‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 27 sur 35 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

PlUlfillKNTS PU J017RNAL»

Mort de Napoléon. — Le lîége de Toulon. — te§ galërieni sacrifiant leur liberté à la rëfmbliqae. ^ Conmenoemaiit de la rérolntioii fttctptt, — M. Delaplancbe,

8 jnaiel.

JTéCaîd depuis dean beures p^ndu dans un pro* Même d'alg^re que je voulais résoudre, et dont je ne pouvais sentir, lorsque ma porte s'ouvrit tout à coup;...

.— Bestmorl, me dit d'une voix fmte et d'un

a<îoent sombre le général Chastel , en se plantant droit devant moi.

— Qui?..., lui demandai-je

— Napdéon!:.«.

«-* Napoléon!.... répétai-je en me levant, frappé,

saisi au cœur, comme si sur cette tête eut encore repoBé4e destin des empires.

*^ Os Font assassiné, les lâches! dit le pauvre

général , dont les yeux étaient mouillés de larmes...

— Assassiné! m'écriai-je....

— Oui^ oui y re{>rit-4i aVee tékémmoe en avançant vers moi.... oui, assassiné!.... Et ne Tont-ils pas tué à forcé de tourments?... Honte aux Anglais qui n'ont pas craint de faire p^rir sur un roqher, d'abqeuvier d'amertumeg > de torturer dân» sa captivité le plus grand homme cjué la terre ait jamais porté!... Lui que la France ne pouvait contenir, le voyez-vous se consumant à Sainte-Hélène sous un climat mortel?... Ah! qu'il a dû souffrir!... Saveas- ,ypus ce qu0 c'est que lajpri^^iJeHne hoQ^iQQ?....

Ehhi^! mçi j'y ^i kpgai.^.M |^riiQr^|.«».c!e$t une l^ta to^uf^.da chaque, jc^rh 49,cbaqua seconde.... C'est la langueur, l'ennui, l'aba^teniaot; 9 le dé^eigppif!,4^.Cait uttlf «épviltttw ip«ui4 oaest

qui se sent, qui se palpe !... Oui, v(^è c^ ^uj^^ ^ captivité pour tous les homoM^i e^ quç;49Vltit^lle être, mon Dieu! pour celui qui ;i^>|M%û(/ ^ «son igré rin^p^daqca [ou l'esdayage ^^Jdes j^euples enti^*s? . , . . . V; '

Après ces paroles , que le|;éaéral KrOPOliça dai^s toute l'indignatim de son âme» iliSe dis[ipsait à sortir seul.

MB GENÈVE: S7i

— Je ne juis^maip il imt que je mudie; je me

". -^fë Vâki TOI» ttodcmppagB«r«

•^flolt, je leveuxiMii.

Nous sortîmes, en effet / et tout «d * ebnvaMut nous airiyAn^s sur la Treille près du café Pappon , où nous trouvâmes quelque&-un3 des pificiers à demi* solde qui habitent Genève et les (environs. Tous les visages portaient ^'empreinte d'une profonde douleur.... On se sçirait la main, on éclrangeait quelques mots pour se confirmer la Tuneste nou-^ veUe, puis on marchait en silence.'

Napoléon tuë sur le champ de hatinlle îi Tépoque dé « globe ifaurai^pm 0^^6é de plm profionds rtgMts!.... Braptot. diaouD de ises vieqK so]4»t9 oke^ qui k mort de Iwr €tKpperaiir Smtàt revivra tous les glorieux souvemrp des (lampagi^es qu'îb anôent lûtes KHis ses ordises» se xujt k lapp^er le lieu dû il le vi6 le pfaiA longtesape» qu il i^utle hoQr^

hefir d'en étte dietui^yé CétgoA vm omisoa fb^

nibfe qui, dane sa mâle WBplioité , towJnit, allait k f Aaw^ panie qu'elle dirait p)ii3 .sur le grand homme de guerre» mi solfi aeeendeot» sur son génie

am socTEiaRS

et sur Famour de ses soldats, qne ii*aiirrfeiit pu. le fittce les pbnégyiiqMs les plus pompeux*

Nous nous pnmienàmes longtemps ainsi, rep«9* sant une à une toutes set îmnortelles campagnes , jusqu'à ce que Texcès de la&tigue nous eut nonenés obacun chez nous.

