I. ai
i^ SOUVENIRS
Diten , èUè lai consacrera jusqu'au dernier souffle d'un'è ëiistendé ({d'elle a ti ^édéreiisement sacrifiée pour lui sauver l'honneur el la vte !...
Ces paroles, prononcées axec toute la douloureuse exaltation dont une mère est capable ^ seraient restées comme une énigme pour moi si les revers de fortune de Gustave P. , et toutes les péripéties qui devaient eu avoir été la suite, ne se fussent en même temps présentées à mon iihagiiiatîon.
— Ah! si vous saviez, reprit -elle, eu s'efForçant d^étoufièr ses sai^lotè , si vous saviez ce que mon Eugénie a moïitré de courage au moment des malheureuses affîiires de mon gendi^ , vous diriez avec moi qu'il n'y a qu'un ange du ciel capable de tant de
v^rtfàs Hélas ! pair quelles horribles épreuves na-
ï-éSè pas dû passer, ma pauvre fille?.... tout autre qu'elle n'aurait pu i^etenir ses plaintes , . ses mui^ ihures, tandis que cette douce créature , pleine de confiaAice en Dieu , ne 6esse de le bénir à chacun des joui^ qu'il lui accorde encore, parce qu'elle e^ère que le salut de GûstaVe sera la récompense de tant dé ^otiSiuuces. « Maitftehaiit q|ûe la foi est dans £»n C tt g r, me disatit-^e çûcore hier, je n'ai plus peur
diB nmil-k*, oar il vivre pour soh fik^l pour toâ» ma,
FtAppée ÉBiiiBdoiàte de kfiuteste idée qwees touetteûtes pah^ vettaient die i^eiUer dam son àme » la malhiettt^iiBe fenuxve s arrêta tout à cou|p ^ i<Nidit èia lartlkie& !8t se mit à genoux. Elle gilikit avec ler^^ Yèu^d6|mi» ifQelqueB minutes^ lorsqWline femni^ de l^iA^^)ï« m^% vlvétnseiit la porte^ et Tav^ytit q(ùe 6a fille la demandait : — Grand Dieu ! serait-elle plma ttKâilf s'iâcrïa-t^lè.... tet, satts tft«ëÉfilk« la i^^pMae, %ttë U^Vtit at^ pféci^tetrôn ^ ioire laissant ëeid «bni Isa 'dtaitlbre, 16A jte i^stai jliM[à'letU «âoifi^t oà «rik dbùiëstixJjUé Hiùt ittë )^etiSk ^ne h 'cric» d» M»- (kttte àait ttt)p forte ^t ^é «Ibâ mari M te mèiè pussent la quitter un insIMàt. Je Mé t^tàlttA 'éfMc v te edefttr plefi^ de trïstés ^^enfséc^ eft avéé'd'auiaiit fhtê de l^étà'^ê fêtais «Migé d!è |iaHir fûVtt* €liaiÉibéit , îe lendemain 'de tifts^bôàtie ke^ife.
Ift ràt fattu iqiie jè fds^ iAëit itvett^é A'^egprk on liîëû 'èbdui<{i AéeèeMr,|ièM* ^4Kmt de ^Uê je tfkh M%s âë \1!^rr ^ d'êfàtJmdfé W^^ ^ moia âliftè è
ibtt hvâtidée, que j'ë nïe proMenài^ èfiiiM^, ^èkig^aibt ^'«ët{ti'à'yt^ stAkiffSilfe M «e MMhiiilk^
su SOUVEiSlRS
dévouement ignoré de cette jeune femme , qui sait trouver assez de forces et de consolations dans ses convictions religieuses pour quitter sans murmurer la vie à vingt-six ans^ et pour regarder la conversion de son mari comme une grâce , une compensation à tout ce qu elle a souflfert et à tout ce qu elle laisse sur la terre. Alors je compris tout ce qu il y a de divin dans Tévangélique mystère de la rédemption des âmes.
Jaurais voulu retarder mon départ de quelques heures, afin qu il me fût possible d'avoir encore une fois des nouvelles de la pauvre Eugénie , mais mon compagnon était obligé d'être à Chambéri à une heure fixe ; force fut donc de me mettre en route aux premiers rayons du jour.
Le pays que nous avions à parcourir n'aurait offert rien de remarquable, si nous ne nous fussions pas arrêtés pour visiter l'habitation du fameux M. de Soigne. Tu sais sans doute ce qu'on attache d'extraordinaire, de merveilleux même au nom de cet homme dont les iounenses richesses, acquises dans les Indes orientales, sont pour toutes les classes un inépuisable sujet de conjectures , d'imputations et de calomnies plus étranges , plus odieuses les unes que les autres.
