‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 16 sur 35 · I.ETTRE A M. G., PROFESSEUR · texte numérisé non relu

I.ETTRE A M. G., PROFESSEUR

Madame Metton. -* La chambre d*ëtudiaiit — Satisfaction

intérieure.

25 oclobre.

Qui veut la fin veut les moyens , est un adage aussi vieux que sage, et c'était pour m'y conformer, mon très-cher maître > que je ne cessais de me répéter depuis des jours et des semaines , qu'il me serait impossible de me livrer jamais entièrement et avec fruit à la vie studieuse, tant que je resterais exposé aux distractions de tous genres dont abondent en général les boarding-house^ pensions genevoises, et plus encore celle de madame de Mole; mais j'ajournais sans cesse , suivant ma louable coutume,**, jusqu'à ce qu'enfin étourdi du tapage et des éclats de gaieté qui retentissaient autour de moi, j'ai pris mon grand courage pour donner congé à mon aimable hôtesse , et me suis mis ensuite en

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quête d'au logeiiieut, chose difficile à Genève où tout est occupé depuis le grenier jusqu'à la cave.

Une seule chambre, simplement meublée, formait toute mon ambition; et pourtant une journée, puis une autre avaient été vainement employées à trouver ce modeste gite ; j'en désespérais même, lorsque mon cher Mikléy me dit en confidence qu'il connaissait une bi^ve femme , une dame Metton , qui me céderait volontiers l'une de ses chambres.

Aussitôt dit aussitôt fait ; nous nous rendîmes à sa boutique, car madame Metton vend des gâteaux, du sucre d'orge, des allumettes, etc.

A notre arrivée elle se leva, tout enchantée^ toute prévenante, remerciant Mikély, me saluant, et disant :

~- Monsieur ne trouvera peut-être pas l'appartement digne de lui? il est propre, mais l'escalier est bien obscur, et pour quelqu'un qui comme monsieur...

Madame Metton, tout en m*adressant ces mots, rajustait tantôt son tablier, tantôt sa coiffure, et appelait d'une voix aiguë M. Metton son mari :

— Reste à la boutique, lui dit-elle, pendant que je vais montrer mon logement au monsieur.

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Nous grimpâmes à sa suite un escalier tortueux et noir... une porte s'ouvrit au premier, puis une seconde , et nous entrâmes dans une pièce des plus sombres, malgré ses trois fenêtres à petits carreaux.

— Miséricorde ! m'écriai-je , mais c'est une prison que cette chambre , on n'y voit rien en plein midi.

— Pardon , monsieur, c'est que le temps est couvert, reprit madame Mettbn ; le jour y est superbe.

Et tout en parlant ainsi la bonne femme tirait et retirait les rideaux de serge verte qui ornent les fenêtres et font pendant et vis-à-vis à un énorme lit à baldaquin qui se trouve dans une alcôve et ne ressemble pas mal à un catafalque.

— Voyez plutôt, monsieur, maintenant que les rideaux sont tirés... et puis ce n'est que le premier moment, les yeux s'y font. Pour le lit, je puis assurer à monsieur qu'il n'y en a pas un meilleur dans tout Genève.

En une minute , madame Metton me fît voir et toucher matelas, traversins, couvertures.

— N'est-ce pas , Mikély ?

Et le cher Mikély sourit d'un air d'assentiment.

— Un fameux lit! répéta-t-il , un fameux lit !

fM SOUTENIHâ

On aurait xlit qu'il y avait couché JMtlcIalit dix ans.

— La cheminée est-elle bonne ?

— Si elle est bonne, monsieur? divine Providence!... un méchant fagot y fait plus de profit que des bûches dans bien d'autres; mais que monsieur prenne donc la peine de s'asseoir dans ces fauteuils , et il verra!... Cest qu'ils sortent d'une bonne riiaison ! ma pauvre maîtresse me les a donnés quand je me suis mariée.

Je ne m'étonnai plus dès lors du langage à la troisième personne de madame Metton.

— Monsieur s'y trouve bien ^ son aise , n'est-ce pas?

-— » A merveille , lui dis^je.

