J'hopprable visita*

Toc.,** toco.,. — Qui est l* ? d^nand^i- je d'un ton d'humeur.,.,. Je vais ouvrir, Attendez.

liestje et prestp ^ je quitte le carrick et je tirais le spencer doixt j'ayais ijj^à dépouillé upe manche , quand la perfide mç^iawe ]\![etton ouvrit la porte

et me fit entrer..... qui? un gentleman de ma connaissance, suivi du colonel Maxwell.

J'aurais voulu me cacher soi/s mes matelas , au risque d'y suflR)quer ! Paraître en cet équipage , et devant des Anglais encore!.... je crevais de dépit,

j'étôufiais moi qui deux minutes auparavant

n'aurais pu écrire, tant mes mains étaient froides

Pour comble de disgrâce , la Seconde manche de mon misérable spencer était si étroite , qu'il fallut l'arracher à l'envers pour en venir k bout. Heureusement que le dérangement des chaises avancées par madame Metton à ceux qu'elle appelait my* lords , en détournant leur attention , me donna le temps de me remettre et de me présenter un peu plus décemment.... Sans cela, je crois en vérité que je me serais enfui n'importe où.

Grâce à cette diversion , je retrouvai enfin la pa* rôle pour remercier le colonel qui venait'me faire ses adieux et m'oflfrir ses services pour l'Angleterre et Calcutta , où il se rend eti toute hâte , ne pouvant plus supporter notre rude climat d'Europe.

Après quelques minutes de causerie, ces messieurs se levèrent, et je tendis la main au brave Blaxwell, qui la serra fortement, en me disant,

moilié français y moitié anglais : Si vcms venez aux Indes 9 vous y trouveresi un ami*

Ainsi SQ termina la malencontreuse visite dont j'ai ri ensuite de tout mon cœur, non sans rougir pourtant, en songeant que, honteux de mon h.umble réduit , et pour me relever aux yeux de mes riches Anglais , j'avais trouvé moyen de glisser au milieu de notre courte conversation que mon père était riche à millions

Hélas I j'ai encore , je le vois , bien des progrès à faire avant de mettre le grappin sur la multiforme vanité.

aSdéeembre.

— La vanité! ah! qu'il faut peu de chose

pour la chatouiller et lui rendre tout empire sur notre faible cœur, alors même que nous nous flattons de l'en déraciner tout à fait! Je veux en

consigner ici la preuve.

Pour suivre les conseils de Lucy, j'ai passé quelques soirées dans le monde ; la première était à la Redoute : il fallut s'habiller, se mettre devant la glace pour se faire beau. Paré de mon châle bleu qui tranchait à ravir sous un gilet de velours noir,

je me complaisais dans cette vliè, car je me trouvais élégant , coquet , de boil goÛt chartnant en*

fin, puisqu'il faut tdut dire!.... JTétais si enchanté de moi , que j'appelai madame Metton pour là faire jouir de ma toilette.

Elle accourut, la bonne femme, et mô voyant si beau elle s'écria :

-^ Ahî monsieur est joli comme tout!... Gare nos dames!...

Le compliment m'alla si bien au cœur, que je tournai avec prétention sur la pointe des pieds pour m'offrir sous toutes les faces à Tadmiratioti dé mon hôtesse,ttandis que l'épanouissement de mon visage annonçait la pleine satisfaction de mon âme.

N'est-ce pas là de la bonne misère de cœur, pour parler le langage de notre vieux Montaigne? N'est-ce pas là cette pitoyable vanité qui, bien qu'avide de louanges , se contente pourtant de si peu , que l'éloge sorti d'une bouche vulgaire suffit parfois pour remplir d'aise celui dont la présomption n'aspire qu'à sortir un jour de son obscurité?

■ Ohli^ajiifas vanitatum^* ant répété depuis le

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pMfihèW, et toujours vmi depuis le oonunetieement des liicdeg jusqu'au dernier soupir du dei^ niet hpmtnei vanit^ns vanitatum^ que tu es bien placé dans daa bouche I Pour un chàle Ueu séaût à ma figure» pour une de ces phfases banales qu'Une femme m'adresse par bonhomie» par cdmplaîsancei bun qui travaille sans relâche k devenir un homme posé, utile , un honune dévoué à rafiitenchisselnent des nations, au bonheur de ses concitoyens , je me pavane , je me rei^gcuge , coftamesiy^i étais encore au temps où un nfieud de cravate fait avec grâce me semblait un che^ d'osuvre de goût et d'élégance.

Mon Dieu I que j'ai pitié de moi.... et que jai honte d'avouer <pie cette vanité si £fcile k repaître continua ce .même soir k s'uliaienter» j'allais presque dire à s'enivrer des plus puérils succès!,... de ma danse» par exemple» qui marque au miUcu des quadrilles génevoi»...« de ma danse» dont je suis assez en&nt pour m'enorgueillir, dans im pays où l'on sait mieux employer son temps qu'à faire des battements et des chassé»<croisés«

Chose étrange I au moment même du succès ^ j'envoyais l6 ridicule» et je n'en continuai pas

moins k tendis le cou-de^pied , à faire ites rom^ de jambe et les beaux bras, pôurmoaltrer à ceux qui n ont pas eu le malheur de perdre des mms et des ans à devenir un danseur, qu'ils n'ont ni grâce, ni légèreté, ni maintien. Ghétive ambition !... .justement appréciée, du reste, par un vieillard à la mine railleuse , qui vint me dire d'un air passable*ment goguenard :

— Monsieur, vous qui dansez si bien , donnes^nous donc encore un solo !

