‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 8 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LETTRE A MA SOEtlI.

• KeOMfito du oœop, — FwggienU du joarofl. rr Imj^ rr FigiTftviat..— Entraînçmeojt politique.— Départ pour Lyq n.

6 janvior 182a.

Que d'aimables souvenirs contenait le coffref qui ma ê^vemê priîgieu^fsniôntiCD ïmtin }wr.l« Aégo-' cia»t auquM tu f avais .çooiSié ! paai^ ta l^tre» ma smwp valait hj^n mi^ux ^ncoira. L^ vqoia que tu eipgvimm au Qouvirl aQ pour m(m bonh^nx sont accomj^go^ c}e coas^s si sage^^t ai m^terneds , qu'il faudrait ét^e, m>n pas de marbre, mais de tarre brute, pour n'eu pas être pirofoudément ^. tWKîhé, pour ue pp? prendra ayec joie l'eug^e^ vm^ àQ ]m suivre. .

Je suis eu bQUO^ voie , je le sens jjq Tespère, J'ai l'I^orriçur du xna^ l'aiiopiu^ du lÀfiu : la ju^te djéiîajuce que j'ai de moi-ménfie me fujet en gprde CQUtfe Jes défauts de mou caractère, dont la mobilité pre-

mière est combattue chaque jour par une volonté persévérante , pkr une persuasion toujours plus intime , que rien de bien , rien de grand n'a été fait dans le monde sans la patience et la ténacité. Je sais vouloir désormais plus efficacement que par secousse et par accès,.. Voilk un grand pas de fait!.., car alors 9 toutes les facultés intellectuelles, toutes les forces morales réunies en faisceau , convergent vers le même centre, l'amélioration du moi , qui ti'est que Tamour de la vérité et de la justice.

De tous lés chamiants souvenirs que tu m'en^ Voies au nom de tous, sais-tu celui qui me charme ? c'est la petite montre d'ai^nt,.. Elle ne me quittera plu$ ; elle îxiarquera mes journées , mes ans , ma dernière heure!... Elle est ce que doit être ma vie, simple, juste et réglée dans sa marche, parfaite sous sa modeste enveloppe. Chaque fois en la remontant , je me demanderai si le jour qui vient de s'écouler a laissé quelques traces dans mon esprit , a produit quelque bien !... Mémento du cœur qui vaudra mieux quele mémento mori des trappistes, car il difa qu'il faut bien faire.

Ce quç je t'ai envoyé, moi, est bien peu de

chose : Madame Mettoti ptéteod que mes eadeaux sont en bois de sapin y tandis que les tiens sont en acajoa^.. comparaison prise sous le rabot de son mari 9 mais qui n'en est pas moins juste : c*est Ik Thistoire des femmes avec nous!... mères, épouses » sœurs 9 amies sont toujours en plus!... les hommes, toujours en moins.

)• Jesuiscontentede toi, très-contente, medis-tu, en terminant ton encourageante lettre ; mais que je le serais plus encore si je te voyais revenir à Dieu et à la religion avec autant de conviction et d'ardeur que tu en a mis k revenir k Fétude et k une meilleure vie... C'est le constant objet de mes vceux et de mes espérances!... Ce jour si beau ne viendra-t-il donc jamais?... yt

Je l'ignore , ma sœur, mais ce que je puis t'aflumer, c'est que je ne repousserai pas la vérité, dès qu'elle apparaîtra k mes yeux.

FIIAGMENTS DU JOtRNAJL.

j 9 janvier 1822 , à minuit. ^

Je rentre de chez Lucy ; j'ai lu avec elle tout un chant de Childe-Harold de Byrou. Les pensées, II. 6

\m images ^n «ont grandes eC éncurgiqÉês, mais quelle est h poésie qai ne deyieisdniit suUime lorsqu'elle est lue et commentée pfir une icnmie doBt FâmQ et la ligule £Opt » à eUas seules^ tout tm poëipe de oand^r et de bewtéU.' Ahl taçm çQ^r, tBQU pauvre <o<eur ! comuiè tu restai» su»» pendu à ses lèvres !... . - i

E\h m'a dit qm jfi m6 trtadiiBiA^ur ma tocatipn, qu'iVfaUl»i mfida^i^P ^ h httàimtjam^ ai»c c^vr^ d'ifiM^i^tiQ^r çt jioh ans éludée pfailosoN phiquea... Je i^cfiU^is ep XéçQut^nii au^ éki^y atii^ inspirations df; mo»^ àme^que mpinuasije pour^ rais être poëte l,».