Tu te rappelleras aussi que Ton attribue sa fortune colossale à sa trahison envers Tippo-Saïb, qu'il aurait soi-disant vendu et livré aux Anglais au piàx de beaui millions comptants.
Si tu ajoutes à tous ces on dit du monde les contes de diableries , sorcelleries que les bons paysans sa*voyards répètent avec une crédulité digne du moyen âge, tu comprendras et ma vive curiosité de voir, d'examiner la pompeuse demeure de l'ancien chef des Marattes , et mon désappointement en apprenant qu'en son absence on ne laissait pénétrer aucun étranger dans son château .
— C'est grand dommage, nous dit un campagnard que nous trouvâmes près de la grille; vous auriez vu de belles choses , allez !
— Il est donc bien riche, votre monsieur de Soigne ? •
— Riche !.... ah , Seigneur Dieu ! il a assez d'argent pour acheter à notre roi la Savoie, le Piémont, et la Sardaigne pardessus le marché.... Ah! c'est un fier homme!
Puis , se rapprochant de nous , il reprit à voix basse : — On dit comme ça qu'il a vendu son aime à Satan , et que c'est le malin esprit qui garde son or.
SOt'YENIRS
— 8'îl en est ainsi , lui répondis-je en sç^r^ant , \\ faut avouer que Satiin est un diable fort açooouiifh dant, puisque For qu'il fournit h M- 4« 3^gR@ 9Sl employé à fonder des étabUssem^^ d^ dlSflté*
-~ Dame I c'est viai.«.. maïs v^ye^rv^fi, U f) ^mn bâtir des JiQspioes , faim des faQ4siÛQn3 > je dç y@Un dvaiçpas, au pyix de ses millions , avrâr )i^séglp?#9 compte dans l'autre monde.
Le langage de cet homme, quf^ je mtromP»i ^^}h leUFS avec des variantes 4ans la boucbe d# lu plnp^Ft dés gens du pays, nous prouvait ce qu'pfi aqii§ gvaif ditàAix, que le pauvre M, deBQig^e> malgré tcwt^ ses miinificences envers spu pays MtAl, ^t f^pq^idéré par une partie de fes oompatrioti^ WminQ HR ê^Fç à part, comme une puissance opoi4$P dpnt pi) ^Çt capte les bienfaits sanç être te^u pour ç^a ^ ^ lUûpitrer reconnaissant.... et pourtant ils sont imi^^^^ ces bienfaits ! .
Les établis^énents de la vilk 4§ GÎWRfeép j \^ rentes imporUntes eonstituéê^ k r^ç^d^nÛP 4a^ sciences et à d'autres établissements de pe gpfire ^ ainsi que kf nombP§W bôpifeux A)r4§$ p»F lui P^ur ks vieillards , h» vpypg9»r§ pfiijiyr^ i W9t là ^\^ l'attester.... Mais ce tàmt^ mm^ ^ Hm\ ^n^9 qfl^^
m gçnéyï:. m
pr^fèrç ve^^t^çv \e^ dou^ du yiqjie plutôt coi^iT^ie Ip résultat d'une ponaciçuc^ troul^l^Q pU d'flue oçgiie^lleu^e ostentaUoQ , que çomniq l'açtç §pftn^^^é d'i|pç âi»fi gé^^rQ^se|
il ^ut dire k sq<i honijeiuv et ^ ççlui 4e Ift y.^q^^, qu'il n'a pullement trahi Tip^pQ-S^ïti , »i liyr.é ^ qftpil^lg ^ux anglais, puisqu'il é^it depuis trois aijs jep Eu^ rppe qwaud S^nPg^pamn fiit prise 4'^?s^vit. Qua»t ^ sfi§ richesse? , j'^i su paç 4es rgi^s^îgu^çnt^ 3pîWp^le^l§çc^fi^lt pris 9t àonui^ , qu'il 1<î? ^ Iqjtfiîepçfit
gagiïé<5§ au spryice dfi Maha^{|gi-^çiu^3 j ppuçîfi 4?? Marattes , don|; il ppi:mnandait yqlewfi^SQitiepf \çf ijppaéç^ , çf cm\ ^e rp^rpblfi qn yiej^ ^ f oul;^^ Jçs infaipieg qw'pn l4i inîpiitfi §i l^èye^iifipt , qt ffug j'a»j7 rais sai^s doiftp acceptées mqi^mêipfi poxxm^f; 4^? f?}*^ avéf es , si jjB ne pie fusse fait }iîi 4?ypÎF fï^ PRPSpiçiîCÇ, — pt cq p'est pas là , ^œup, uîj 4?^ ffPff drçp bienfaits dp ma réfonrifi pprale e|: intellectupl|(Ç, — dç flae teijiîî en gardç cpntre les on dit , çt 4-e^afïii9|;j: ^ fqnd ayafïf 4^ JHgpi:? ^t surtout 4'9natliéip^tisçr|!^ ^çtipps ep la conduite de chacup, et pjijç parjticplièr rement encore cidle d^s Ijopimes j^o^ine^itç. Ïjh villp dç pl?aifib^ri p'o^e , pept^? , rien (ig Ufn
attrayant aux yeux du voyageur; mais eût -elle renfermé dans ses tristes murs toutes les beautés d'une capitale, que je me serais hâté d'en partir pour me soustraire aux vexations sans nombre d'une police aussi ombrageuse que puérile dans ses détails. Pour employer les heures de la seule journée que je voulais passer dans ce pays monotone, j'allai d'abord de grand matin jusqu'à l'ancien passage des Echelles , remplacé aujourd'hui par une magnifique galerie longue de cinq cents pas , que Napoléon fit tailler dans le roc pour éviter la voie étroite et dangereuse qu'on était obligé de franchir auparavant ,quand on venait de France en Italie.