Madame Metton battit des mains.

-^ Les chaises , les deux tables j tout cela est propre et bon; si monsieur le veut, j'aurai soin de son ménage, je ferai son déjeuner; je le soignerai s'il vient à être indisposé.

Que ne voulait-elle pas faire pour moi la brave dame? Enfin elle m'en dit tant et me parut d'une si bonne pâte, que je me décidai à faire accord avec

PS GiNBTS. t|7

die poui' rénomne sanmiç de vin|;t-ci«i<} fknçs

— Voyeai, 9m ^ quelle éponomip poviT jno»^ î>«4- Ili^s choaei^ gipsi pQ^ve^ues ^ Je fixsii le Joui* jpoi^r

faii^ mop 4émép$igemept| ^î4é du Mèh M\Wj qui

cantiimepa près de i»oi sq^ fçjvice d^ i^alçf 4fi chambre.

Le lepdemaini en fsQet, je fi9 me3 ^dieu^ k limdpipe de Mpl§ et H mon m^Ure de guitare, le hop

Derwortli, la meilleure nature d'IioipiBQ que Di^u

^it, jamais créé.., Le pauyrç diftMe ne pouvait se copaoler de mo^^ éloigpement.

1^ Fojre^ , me disait-il quelques iustants avant mon départi h sahil il ei^t sipMU$ h h^rshectiye ^i chôUl Un'y a pas un awsipm logement dans tQut Chenèyç^fauf (eyriez r^st^r,..

Puis il me prenait le§ maips uyeç Ips ^eux pleins de Jj^rmea*

Jamais 9 je crpis » eçtte cbam)>i^ pe m'^Y^it p^ru aps^ diarmante^ ]a ypfi aussi étepdue, Tliorizjon au^i magnifique!.,. H mp fallut de )a raison, 4^ la fi;irce mêjne^ pour r^ister ap^ prières du bon Ailemapd çt k mes prOj^s regriets,.. Je partis péan-

moins d'un air ferme; mais hâas! à peine fus-je arrivé dans mon nouveau gite que le contraste avec celui que je quittais nVoppressa la cœur!

Au lieu de la lumière éclatante que je venais de laisser, je n'avais plus qu un crépuscule... Au lieu d'un vaste horizon , à huit pas de mes fenêtres une maison noire , haute de cinq étages , dans une rue étroite où jamais les rayons du soleil ne peuvent pénétrer... plus d'arbres, plus de ciel, plus d'air pur!... Rien pour reposer doucement mes yeux fatigués par le travail.

Vainement madame Metton cherchait-elle à m'égayer, toutes mes pensées étaient sombres , et mes yeux erraient tristement sur mon obscure cellule que là bonne femme avait ornée de fleurs.

— Ah ! que cela me fait de mal , dé voir monsieur ainsi, s'écria-t-elle en s' essuyant les yeux... Moi qui me réjouissais tant de le voir si bien installé.

Et elle me montrait du doigt les draps de lit blancs comme neige , les flambeaux tout luisants , la glace bien polie, les meublés brillants de propreté, et les pots de fleurs qui embellissaient mes croisées.

— Je serai fort bien ici , dis-je alors à ma pauvre hôtesse en lui serrant affectueusement la main ;

je suis sensible à vos attentions ; aUbns, bannissons la mélancolie...

— Oui, c'est ça, c'est ça, bannissons la mélancolie , répéta Texeellente femme en me baisant les mains; Metton , Metton , viens donc saluer monsieur^

A cette impâ[^tive injonction , M. Metton quitta son ateUer de menuiserie, et vint me donner la bienvenue en tournant son bonnet entre ses doigts. Il y avait sur la physionomie du pacifique mari un tel air de soumission et de déférence, que je ne pus m'empêcher de sourire et de reconnaître avec Mikély, que madame Metton portait dans son ménage les insignes du pouvoir conjugal. Après que la maîtvesse dame eut lait ratifier par autant de signes de tète, et de oui y Jemme, oui, toutes ses promesses et toutes ses joies de m'a voir pour locataire, les époux s'en furent, et mes idées prirent bientôt un autre cours.