Longtemps i^us^ denienrâmes sur cet intéres^ sant sujet ; elle, de plus en plus spirituelle^ bonne ^ convaincante; moi, de plus en plus persuadé, cWmé» él^lpui de ssn grâce , de sqn e^rit... Elle veut m'initier aux beautés de ]^ poéfie anglaise y Dio mio!... que sa volonté soit faite!... Mon âme est prête... qu elle dise seulement Fiat lux,,, et la lumière y descendra.

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9i QWBYS. M

J^aî reçu des CQmmunîcatîofls de quelques officiers supérieurs en deqiî-solde ; ijs iti'^ont djemandé si je serais dispc^ë à prendra part aveC eux à une insurrection qu*on veut tenter bientôt , disent-ils ^ pour réparer Féctiec de Belfbrt ; îe leui* al répbndp que je ne pouvais leur promettre nia coopération dans connaître à fond les éléments et le but de cette nouvelle levée dfe boucliers. Quoiqu'ils n'aient aucune donnée sur une aflaire aussi scabreuse, ils Al» VOCitpaB vmtiê'ûû âVant el s'étduuent dé mes scrupules!... Pauvres têtesL.* lU sèlsa^^flt^équé loedii^ a9td0f»oi)t ùario» ^ cotnAânt» àtam le» en* treprises hasardeuses , qui en ont caldilé é'i|và(frt Jiç^ çb^îjpep €| Içs (Jiwgpr^ l

3 février. J

Fkmttnl que j'tinKf {Hitde q^i\ est courageux , donne des leçons de vocalisation î le pduVre (MâHe se tire id'affiôre tant bien (|iie»fl1y nimM lui et ton ohien à la pointe de spn aiNrhet*/. deux bonnes créatures!... ai baoDts (pm oe Mrait oRftiser Died qife die leiir faire4e Ifi faine.

Ip'ioraviiiil vimbier k f ^leure de ma leçon anus

M SOUVENIIIS

me ti^ouver,. et résolut de m'attendre dans la compagnie de Fido. Engagé dans une interminable discussion politique avec le général Chastel , je rentrai tard et plein d'humeur du temps précieux qu il m^ayait fait perdre... le pauvre Fido ne s'en aperçut que trop à mon arrivée chez moi, car un coup de pied vint payer ses caresses.

— Pourquoi m'avez-vous Uttendu ? di^je à son maître ; n'est-il pas convenu que vous ne devez pas rester quand je suis sorti ?

Fioravim fie leva :'^ Excuses-moi... je vena)s.«« je suis resté«i.jeo. je..*

-Qu'est-ce? lui dii^-je brusquement; parlez^ eifdiiqtiez«vou&.

— Je venais vous prier de me prêter quelques écus...

— Vous prenez mal votre temps... très-mal, lui répétaii^je durement..^ je n'en ai point.

Fioravini ne souffla mol... — Fido^ Fido, viens^ mon bon chien, dit le pauvre homme... puis il ajouta ; -^ Pardomiezrmoi, monsieur.

Je l'avais blessé au cœur; je le vis , oui je le vis , et pourtadt je le laissai paitir... mais il n'avait pas

DE GGNÉVX. M

feit dix pas hors de U maison, que j étai^ derrière lui.

— Fiorayi^i, lui diê^ , Fioravini) revenez che* moi..«

Il continuait à marcher.

— Je vous en prie, cura Fioravini, rerenez/^^ Et je lui pris la main..» U hésita qndques instants encore, puis il céda*

De retour dans ma chambre, je Taïihrassai : Pour me pi*0ttver que vous ne m*en voulez pas, partan geons, lui dis^e , en ouvrant le tiroir où je dépose mon aident

Une larme mouilla sçsyetix.

— Jmico miOj s'^écria-t-il, vous ta'aviez fiât mal*... Je suis pauvre

— Mais honnête , mais plein de.dâkatesse , md hâtai-je d'ajouter.

Fido , le bon chien, eut aussi sa réparation : du suci^ et des caresses.

Tout alla à merveille ensuite ; jam&is je n'avais si bien vocalisé,

!• février.