A l'aspect de cet ouvrage gigantesque , je m*écriai avec le poète : — Oui , cet homme a marqué la terre d'empreintes inefiàçables , qui suffiraient seules pour transmettre son nom à la postérité la plus reculée.... puis , je me rendis compte avec admiration des effrayantes difficultés que l'on avait dû vaincre pour percer cette voûte si lai^e , si spacieuse , dont une des extrémités, du côté du pont Beauvoisin, plane sur d'admirables vallées, qui, vues tout à coup de cette hauteur, offirent aux regards surpris un des plus vastes et des plus ravissants paysages que l'imagination puisse se créer.
DE GENÈVE. 3â9
Il me fallut de la raison , je te le jure y pour m*arracher à là contemplation des imposantes beautés d'une nature grandiose, et retourner à Chambéri où j'allais me trouver seul, mon ami ayant été forcé d'en partir peu de moments après son arrivée. Le soleil était, hélas! encore bien élevé au-dessus de l'horizon , quand je descendis de voiture à la porte de mon aubei^e ; comment passer les longues heures qui restaient jusqu'au soir.... deux m'avaient suffi et au delà pour faire le tour de la ville , visiter la cathédrale, la bibliothèque, et il n'y a dans ce pays ni journaux, ni cabinets de lecture, ni théâtre. Je désespérais donc d'y parvenir avec succès , lorsque ma bonne étoile me fit rencontrer un habitant de Chambéri que j'avais vu à Aix, et qui me proposa , en manière de passe-temps , de me conduire à la prison où l'appelaient ses fonctions municipales. J'acceptai de grand cœur cette opportune distraction , et nous allâmes tous deux directement à la geôle.
Je ne veux pas contrister ton cœur en te mettant sous les yeux le hideux spectacle dont je fus frappé en pénétrant dans une cour longue , étroite , entourée des quatre côtés de bâtiments et de murs
aao SOUYENIBS
d'une gcande élévation ; véritable basse-fosse où de misérables détenus aux joues cayes , au teint blême, aux yeux hagards, aux vêtements en lambeaux, venaient, soi-:disapt, cespirer un air plus pur <}u^ celui de leurs cachots.
Je ne te répéterai qu'à demi les singuliers propos du geôlier en chef qui me disait , en m^entendant plaindre le sort des malheureux prisonniers : -^ Eux, à plaindre!... ah! bien oui!... N'ont-ils pas du pain à manger ici, ne sont-ils pas couverts, et ne vaut-il pas mieux rester en prison que d'être pendu , comme la plupart d'entre eux le seraient depuis longtemps, si les procès allaient chez nous aussi vite qu'en France?
-r Eh quoi ! lui demandai-je^ ces infortunés passep t des années en prison ayant d'être jugés?
— .Safls 49Wte.
— Çt pendant c^ l^^ipps il? çonj: |;oi}s cofifqndijs... l'assassin , le voleur endurci, avec celui quj n'p^t pps:
^il)l|^ qpe 4'ui^P §?r^^pl<^ pi^ÎQ^ PP^6l9^î<>n^^Upr:' ^^ ? iî y avait 4ep ifjpopep^, 3J9*^tai-jp jvpc feu, il faudrait donc qu'ils fussent condamnés à vivre , à ^ çoi^pmpr^ paFP)^ f^^ft pî^éra}}!^^ ? . . .