Ma sotte suffisance m'apparut à ces mots dans toute sa triste nudité.... J'étais humilié , profondément humilié , et j^attendis k peine que la contredanse fût terminée pour abandonner la salle , promettant dans le fond de mon âme de mettre à profit k salutaire leçon que je venais de recevoir....

Mais , hélas ! que les meilleures résolutions disparaissent facilement , lorsque la vanité , cet insaisissable Protée , vient de nouveau à être mise en jeu!.... En voici la seconde preuve :

J'avais parlé en maintes circonstances de mon goût, de ma facilité pour la déclamaticm : on en prit acte, et plusieurs personnes m'engagèrent k

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leurs scm*ées pour y feire des lectures. Je rf fusai d'abord pour me laisser séduire ensuite, et j acc^ tai, entre autres , une gracieuse invitaticMi de madame do Sisipondi.

Le jour fut pris et la pièce choisie ; c'était /* JE"cole des Bourgeois. Je m'y préparai deux jours d'avance 9 l'apprenant presque par cœur, la répétant avec mon ami Delaplanche , qui , pour unique conseil , me disait :

• — Livrez-vous à votre inspiration , et tout ira bien.

A huit heures j'arrivai chez madame de Sismondi; l'assemblée était nombreuse; le &uteuil, la table et le verre d'eau sucrée m'attendaient : c'était une lecture en règle.

La maîtresse dé la maison, ayant placé son monde, me pria de commencer.... Je m'assis donc, j'ouvris le livre... Lexœur me battait dans les premières scènes ; mais à mesure que j'allais en avant, je prenais de l'aplonib, je redoublais de verve, je jouais la comédie 'plutôt que je ne lisais : on m'applaudit , on me complimenta ; je rendis grâce, je répondis en m'inclinant avec modestie, et je jouissais.... ah! d'un contentement si vif, si exclusif.

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^ë feiUVremeilt des ht&iù^ (^'épifénfëM les w^ teu« tne fut tout à coup i^élé.

Rentré chôz moi, je me couchai sans trouret le sommeil; je repassai dans ma mémoire les passa* ges où je ctt)3^ais avoir produit le plus d'effet, l'approbation que j*y avais obtenue, ks rires que jV vaisexdtés

Et que seraitrce donc s'ils nVavaient entendu dans la tragédie? dans jéndromuquey dans Mat}liusl dans Àthatiet... car j'avais tout pour réussir dans Vart dramatique : la voix, la taille, l'âme.!...

Alors, le besoin, la rage de déclamer me prirent avec une telle force que je sautai hors de mon lit et me mis à réciter de longues tirades de ces tragédies , d'une voix si haute et si foudroyante , que madame Metton , réycillée en sursaut , s'en vint tout cflrayée à ma porte , l'ouvrit et resta pétrifiée en me voyant en chemise au milieu de la chambre, par le froid qu'il faisait.

— Ah! seigneur Dieu! s'écria-t^^Ue^ lo pauvre cher moniieur a la fièvre i^haude !..v»

Un seau d'eitu ^aoée «ur ma tâte n autek pas abattu la surexcitation de) mOn imagination et de

De eËifàvE. n

^ iflâ vaftiHé aVéé ^M d'^kacké que eè^ proâaïqtiél paroles!.,., ■ ! . . :

Je 1^ ^iBâm^hmtkH^t êcMÊtvm ciMMr^rtitt0d«v..« — Pardon, nia t!hèi« «YpdanM Mèttdiiyfrafdon d« vous av(^r i*évcillée , je déclamais; tranquiUiacoH vous, je suiabien , je vais dormir.

Se fiant peu à mes paroles, ma bonne hôtesse s'approcha, tnetâta le poulfe et piiî$ la tété:*~Pas de flèvi*e, dit-ellé.é... AllàtiS, monsîetir,. calmer* vous ; d'est àitisi qu'on attrape une fluxion dêf poi* trine.

Et hidi je restai là, tout désëtidhanté, tout honteux des égarements dé ilidn puéril orgueil, jusqu*à te que le sommeil vîiit ettfiri mettre trêve à tnes joies et à iliëé repentirs.

Déterminé à ne plus fri'exposët' à ces séductions de famour-propre , j^étl ^parlai le lendériiàitt à îhoii ami Delapîanché :

— Ce serait ^assef d'un ëiéès à un atftt'e; continuez, me dit-il avec bonté j à vous perfectionne^ dans Fart de la parole et de k dëclamatiën; continuez à vous faire entendre à Vos àmife ; mais que h but de ces lectures soit ennobli par la prisée que le talent que vous acquerrez poutTa serrir un jour à

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défendre avec fruît du haut de la triJ>une les in* térêts et les libertés de vos concitoyens.

Je le quittai un peu réconcilié avec moi-même , et me promeitaiit de ne point oublier de si sages parole».

So décembre-

^-La nomination du nùnistère Villèle, Corbière et Peyronnet, est un signe, hélas ! trop certain qu'on est Êitigué des institutions constitutionnelles, et qu'on veut à tout prix revenil' au passé.

C'est l'opinion générale : partout les têtes fermentent , s'échauffent ; on est mûr pour de grands événements....» dans toutes les provinces de France on s'inquiète , on se prépare : au nord conmie au midi> k l'ouest comme k l'est , d'importantes tentatives doivent avoir lieu pour arborer le drapeau tricolore.,.. Buonarottinous a prévenus qu'il (allait

nous tepir prêts on voit qu'il est lui-même dans

l'attente 9 qu'il espère.

De son côté, le général Chastel vient chaque jour me faire part des ouvertures qui lui sont faites par le grand comité directeur de Paris, et des nouvelles qu'il en reçoit...

Que va-t-il se passer?... je l'ignore absolument ; mais il est certain que Tannée 182a est grosse de révolutions que le moindre incident peut faire éclater.

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