En songeant à la solitude parfaite dans laquelle j'allais vivre désormais , je me disais que j'aurais moins de distractions, et que, ma béte domptée et bridée , pour me servir de l'ingénieuse e:q>ression de M. de Maistre > laisserait enfin mon âme libre et maîtresse d'elleniiême ; ma résolution me paraissait

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alors BQg0 et Aiéritmre ; je m'en Bpphudiaaa», itt mon humeur en redevint riante , car j'étaîa conteUt de moi.

Depub lors, mon cher maître ^ je suis calme, je suis heureuii; j'pn?iiage Fayenir avec eipoÎTi avec assurance même, et nul ne serait plus parfaitement content que je ne le suis si je n'étais éloigné de toutes mes affections , et si les destinées de la France n'étaient malheureusement pas si exposées il des phases prochaines de houleversement et de révolutions.

P. S. Mon nouveau genre de vie me permettant de faire de très-notables économies sur mon trèsmodique budget, j'ai pris pour mattre de chant Buonarotti Michel-Ange , qui déjà m'enseignait l'italien. Je le vois donc chaque jour et à mon grand avantage, car c'est un homme bien mre que Michel- Angelo Buonarotti ;. rien* ne lui est étranger i sciences , histoire , littérature , tout cela vient k flots dans ses discours, quand on peut l'arracher à son idée fixe, la république de gS...; et l'on se demande en récoutant parler ainsi avec éloquence , si c'est Men le même vieillard qu'on voit pendant des heures et

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des journées entières ^ sauvage et taciturne comim le plus rustiH! des ignomnts.

Mais pour connaître Buonarotti dans tout aon beau , toute sa puissance , il faut le mettre sur Tin»' épuisable chapitre des rois absolus et de la soyyeraineté du peuple : alors sa tête se redresse , ses yeux s*enflamment , et tout son être électrisé semble, comme le coursier du Cantique de Job, s'animer, se grandir, et se repaître de catastrophes et de com^ bats. Les souverains assemblés à Troppau , me di«sait-il hier d'un air prophétique , sont consternés des événements d'Espagne , de Portugal et de Naples , et ce n'est là , per Dio ! que les premiers fleurons de la glorieuse couronne des révolutions qi|e l'avenir leur réserve... Ils veulent, les insensés, réprimer l'élan des nations vers l'indépendance et les libertés; mais leurs efforts seront vains > car l'esprit humain est en marche et il n'y a sur terre aucune puissance capable de lui dire ce que Dieu dit à l'Océan : « Ce sont là tes limites , tu n'iras pas plus loin. » Que la Sainte-Alliance lance donc ses décrets contre les peuples qui ont secoué le joug de l'absolutisme , qu'elle arme contre eux ses innombrables bataillons , je ne saurais m'en alarmer, parce que j'ai trop de foi

dans Tavenir du inonde pour craindre que les ré* pressions et les triomphes éphémères des rois puissent comprimer ou anéantir à jamais le grand œuyre de la civilisation.

Quant à nous , fidèles champions de la cause sacrée de rindépendance , nous àewons y ^gliuol mioy nous aimer de patience, de volonté ferme et de courage pour réagir incessamment contre l'oppression impie des maîtres de la terre:... ccst là notre tâche 9 et ce doit être notre plus saint devoir ^ comme notre cri de ralliement doit être aussi : Guerre, guerre éternelle, guerre à mort contre les orgueilleux oints du Seigneur.

Ce langage exalté, fanatique même, pourra vous efîrayer peut-être, mon cher maître; mais il suffit de penser à tous les sacrifices que Buonarotti n'a cessé de faire à sa cause pour expliquer l'exagération de ses principes. Quant à moi , bien que je sois loin de partager ses idées ultra-répubhcaines , je Testime , car il a préféré gagner son pain en donnant des leçons de musique plutôt que de renoncer à son indépendance en acceptant les offres brillantes de Napoléon;... et c'est bien quelque chose, au temps où nous vivons, qu'une pareille constance jointe à tant de désintéressement.

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