-, Çlçs innoçepts ! reprit le geôlier ep pç^WBt ,
est-ce que l'on fait attention à ces choses-là !
en pe qm v«Ht 4it« q«e 1'q« «s* r^i*lé epimne
TTT Sans douta, me répo^ditril «ncae 9vef: un sourire d'arrogante conviction qui me fit ibéisiir, oftr le mmw. «le pet how»^ me 4fèm^\t h JHgte iHfMmr^ du régimp arî>il;faiï:f ^ou^leguel jj^ïïHSgsipp^ 1§S m^^ <?» pçiftgue W 4? ^aï^aigpe;
Je t'épargnerai aussi la tà^\o desc^iptÎQii dâs sa* ^fll*§#*pé8«V»P0iîm§»ifinta6'e4 le luçt, u^ gr^pd
ii9fflb?e ^ .wi=4i8apt 44tei}H§ ppli^jqu^; js g^
\4t^\ , après ufl ppiïïep rqpi^e j «^e qui^SF Je g"8Pr tifr 4#s l^çn^îftp?, pHJ'épf ouvris ype sqrfp 4e ÇftHcbwwr, ppqr eptrep ^^^ pelui 4e? fepîiftes.
LeuF cour est plu» ^évée , plus spacieuse que celle des prisonniers ; plusieurs d'enti» elles sQnt péunif^
jpe^daat h jiQur , mais tantes sont séparées h nuit. Elles occupent chacune une celluk j^ps ou ipooin^
1 tçïi plaisir 4p Içy^ gPPUeF.
•73 pe 9CNQt lie bb&niBs ^e$, me difiaits4i , iça n'eisl pfis iHécluittt.... Des pei^ v^ls ^ 4^ msktes , gudi!...
Rien «de grave; pas une, excepté notre pauvre incendiaire....
Gomment ! votre pauvre incendiaire , répétaije tout surpris de cette épithète de compassion....
^^ Oui y sans doute , elle est là-haut. Voulez-vous la voir?
Je fis un signe affirmatif. — Hé, Madelon! dit-il à l'une de ses détenues que sa bonne conduite avait rendue digne de surveiller les autres , conduis ce monsieur près de Marguerite : tu sais?...
Nous montâmes donc un escalier qui menait aux divers étages du quartier des femmes. Les cliambres des prisonnières, tenues avec beaucoup de propreté, donnent sur un corridor ayant vue sur la cour, ce qui rend la surveillance facile; quoique toutes les portes fussent ouvertes, je ny donnai qu'un coup d'œil, pressé que j'étais de voir la malheureuse femme qui s'était rendue coupable d'un aussi grand crime.
Arrivés au second, au détour de l'escalier, Madelon m'indiqua une porte entrouverte et me dit ; C'est là, entrons... Je la repoussai d'une main, et de l'autre je lui fis signe de garder U sileoce : Ne la
troublons pas dans ses prières y lui dis-je un instant après à voix basse
Elle était à genoux près de son lit , le dos tourné du côté du guichet , les mains jointes , la tête levée, les yeux fixés sans doute sur une image delà Vierge attachée à la muraille... immobile comme Fange de marbre d'un tombeau; on n entendait que le mouvement de ses lèvres et le murmure de quelques mots..... ^çe Maria, Mater Dei!
La prière porte avec elle un sentiment qui touche, soit qu'elle vienne d'un cœur pur, ou d'un cœur repentant!... déjà je m'intéressais à cette femme.
La chambrette aux murs blancs était ornée de fleurs ; son lit , bien fait , bien net , était d'une propreté remarquable , et de petites images de la bonne Yiei^e, entremêlées aux bouquets, donnaient à cette prison l'aspect d'une petite chapelle aux ex-poto.
Quelques minutes s'étaient déjà écoulées depuis que je contemplais en silence la pauvre pécheresse, lorsque Madelon , ennuyée sans doute de faire ainsi sentinelle, me dit à haute voix : Ah ! vous pouvez bien rester là jusqu'à ce soir, elle ne bougera pas... Tirez la porte toute grande, entrez, entrez... Et , sans attendre ma réponse , elle avança le bras pour ouvrir
îîi gouTËNiite
dÂVântage. Alôri^ je fh uh ^aâ \^ la j^riMWiiieiti qui ne bougea pas néanmoins / taiit ^ PérVëulr ëtàit grande ;p\iis je regardai de hûtiVëau Mk teiihtê Vierge, bbjel d'un culte si piéui ; c'était iihe dé cëà iniàgei cwioH'ééô, ehtotit^s de l^endefe, quie l'bii vbit feottivéntéù village, séuïeHieht aux quiatte atigl^ tt atk* déissoU's de reniant Jé&ti^ y Un avait attaché de 'pétlï^ ttîorceàux dé papier blàhc, Èur les^irèls était décrit :
— Quelle est èfettfe femiAé, dis^jè i Madèlbft qui è^ètail rajpprôcfe'ée dte ïnoî , et qUé sijgftîfie cte nuïÀérô 129?