— Ce Napoléon dont vous pleurez U perte , me dit Buonarotti le lendemain de la triste nouvelle , était cependant Tennemi le plus acharné des libertés publiques!—. Pourquoi n'est-il pas mort après le siège de Toulon !

<^.£t que serait dpvenue la France 7

— Ce qu'elle serait devenue?... eDe serait restée Kbre!... N'estK^ pas lui qui devint Tinstrument le plus dévoué du Directoire ; n'esl-ce pas lui qui, de victoire en victoire, a fasciné l'esprit jpuUic et substitué dans le cœur des Français l'amour d'une vaine gloire à celui de l'amour sacré de la b* beïté... de cette liberté que le peuple chérissait, que tous les citoyens, méme^^ux que la société rejette de son sein, étaient toujours prêts à respecter comme ils étaient prêts d la défendre! J'ai vu , moi

DE 6H!ÎÈVS. 96f

q ui voiis psrrfei lors du siège de TouloKiy cm j'étais envoyé par la Gonveolioii , f ai vu u» des pvodiges de ertte Hb^rté, que Bonaparte a étouffée au berceau :

Las^4I%lais» cbaasés de Toulon » ayant mis le feu k Tars^aal» les f^lénens, au. wmixe de trois à quatre mille» liriaèrent leurs chaînes, et, s^armant de. tout ce qu'ils purent trouver, se dévouèrent pour aauver des flammes les vaisseaux incendiés........*

Ils étaient maîtres du port» ils étaiwt liln^s «

Qui aurait osé leur prc^ioser de roitrer dans leur bagne?... Et pourtant il )e fallait! Ce fut moi que feu cbargea. de oette. diffik^ misràcm : f y allai ; je me mêlai à. eux. sans crainte ^ sans défiance ; et quand ils furent tous rassemblés autour de moi , je les baranguai au nom de la république et de la Ubforté.... Je leur dis qu'ils étaient encore citoyens nialgré le«rs cbaines, puisqu'ils avaient prouvé leur patriotisme en sauvant les vaisseaux et l'arsenal anx dépend de leur vie ; qu'ainsi je ne pouvais douter .qu'ibusespiectai^âeiit les lois de la république, dopt ils venaient de soutenir la cause m donnant l'exeni]^ d'une soumîssiott d'autant jdus méritoire qu'eUê serait un. samfice de leur prcqpre liberté

an SOUVENIRS

aux libertés ]iuMi^6ft... M flftcrifioe que k.G(m?éiitioo sauvait ^yptédet et récompense]^....

Eh bien t ajouta Quonarotti en inonbant sur sa 6gure un reflet de l'enthousiasme qui avait àà Fik nimer lôrs de eet événement , ees misérables couverts de crimes, morts à tout sentiment vertueuse , se pressèrent autour de moi et me ri^ndirent par le cri de vive la république, vive)p Convention!... montrant, dans cet instant critique, que lescœurs les plus endurcis ne restent pas sourds aux noms' si vé^ nérës de patrie et dé liberté !.«.. Us écontèittnt donp ma voix et se laissèrent enehatner de ' nouveau swa la moindre résistance , sans qu'fne goutte de sang fiit répandue!... Voilà ce que pouvait alors ranoii» de cette répuMique , que Bonaptite a trattreoae» ment anéantie!