Le général Chastd sort de chez moi ; il était sombre, inquiet, sur les épines.

M SbvvmtM

*^ Sh ^iëtlsi téUè ébhétïltet, ni*a4-iJ dit, sUr ce que nous vous avons confié , il y a peu de jours, D. «tiboi^' ils m'ont (terit de Pj^ri», j^uî* qtiè J'âOlê à Lyon me mettre à la tete'd'un mouvement qui dùîi y avoir lieu en môme temps i^abn ôgita du c6té de SfatneB.'foutisftt disposé ^ tnannoncë-t-dn; les régiii^mls s^t gâgiiés , pt^ts à 2téb(^et !• di^pëàtt tricolore au premier signal : la ville est rettlplîe d'aiiêiëûs ofikAers qui ^y rendent de tdntës parts ; lesha):)itantssôttt jpréparés; un jgôùvertiemetit provho|pè «era |:Méktlié^ il ne hianqué pluls qu'ùtt chef militaire , et ce chef c'est moi.

— Eh bien ! générfeil ^ îl feut partit * je vous acûôitipe^nefii.

— Partir!... s'écria- t-ilj partir sans savoii* A mtie» eed pydmés^ft^à iê mtit pas ût Mies paroles comme celles qu'ils avaient donnéliè à Belfott à ce pauvre^*^.. • * «^

— Alors, général , pour en être ^, i^ Atiidrait aUepsurlesliëui^.

— Plaisantez-vous, monsieur?... me doitipi*o*mettre, tnôi !.'... un officier démon rang?...

T^ l^ien de pliis faèile, on èe prbcUrânt irii passeport snpposé4

— Mais je ne peux kn'aJMmter mm qâ'on le «ad»; je iais«dirv«î)lé, uti i?ie& mtffirah pour donner Téfeil.**. iniHe dkux !.«.. j'&taiâ bien ûfbAnt àê tm laiiier aller à de» pocnpperler^ ateo dm oerveauir brûlés comme ceux-là ! .

Et le pauvre général ae nnordait les lèvreè, s'asseyait, se levait, prenait un livre, se rong^Ëih Uk ongles..*.

Encore! si on poiwait êtpe sqr d avoir un aetd régiment I ahl ai jWais connu IWaive de Belfcnt avant de me lier, de m'engager, \e n'en mf^ii pas là.«..*

— Vous avez donc donné votje parole?

— Eh ! ne le save^vous pas? est-ce d^aujoiml'hiii ^ue je vous ai prévenu qu'on tcamait <|uelqqe chose d'important?

. r^Wpn certes > général, et je wis prêt k partir ppur 0Uer m'ipfQwawr de la véritable situation des c^QsepàJ^yoOM.--

lie gjjnér^l «e planta devait moi i

~ Sur l'hpniîeur, voui êt^ m J>r^Y(? g*rça» ! ViçiUiqui e$t parler î— vipu^ nw ^eijdrw W service d'ami ; vous pouYç» a^y(^r un paweport sans diflir culte t n'est-ce pas?

^ SaUVBNIRSi

T- Assurément , génév-éh : -^ Per^omie ne s'apercevra que vous vous abfièntezy vous n'êtes pas comme moî.... je ne puis faire un pas.... mille dieux I sans quon s'infoime de ce que je suis devenu.

— Cest là y géiiérsd , le sort de ceux qui sont haut placés.. ••

— Haut placés!.... haut placés qui sait si ma

léte sera surmes épaules dansqudques mois d'ici?... où diable aussi me sûis-je laissé séduire par ce fre^ luquet de colonel V....*? A l'entendre, toute Fârmée était pour nous.... nous en avons eu vraiment une belle preuve à Belfort!... Vous disiez donc que vous partirez?

*— Quand il vous plaira, général; aujourd'hui même, si vous le désirez.

— Non , ce serait trc^ tôt; dans quelques jours je vous donnerai des instructions ; d'ici là j'écrirai à quelques personnes. Je puis compter sur vous?

— Comme sur vous-même , lui répondis -je en souriant..... Et il s'en alla le front serein, la figure calme, le cœur tranquille, bien disposé, j'en répondi^is , à ne s'exposer qu'avec de grandes chances de succès , ou plutôt à rester désormais paisible-

ment ehezlm...««Noos verrons bien ! En^ttendanli il faut se préparer au départ.