Sànà me îaisset finir ïAa dérilàtodfe, élïè «'écria :
*i— Je savais bien que tous â\isSi Vôufe - Voùifcfez cbbnai'tre l'histoire dé la pà'ûVré Mht'^eritè.
(( 'Cette fera ve fitté , mônsîéut-, ftâît d'un village aux environs d'Annecy ; elle avait 'dêùi frères, bôtas travailleurs , qui, tout jeunes iju ils étaient, BÎdàîent déjà téurs vieûk parents à viVre; màîlfedanèèeteitt^fe- Bi qui estkié qui pouvait dire : !fé ïttângèifei dàtf S im an mon pain avec ma mère. . . La Sâvôîé était FtAttèé, et il làllâît dès conscrits.
» L'ainé de la famille tira «u sort et il partit; 'ça fit tant de chagiih au père qu'il éh perdit fe febîte
1»: «MèVe. d^
et le tÉttiial^èrj le cher homme! La Tieilte mère pleurait, ça va sans dire, et Marguerite, éiicOi'e jettiiettiê^, pleofâiît ûvèc dUie , puis elle essa^^ii de h eôiisoler cémme elle pouvait, la pauvre lenfkht ! — H reviendra, ({u'ellè disait; tre voua déliez paâ , hta mère; Jérôme et ttioi ttbus aurons bien èoin dte vous eu attendant. ^ Jéipôme, d'ttn an pl\is jébné queMarguerite, était un àujet an bon Dieu , doui tomme une fille , laborieux tôhmife un trai Savoyard ^ âbuteuant à lui éefA toute la maison. Ça làliâ bieU comnic cela pendàUt quelcjpu'e temps; mais tette conscription était là , qiii prenait tout ; oïl àvail beau avoir un frère k rànhée,fca h*éxémptait plus. M àt^erite le [mvàit... et'eBè Se dfeait : Qilte devïeriiwnt mOn pfeïfe et ma mîèré fei Jérôme part? c*^étàît àfTre'ux^ penser l..... albre il lui révîèiit dàlis Tesprlt qu ctte ^MVaît j^s assez prié Dîeù jioùr Son prenlîei' (tèife , et cpi'eHe voulait mieux faire cette fois-ci. Elle 6*eli 'alla 'dèlic eh j^èlerihagedans tés mOntagàes^ bien loin die son p^ys, maifehànt pieds tous et disant des o(raisotis. QiÎRfui elle lut àWvée , elle itesCà plus d un jour et fTùhefauit aux pieds de la Vierge, taiil <^u*on croyait 'qù'èBe étàît morte..... Pûfe, quattd elle ttit bien pMé ;dïè ite rëTevft tbùefe foycuée ,45àfeà te rt^
madone et prit un ruban qu'elle lui avait passé au cou en arrivant.
» De retour à la maison après bien des fatigues, elle consola son père et sa mère : — Jérôme ne partira pas f leur disait-elle , la sainte Vierge nous prot^era*
)) Les mois passaient vite dans ce temps4à pour les conscrits : la classe de Jérôme fut bientôt appelée; les pauvres parents de Marguerite ne faisaient que pleurer, il n'y avait qu elle qui ne perdait pas courage... — Tiens, dit-elle à son frère, la veille du tirage, viens avec moi dans Téglise.... ils y allèrent, les braves enfants, et, après avoir récité bien des prières, Maiguerite tira de son corset une petite
boite où était le ruban rapporté du pèlerinage
— Prends , frère , dit la pauvre fille; c est un ruban béni qu'il faut porter i»ur toi demain au tirage ; ça te portera bonbeur....Ils s'embrassèrent en pleurant, et Jérôme prit le ruban.
» Le lendemain il partit avec ses camarades : le père et la mère sanglotaient en lui donnant leur bénédiction ; pour Marguerite , elle avait dit : Jirai t'attendre sur la route , tu sais bien , là sur la rocbe
d'où l'on voit de si loin quand tu me verras , tu
feras aller ton ruban , et cessera bon signe; j'ai de
bons yeux, je te verrai et je viendrai vite l'annoncer à notre vieux pèi'e. j^érôme promit de faire tout comme elle voulait : il y avait 1 29 conscrits dans le
canton »
A ces mots, je jetai les yeux pour la dixième fois peut-être sur cette pauvre Marguerite toujoure à genoux, sur Timage de la Vierge, et sur le n'* 129, dont je commençais à deviner la signification...