-^ Mais sans lés victoires d'Italie, repris-je avec modération, l'étranger aurait envahi la Ftmm; sans Fénergîe qu'il déploya après la faatinHe de IMbn rengo, jamais, mon pajs ne serak eortt dp ehaos anarchique où il géxmssait depuis dis année^. ; — Le sol de la France n'«vait pas besoin de ses victoires ,* répondit Buonarotti avec chaleâF^ pour être purgé de f étranger ; les armée&de là r^Uique

t^j jiyaiê«l>^Oés pas réussi avant ki? ïl a r«[nj[M)rté d'éclatantes victoires, il est vrai, mais ces victoires l^ignées ata prix 4u sang àt tes braves dteyefis lui yakirentla oovrontte, et depuis àèttê époque que Mût devenues les institutions répulblicaines?.... <|uVt«il 6it de l'indépendance desr assemblées l^latives? Flué ses triomphes allaient croissant, plus la natioh -devenait esclave : enfin , de gttérrè en guerre où vous a«4-îl conduits ? A perdre tout le firuit de votre glorieuse révolution , à éteindre tout patriotisme , k vous ramener les années étrangères , à rétablir ces ~ BoùHbons dont le renversement' avait coûté à la "Prànce des millions de soldats.... Bonaparte!.... Bonaparte!... je* t'avais bieïi connu lorsque je pai^tageai ton lit en Corse.... ton fèux-semblatit de républicanisme né rii'abusa jamais!...

Et sans attendre que je lui répondisse, Buona-* rofti me quitta brusquement', «n me laissant réBéehir à ses paroles, dont Fetsagératiion ne m'empêchait ~ pas cependant d'appréèîcr là vérité.

-'30juil!«tf

La Grèce , cette nation* si cmeHemént asservie depuis. 4oo ans, vient dVborer fétèndàrd de !â ré-

Mi SQUVBNIRS

volte et de riodépeBdfincet. . Que Dieu prôt^e su cause!.*.

Ah! qui pounait ne pas être èom juaquau fmi de rAme à Tidée de la résurrectioii p^tique inattendue, inespérée» des infortunés descendants des Thémistocle et des Épaminondasl cemine elle est chère à mon cœur, cette patrie des héros et des a^! et connue le premier cri de ses enftnts opprir roés, secouant le joug des Turcs , a retenti dans toute FEurope! Cest que nous lui appartenons k cette pauvre Grèce, comme à une terre natale dont on fut exilé dès Tenfiince , mais de laquelle on conserve des souvenirs qu*un mot, une image» nn événement suffisait pour faire revivre*

L'Italie a succpinbé , mais la Grèce triomphera; car je vois dans la misère de ses habitants , dans leurs souffrances et leur exaspération, des éléments de succès qui n'existaient pas d«ns la péninsule ou le bien-être du peuple sera pour longtemps encore un grand obstacle à toute tentative de liberté. La que^ tion pour la Grèce est une question d'existence, tandis' qu'elle ne sera jamais pour les Italiens r qu'une question de nationalité.

Qu'est*-ce, en eftet, que la nationalité pour d^

BEaBNSTE» itt

ncbeè ipopalatîoDS habituées defHib longtemps au joQg des étnmgeis? Pourvu que les pn^riétés soient respectées, que ia vie matétidle soit bpnne , qu'im* perte aux naasses que le maître qui les gouverne soit fiançais ou autriehioi ?

3o jnaicl.

Si vous vouks vous faire un nosn dans le mondé ^ liantes les gens d'eqprit et ks hommes de bien, ne cemiesB-voûs de me répéter, mon cher maître, à une époque où je croyais , hélas! que If vie ne pou» vait être qu'un enchaînement de plaisirs et de fc^es; vous gémissiez sur mon aveuglement et vous doutiez que je pusse jamaia sortir de la dangereuse vme dans laquelle je m'étais si malheureusement engagé. Mais la lumière m'est enfin venue, j'ai reconnu la sagesse de vos paroles, et c'est pour tous prouver de plus en plus que j'ai su premier de vos salutaires conseils, que je vicins aujourd'hui vous parler d'un homme bon et vertueux que je me fiâicite chaque jour de connaître davantage* Le moindre, tident jde

asf souvBinis:

œlittiimteiirdirtÎBgiié, M. Ddaplndie, mlL d'eii^ acégMT 1» dédaBiatioii d'une manière remarquaUe*

Vous iavcsy mon ami| quel ert mon goût ou plutôt m» pawkin pour le bd ait qm nous appiraid à dire avec justesse et sentiment les cliefiMPœuynS de notre langue ? vous ne serez alors pas surpris que je me sois empressé d'établir des relations avec Thonorablc professeur qui, seul à Genève , peut donner sur ce point de judicieux conseils et d'utiles leçons.

