CHAPITRE XL
FRAGMENTS P^ iOVU^At,
Crise parlementaire en France. — L'ëlêptiâtit échappe'. -«' 6i]oiiafot(i , i'«xili9. ^-^ ion povtrdt et son eârooière^
3 Juin.
La crise parlpiientaire est à son comblet*. Pourqupi mon sang boifiUonne-rt-^U ainsi? poi^rquoi suis-jq pos^é iji» cjé^ir de partir pour Paris? c'est que ji'mmB Vfim pay3, c'est que j^ d^vi(çns patripti^ par la tête , coipme je ^'étai^ par le cceur , et que de cette bataille pfirl^mentpire, je le sens, je le devinei dépend le sort de n^a g^nératiqi;, Lsi luttç est vir goureuaement engageai la dUçus^ion de la Cha^ibre est palpitapl^ d'iiM^^t , tout y (9S$ drwi^tique , tout y est ^\ep,nfà ! ï^e te|]r8iig &it défendu pied & pe4 pa? les m^Wbpep 4e l'oppo^tap».., leyrç dispoup* sqtit plei^ de raison » de patriotiâjpd^ et de dignité» c'est un beau spectacle^ upe grande jieçoa pour la
France» une leçon qui ue doit pai être perdue.
5 juin.
Ma sœur exige ma promesse de ne point quitter Genève en ce moment... Pressentant Firrésistible tentation à laquelle je suis en proie d'arriver au plus vite au grand foyer des événements , elle prend l'avance j et me supplie , au nom de ma famille , de ne pas sortir de ma retraite , de ne pas les livrer tous aux inquiétudes que ferait naître ma témérité oi j'étais à Paris... J'obéirai ! mais qu'il m'ep coûte!
Quelqu'inaperru , quelque peu important que puisse être dans la foule un individu de bonne volonté, quelqu'infime que soit le poids qu'il ajoute à là résistance générale, il remplit cependant un devoir sacré envers son pays , quand il fait acte de présence au moment de ces grandes crises politiques , d'où peut dépendre le sort de la société, J'oljéiraî , je le répète ; mais cette obéissance ne me rendra pas le calme... Loin de là ! j'attendrai avec anxiété le dénoûment d'un drame dont les péripéties doivent feire battre le cœur de tout citoyen qui aime son pays, et qui a foi dans son avenir. La vie studieuse en élargissant la sphère des idées, inspire à l'homme des sentiments plus glands , plus nobles et plus généreux ; rindividua-
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lité disparaît... On plane sur le monde de toute la hauteur d'une intelligence émancipée et d'un cœur que les intrigues et les corruptions n'ont pas encore flétri.
7 juin.
Malgré la vigoureuse défense de la gauche , la loi du double vote a passé. Paris est dans l'agitation ; les députés» de l'opposition sont accueillis par des ao-
damations; les cris de Vive la Charte ! sont opposés aux cris de Vive le roi!.. La population commence k s'agiter, l'émeute est menaçante... Que va-t-il en résulter y grand Dieu!... et je suis ici enchaîné par ma pronnesse!
17 juin.
Les journaux sont remplis des relations des troubles de Paris... Des citoyens paisibles chargés par des cuirassiers , des femmes » des en&nts, sa« brés, renversés... Ab! j'en frémis d'horreur et d'indignation!... Ce qu'il me faut de courage et d'efforts pour rester ici, nul ne pourrait le comprendre!
18 juin.
L'orage s'apaise, le gouvernement triomphe, et ce drame politique qui tenait en émoi l'Europe en-
iH 9DUYKNI1IS
Uèroi QiiFsi été torpûtié par le procès çt Vexéctltioti à» liOiiyel.,. de de miaér^lp k ^ tout ho^ Frasi-' çfii9 doit SQuhaiter une éteraitéde peioe^ pouf le mal qu'il a fait à notre pays et à la cause constitutipli-^ nelle.
La tété ènc6re remplie défi rassemblements , des cliai^eà dé cayaleriè, àbê cris du ])euple, je crus un liistàïii ce matin , en entendait Kiné mmeur éttt^otdinaîre darii la irille, qûé les pacifique^ Genevois S'étaient ameutés contre leur paternel gouvernement; Je me lère & la hâte , je dèscêùds^ je cours, guidé par la clameur... et je trouvé toute une population en fermentation , toute une garnison sous les armes pout guetrôyer» dotitre pu âépliant iUrîeux qui avait parcouru k vi&e en In^sâlit fenêtres et boutiques , et qui ^^était ânalemeiït laissé daquemnref^ dan& une enceinte attenante à la oa*-' sème et aux ranparts.
Lé noble animal, ainsi tësserré, dëchaigett d> abord sa colère sur des afiuts de canon qui se trôilvaienf là; il les enlaçait de sa trompe, les secouait, les jetait au loin, puiâ les quittait pdut pnmdre et lancer, un à un , les nombreux boulets eiltassés au-
pràs dflft tifiutfl; 86 feree, sb beauté^ le Amas qu'il faisait autour de Itli ^ la ertiiate ^Hl itfs^rail ^ te d^SBipbh* de cellp à laquelle il appi^tiait^ Tâgiftatipii «tes fgtûapeà , Fatleti^ qui te pëlgoait M» tcnites les figures^ peudaM ^ tes peria tita p^GJè^ teteatisaate&t anr lea muiîs et éui? lea teits ^ |a n^ traite souvent précipitée des spectatal» fespk^ wu^ prodiéa ^ lonsque les pai dé Tâ^ban^ sq fiiiaalent aBtendre près dé la aiiiraille où ted artiUeuite àtaiéiit peticé ufa tnlu pCMu* poilifair leur eanon, $0111 ddnnail à cette sçèiit vin je ne aaia tpAn dëtmnge et d'^tttajant qui CMpaivatt f diiemioii
en larmes ^ d'tine- toix dôiicé et cài^essante, et lin donnait en vain le^ liôtnë les plus tendres.