— Il en fallait cent , continua Madelon , autant vaut dire tout.
« Le paifvre Jérôme n^était pas à la noce, comme vous pensez ; c'était un beau et fort gaillard , que l'officier de gendarmerie et les autres couvaient de l'œil...»
— Eh bien ! lui dis-je avec impatience , qu'arriva-t-il?
— Il arriva que Jérôme mit la main dans la boite après avoir fait le signe de la croix, et qu'il en tira bravement le 129... Le pauvre garçon en resta tout ébahi dans le premier moment; puis, sans souffler un mot, il s'élança de la salle et se mit à courir de toutes ses forces sur la route qui conduisait au pays. Quand il vit le rocher, il agita le ruban, pour que Marguerite le vît... Elle était là, cette bonne tille,
âd8 SOUYBNlilS
à genoux, les yeux fixés sur le cliemin; Jérôme ne pouvait lui étlidpper : elle Fd^lerçut de suite avec son rtilmii f et eUe ne fit qu une ebui^ jusqu'à la maison, où elle s'écria en entrant :
(t — Ma mè^e^ Jérôme ne partira pas.*.
u*-^ Tu Tas vu?
Ȕ-^*Il h le 139.
»— ^ TuTasYii?
)^— * G'e#t la bttinte Vierge qui Fa sauvé ^ allons la remercier ! »
Je monktii al^i^s du doigt k Mâdelon les images et le Istg...
-^ Oui^ dit-eUe^ voilà ce que cest que le 129^ et qui saurait dire comment la pauvre Marguerite fmi savoir sitôt qtie son frèi^ tenait de tirer ce numéro-là serait bien fin ! H y en avait beaucoup dilns le village qui disaient i|ue e était la bonne Vierge ^Ui le lui avait appris.
« -^ Alors ils croyaient tous au pays que Jérôme lié partirait pas , parée qu il y avait dans tout ça quelque chose d'en hàutf disaient-ils...» Mai^uent€| la pauvre fille ^ le croyait plus qu'eux^ et qui loi aurait dit que 6on frère pouvait être repris aurait manqué à ses yeux de confiance eu Dieu! Père,
Dfi&ENÈTE. 3g»
Hière {lensaiéDt imaÉïm elle^ aussi vhaient^ls dûûB ^ la plus grande tranqmllité^ quand toufcd'utf cmip dû leur annonça ^li'oiî allait rappeler tmis les dohscrits qui n étaient pas . tombés aii sort^ saiis en e^teepter un seol^ et qu aueun n'eu éehaj^ic^it. Ça ii'esi pAÉ yràkf disait Mai^uerite^ ça ne se peut pae^ il à pris le i^f le deriiiei' billet) ça n'est pas trai.'^^i
)>I1 fallut bien y arriver^ poarlÂnt^ quand ietnairé envoya Ah pauyré Jépôihe sa fettille de route... Marguerite la prit et h CRcha fiendani quelques jodrs a ses parents... oe eoup-là deyait les iùer... On ne. plaisantait pas alors^èt le tnaire^é'thonftmey était responsabloé JQ vint cbe» Marguerite et Itii di^ (:lamme ça que si Sêtomé ne rejoigâaii pas / les gendarmes viendnnent le prendre. ..; Elle plenra bien f eetté bonne flQé, et le maire aussi. Jérôme lui dit qu'il aimait mieUt HiouFir que d'étare pris par léjs gefiderr* mes y et qu'il se mettrait en route le lendemeôn.
» — Frète ^ lui réjpondil^lle^ je Vais dans l'église prier la sflrisiteykf^; pettt-ètre âi'aéèotdera-4^«&e cpidique boif ne pensée l
)) Au bout de quelques heures, elle raeooiarat ptès de Bon frère avee un air tout c<ms6léi
»-« iéfùmê^ qu'dle kii dît^ il né fkui pas ^ue Cù
340 SOUV£KIRS
partes, ca serait pécher contre la volonté de Dieu et de sa sainte mère, notre protectrice...
» — Et les gendarmes ?... répondait Jérôme.
» — Les gendarmes ! frère... ils ne te trouveront plus. Tu iras te cacher dans les montagnes , dans ce lieu que nous seuls connaissons ; je t'y porterai à manger deux fois par semaine, et la bonne sainte Vierge aura pitié de nous.
I» Jérôme ne voulait pas d'abord; mais il aimait tant sa sœur, qu'il ne put pas la refuser, et il partit le soir sans dire adieu à ses parents.