L'on m'a donc présenté à M. Delaplanche, et depuis ce- jour-, je n'ai cessé de m'applaudir d'avoir él:é admis du» Mb intimité, pense qu'il a le cdnir plein d'un confiant abandon et qu'il se laisse allèf sana réserve ii la chaleur de son âme et tu% élan^ de son imagination , dès qu'il est sûr d'être compris.

PkMteur de l'église protestanfte, M. Delaplandhè à cessé d'en exercer* le ministère par suite de ^la hîblesse dé Misante; ihais il conserve cette piâ:é , cette cbnvieciiw aoi|solante^ ce eèle ardent pour l'EvAiigile, qm donnent à tout son être, & toutes ses paroles; quelque <;h€Se de charitable et d'onctueuk qu'on ne rencontre que parmi les konuned dont le premieè mpbile est dans la^foi et les promesse^ de FÉeriture. Sa religion , tougcHMÎdayréei tolérante, en lui iocul^

quftal fim9> profondément énonce Tamouî pour mb MVbUftbles d^à inaé danssop oœur^ 1'^ Gpniibiit pw cek menue à de» opinion» lîbérakb . et ^ de»

¥Mo trioiapber dies tous les peuple». Sebn hé, Viégalilé pamii les honunss doit être. le but de toiile . société Uen iorganisife , ¥^^ V^^y ^^^^ ^8^ Hté^ il ne peut y STOir que des bonbetuB^individttds« L'Age n'a poàit attiédi, ses afl^ions politiques ni ses jouissances poétiques; H miàe la litténtaréy, les- bcMis ouvitfges. et les beaux ««arts conune la mtmfattatidn lapltiasubbme.du dûh le pkis pcécMUx^ ^e Dîéu.sût: &it^ à llaonlmei*..* Finl)elligèDoe{ Pasaîonnépour W oeiiyces.de génies que Bill Be «ah «ifUK ^ntir^ n6mx fiiire «amprendire que- lui V il anffit d^une noUe ; pensée , d'une apve»- «îon bdurâu» pounrilispîver jutoqu'è r^athoMsiasaie et lui faire dire avec Pascal : Que Ikomme t$t grand dans ses misères...

t Tout en me perfectionnant dans Fart de lire avec expression nos vers français, si secs, si monotones quand celui qui les déclame ne sait pas y donner l'accent et le coloris , j'apprends avec lui à connaître le prix des plaisirs intellectuels; et ces plaisirs,

9M SOUTKimS M «DVBVE.

comme il le dit si Uen , survivent k la jeunesse, et tomt vivre encore q»iritu^em«it k TAge où Ton n^existe plus ordinaiiemenl que pour ijouter qudU que» jours k de longues années* TravaiUes» me dit-il avec une encourageante bimté , ornes votre eqnit, enrichisses votre mémoinly étudies les langues étrangères pour devenir un bon littérateur; car c'est là, croyes-moi, votre véritable vocation, e^e où vous rencontreres le plus de satisfiK^tion et de bonbeur.

Plein de confiance dans ses lumières , je Técoute , je Fadmire, et je reviens cbcs moi plus sélé pour fétude, plus désireux de darenir meilleur, et sen^ tant au cœur une joie que je n'avais jamais connue!... une joie, mon ami, qui prend sa source dans la conviction intime que j'arriverai k mériter un jour Festime des gens de bien et des hommes desavoir«

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