— Ce pera le fiecond que je perdrai depuis 6i|: mois, disait-elle au syndio de la gar4e, cqr je |ç vois , il faudra finir par le tuer connue celui de Venise... il ne s'apaisera pas!
bpnt^ Iç iqagi^l; il esf W4 W^^i ^ows h ynjfi^ il ne p^u|; plus nuii^ h pepioopp.
13fe SOUVENIRS
•^ Ah! mbQÂÎeur/ il briâwi tout* il noiis raillera*., il iàiit le tuer, il &utle tuer...
Piiis se repautaût tout à coup de sa détermination , elle collait sa figure à Touverture pratiquée dans la muraille et appelait de nouveau scm &vori» son pauvre petit dont la rage semblait erôttré à diaqué minute.
Enfin y après bien dés hésitations et des tenta* tives, on Ivaquà le canon qui fut tire au momàit même où Fél^hant s'était tout à fait rapproché de Touverture ; le boulet , en lui traversant la tète^ retendit roide mort, à la grande joie de tous les assistants. Pour moi, en contemplant de près ee monstrueux cadavre que j'avais vu la veille encore plein de vie et d'intelligence , je plaignis le sort du noble animal qu'on avait enlevé à ses vastes forêts y à son brûlant soleil, pour l'exposer dans une étroite cage aux rigueurs de notre climat d'Europe, et aux importunités des curieux.
5 juillet.
n est à Genève un vieillard qui, depuis longtemps , excite ma curiosité ; dès les premiers moments que je le rencontrai, sa tournure, sa mise, sa démarche, me frappèrent : un chapeau k larges
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bords couvre sa blanehe cheTeiure; son front e$t large et bombé y ses jeui, surmontés de sourcils touflus , sont vifs et brillent souvent au milieu des laides verres de sies lunettes de fer ; sa figure carao térisée lui donne un aspect vénérable , et quoique sa tète soit inclinée sur sa poitrine, et que ses épaules soient voûtées, on voit à son col nerveux, à sa charpente osseuse ^ que la vigueur et la force furent un jour l'apanage de cet boname que les traverses de la vie doivent avoir plus usé qiië Tâge*
Eté comme hiver, il porte le même habit, le même gilet à la Robespierre, les mêmes culottes noires que ne joignent pas tout à fiiit ses demi* boittes à Fécuyère; costume assee étrange par lui* même, et qui siérait seul pour le &ire remarquer, si qudque chose de fier et d'original ne vous forçait à jeter les yeux sur ce seiagénaire qui vous croise à diaqoe instant dans les rues étroites de Genève, mi livre de musique sous le bras, en passant près de vousl d'un air gravé, préoccupé et mystérique.
^*~ C'est Bu&namti avait répondu madame PappoQ À ma pranûère demande : Buonarotti le républicain ) lé descendant direct de Mkhel-Ànge,
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gui doûne ici des Jeçons de çbatit ^i d'italien {)oqt gagper sa vie. Cle quîl a fait^ajouta-t^a^ et c< qu 1} ^tait avant aon ardvéè k Geuève^ d'atttret vQm en ipiitiruirollt tnieiix que moi aaiia doute | mm ce q^e jâ {luia voua aaaurerp o*eat ^^» totfttbât il partj r^]uigéi«itioa de aea ptâiicipès {nditicluea^ i) est peu d'hommesf malgré ecm air aomlte et iM>uiTU , qui ait un cœu9 aussi gébéreux et auasi ebantable que le sieii*
Ce |>eu de mots ne firent Qu'augmenter le des» que j*ayais de lier connaissance avec le. nngulier pecsoiindge dtat Itf nom , les manièire» et l'existetice aventureuse parlaient si ^srtèiâenli à mbn imagîf nation i j'eus doûo k schu^ pour y parvenir^ d'aboiM» der le vieux conventionnel Forestieri cUaque ibik quej'apereevais Buonarotii près de lui» |i la prome* liade^ mais os dernier ne ary atvâtait que {len de minutes» et ^ queliiu^aranee que je hii fisse , jamais il ne lio^avait adressé une de ses raras paroles* Pi# «(uéf fipnmalisé mêpae de te dédaigneux silenoe que j'attjâbufùspliifl encore à Ttogueil qu'à la Inzarrarie, je léBolus de ne plus &ire aucune atteittiôil à lui.
Un aoîr» pourtent » ob noiia noqs Ivoiârioiis pn^semble dan£i le èabinet de leotore dd libraire Pas*
DE 6ENÈYE. 139
choud , il tourna vers moi des regards satisfaits en m'entendant parler avec feu des événements de Naples; puis , me tendant la main , il me dit :
— C'est bien , jeune homme !...
Dès lors il devint plus communicatif , et m'ayant rencontré quelques jours après, il m'arrêta pour m'annoncer que la révolution de Naples était accomplie. Sa figure, toujours si sombre, était radieuse; sa tête s'était redressée, et dans ses yeux brillait une superbe joie lorsqu'il s'écria :
— Italia mia l Italia mia ! l'heure de ton affranchissement serait-elle donc enfin sonnée?
L'enthousiasme de Buonarotti pour la cause de l'Italie m'a gagné le cœur ; depuis ce moment je m'intéresse davantage aux destinées de ce beau pays , j'en étudie la langue avec un nouveau zèle , et pour que mes progrès deviennent plus rapides, j'ai pris pour maître d'italien le descendant de Michel-Ange. C'est demain que nous commencerons nos leçons.