» Pendant un mois ça alla bien : tous les quatre jours elle portait des provisions à son frère , et tel temps qu il y eût, elle faisait pendant la nuit plu» de trois lieuvs dans les montagnes , sans que personne en sût rien , pas même sa mère. Fallait voir comme elle était consolée , c te pauvre Maiçuerite ; mais ça ne fut pas pour longtemps, car les gendai^mes, qui se doutaient de quelque chose, la suivirent une belle fois si bien, qu'ils arrivèrent derrière elle à la cache de Jérôme ; alors ils le prirent et lui mirent les menottes, malgré les cris de sa pauvre sœur qui leur demandait grâce à genoux !.<< Ah ! bien oui , grâce ! est-ce qu'on ne leur donnait
pas tant par chaque réfractaire qu ils arrêtaient?....
»~r-Mardie, dirent-ils à Jérôme, et prends garde de bouger. Le garçon obéit sans mot dire. Marguerite, elle, la pauvre fille, le suivait de loin, malgré ce que lui disaient les gendarmes, qui ne sont pas polis tous les jours : ils avaient beau aller vite , elle était toujours derrière eux.
» — Courage , Jérôme ! criait-elle quelquefoiis , quand elle s'était un peu plus rapprochée dé lui.
» Et Jérôme détournait la tète pour lui faire signe qu'il en avait.
»La nuit étant trop proche pour pouvoir arriver k la prison , ils prirent le parti de coucher en route dans un cabaret isolé : le conscrit devait être dans leur chambre ; il n'y avait donc pas moyen de s'échapper. Pour Mai^uerite, ils la renvoyèrent.
» — Permettez-moi seulement d'embrasser mon jrère , leur demanda-t-elle en joignant les mains.
» — Tope, dirent les coquins, pourvu que tu nous embrasses aussi , la belle fille ! • . .
»ËUe en passa par là; puis après l'avoir embrassée^ ils lui dirent que ce n'était pas encore tout.... Alors elle les repoussa^ la pauvre Marguerite, et s'en fut en pleurant.
1*9 aODYENIlS
M 0ùalb4reJlealorB?...oao*ajiMnaispulegavoir.,. pas |4iis que ce qui se pafin dans aa tète... mais tant ily a que, deux heures après que leagendaiv n9#s étaient oouehës y le feu prit en même temps dUns là grange at à Téeurie; tout Ait bioitôt en flammes; e'âaiimt des cns dans la qiaiflcm k fiiir^
trembler Ghaciin se sauvait oomme il pouvait,
et' Jérôme ^ aurait bit tout autaqt si les enragés de gendarmes ne lui avaient pas mis la main sur le eol)et , le gardant 1^ comme un trésc»*, au risque de se griUer. Que voulez-yous ? c est de Tinstinct ches
eux ils dom^ent d'ua mil et l'autre est toujours
là , braqué sur le prisonniep*
n Pendant toute la nuit que dw» le feu, ils restèrent au bivouae , gardant k vue le pauvre Jévaamy qui ne se doutait guère , le brave gan, que c'était sa sœur Marguerite, on le dit du moins comme ça, qui avait inoendié le cabaret pour lui donner Toot casion de s'échapper.
» n ne rapprit que trop tât, car dès le naatin , les gendarmes et lui s'éfiant qiis en route , ils trouvèrent Marguerite naoitié inorte de froid 9 assise sur le chemin à quelques centaines d^ pas de Fauberge.
y> — Tiens ! dit un des gendarmes , je parie que
çW petto gaillarde \k qui a yquIu roms rôtir
ïf Mafgunfito n^ |e§ayeit f^^ftçfm up^vçmifmk dès qu'elle eut vu son frère entre ses deux gar4i^fM} eUe poiis^ mieri^èux» et les attendit s^ps ))pugpr; et qumi Im gwdftfnws l^i a^rept dit tf U» tp» im nae^nt :rr-Abl q'egt dope |oi,p)ii^pp0fl'ipQan4i9ii^! elle lûn HEigard^ filom^Htl pt leHr fit ^igpp que ch}} , sans dire un mot , mw f^irp up njppv Wiept.