Je né sais quel tfouble s'est emparé dé mon àmc depuis la promesse c[ue j'ai faite au général ^ cette conspiration militaire , car c^en est une , je le sais maintenant, rué préoccupe , m'absorbe..... j^c suis dans une perplexité terrible!.... non pas sut* les risques que je pcHirrai coiuîr, mais sur les malheurs qu'une pareille échauffourée 'peut entraîner à sa suite !....* Combien de personnes parcourant en ce moment la France librement , seront peut-être oMigées dans peu /le jours de fuir, de se cacher,

pour sauver leur tête!.... Moi-même mais à la

volonté de Dieu!... ma parole est donnée, je la tiendrai en homme de cœur.

Lucy, que je vois souvent, a observé mon agitation : — Vos livres ne vous occupent pas exclusivement, m'a-t-elle dit.... vous roulez dans votre esprit je ne sais quel grave dessein?...

J'ai pâli, j'ai rougi. . . . mon cœur a manqué fondre en la regardant!

— Avez-vous quelque chagri a ? s'est - elle hâtée

96 StyirVETrtRS

cf ôjoutei' aVee cette voix arigélltjue qnî i^aittèiierall le calme dans l'âme la plUs agitée. '

— Aucun..*., aucun.... lui répondis -je Mais

h tristessç était sqr ipes traite, pt l'hésitatiap (fens mesparplçs.

En prcA^nt cwg^ d'elle > w lai disant q^e j air lais m'absenter de Genève pent-étre pouvlong^ temps, ses regarde..», ah! je n'en puis dowter^M,» ses regards mç disaient ; Par pitié, ménagoa; votrp vifîf.- Elle m'aime donc, cette femn^e adorable?., 4.

Présomptueux !.., qui me l'a dit?..i parce qu elle m'a témoigné de l'intérêt, parce qu'elle a çrain^ que je n e^^ppse mes joprs dans quelqne entrepris^ téméraire que n>es réponses enxbarra^sées , que des demi-mots lui ont fait entrevoir.,,,. Mais quel est le cœur de femme qui ne s'émeut , qui »e s'atte]:vdrit à l'idée du danger qui attend un être plein de vie qui l'admire.... Ali ! chassons cette pepsée! elle me rendrait faible , incertain au moment décisif.

|5 Ml tfir.

J'ai reçu mes dernièras iustructions du général Chastel, et quelques mots pour deux peiSQnr nages influents ; tout ast prêt, je pa?S demain avec Giacomot

Minuit Vft sdrftner....; diang éix hefufeé je êt^isti stif h vbntè de Lyott ^ 6ur ce]lé de r^lwifinkl , pëUtM être !•.... ^ai été (ihèz Lucy j^î* loi dire encot»e adiai^ Mie n'était pas fchez «lie; je lut^ii tti{)pofté un volume de Byron ; j'y ai noté ces vers de la Fiancée d'Abydod : ' :■ "

But be the star tl^at guides the wanderer^ thou ! thou tny Meika. . .......'

The dove of peace and promise to mine ark !

Be (hou the rainbow to the storms of life * !

Quand ses yeux s'arrêteront sur ces lignes , où serai-je? Dieu le sait!... Elle me regrettera si je succombe!... Mes pauvres parents, dans qudles alarmes ne seraient-ils pas, hélas! s'ils connaissaient mes projets ! '

Je viens d'appeler madame Metton pour lui confier ce journal : s'il m'arrive malheur, elle est chargée de le faire tenir à celle qui m'a servi de mère. Mes autres papiers resteront sur mon bureau.

Que Dieu protège la France!... Quanta moi, je suis prêt plus encore pour la mauvaise fortune que

* Sois rétoile qui guide le pèlerin; ah ! toi, ma Zuleika , sois la colombe de paix et de promesse de mon archei.M Sois l'arc- «nMîiel au milieu des orages de la vie*

n SOUVENIUS OB GENÈVE.

pour la bonne... Les épreuves ne saui*aient me prendre au dépourvu : j'ai envisagé toutts lespro^ habilités, toutes les positions , depuis la mort reçue siir le diamp de bataille jusqu'à la hache du hou** reau*

Adieu y ma sœur ; si ce journal arrive entre tes mains , conserve toujours le souvenir que ma dernière pensée sera un sentiment de reconnaissance pour toi !

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