» Le papyre Uvom^ ftt ftJors tppt; p)^n d'eflTprtS
poar ronjpre ^^ liep^ , qp^iuï il vi^ 9^^ les gep4§F'?
mes gpirnrXtaiept les l»?as ^e M^f^uprite qui pe ^
défendait pas.-, r^ Ça pe §f3 peut; p^p , ariaitri} j tm^
moi , mais laissez ma papy^^e sfBur..^., Q s'^^es^îç
hiepi T-TT En ftvapt, réfbçt^ire , ait l'pp de? dçux
en lui appuyant le p^pop de ?a ç^rabipe sur }a ppi-r
tçine; man?hp.,*. , réfî?actftipe , in(^endiaire;.,fr IBpH^ famille , sur ma foi !
n 1} p'y 9yai$ pas ^ dire , i) fallut obéir : l'autre gepdainifie tpp^it MailSPeriti? p^r 1^ cqfàe qui li^i|; êm htm derrière spp dps. -rr Allops , pp ^yspt , li^ imH^] M cpiaitril, tu ^prai? cp spir up fogement ^ Tabri du feu... Et la pauvre 411^ allait dev^ipt Ipi coipp^e pp agnpap ^ )p baapb^rie , tqpt ep np sentant pas son malheur pourtant , car sa têfe p'y ptajj
plus... Elle no faisait qu^appéler la sainte Vierge,
son frère Jérôme et sa mère La fièvre chaude la
tenait.
» Arrivée dans sa prison, elle y resta longtemps malade : c'est ce qui fait qu on ne Ta pas jugée du temps des Français. Elle ne reconnaissait personne que sa mère, et encore par moments ; aussi la pauvre femme en est-elle morte de chagrin. La maladie de Marguerite a passé , mais la tête a délogé pour toujours : dans les premiers temps, on croyait que c'était une feinte ; mais on vit bientôt après que la pauvre fille était folle, et on Ta enfermée dans cette prison, d'où elle ne sortira plus. »
Ces derniers mots résonnaient encore dans la bouche de la détenue , quand Marguerite se leva en prononçant ces douces paroles : — La bonne Viei^e aura pitié de nous...
— Oui, elle aura pitié de toi, m'écriai-je, pauvre victime!... Marguerite fixa sur moi ses grands yeux noirs pleins de douceur, puis elle les reporta en souriant sur l'image de la Madone , en me montrant du doigt le numéro 129.
— Cent vingt-neuf, dit-elle avec assurance... Jérôme ne partira pas...
DE GENEVE a«5
— Infortunée Mai^uerite! lui cHs-je involontairement... Et comme si elle eût compris Tintérêt qu oUe m'inspirait , elle me tendit sa main, que je serrai avec émotion ; s'agenouillant alors, elle m'at-r tira doucement sous la sainte image et me dit avec uq accent qui-m'alla au cœur : r— Prions !... Qui aurait refusé de se mettre à genoux auprès de la pauvre Marguerite?... Qui ne se serait senti ému d'une ten-r dre pitié ?
Bientôt eUe se releva, s'assit sur une petite chaise auprès de son lit , prit de l'ouvrage et se mit à coudre avec activité. — C'est pour toi, mon frère... me ditelle:
Madelon se rapprocha de nous : — - Voilà qu'elle vous prend pour Jérôme... Il est temps de vous éloigner, monsieur, car elle tombera bientôt dans un de ses accès ; alors elle se débat comme si on la battait, elle crie contre les gendarmes. •• Venez, venez, mon«sieur.
Je m'éloigpai donc, non sans regrets, de cette fillesi à plaindre, mais que la Providence n'a pourtant pas abandonnée tout à fait, puisqu'elle lui a laissé pour toute idée , pour twte vie , la prière et un sentiment d'amour et de bonheur en pensant à son frère.
«M SOUYEmM DE OINETE.
Tf- Tu t*ea ¥8s, ma dit>*eUe*.. e*est que lu n^es pas Jér&me. Et elle se remit à travailiev*
•-? Voilà toute la vie qu'elle mène y ajouta sa eom^ pagne ; elle prie et elle traT^ille. Son frère JérAme^ qui n'est pas mort aux armées , vient la voir sauvait , mais elle ne le reconnaît presque plus, La pm* mi^ fois I oela l|ii avait £iît de Fefiet , on citait cpi^elle allait revenir : à j^résent o'c|^ fini.
Voilà f ma sœur, ce que c'était que cette incendiaire que f;u plaindras et à laquelle tu aurais dit aveo moi : -^ Pauype Marguerite!
Quelques heures après , j'étais sur la route d'Aix, qu'il fallut traverser la nuit , malgré tout mon désir d'y rester jusqu'au matin pour siifoir des nouvelles d^ Eugénie; ma)s notre voiturier^ de^o^ etgrossier, comme tous oeux de son e^èoe , ne voulut entendis lii raisons ni prières, et le lend(»nain soir je me rel^ouvai daiis les murs de l'IiD^italière Genève, fort content , il faut le dire, d'être délivré des vexations de la police piémontaise, et d(9 respirer en paix l'air libre et pur de Ifi <à.î de Calviti.
FIDf BU TOUfl} FBEMlEa.