‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 32 sur 35 · I€ SOUVENIRS · texte numérisé non relu

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et se dénouent en Ire eux pendant la saison des eaux.

Je me serais donc borné, faute de faits et d'observations qui en valussent la peine, à te mander que j'étais parti le lendemain pour Chambéri , après avoir parcouru les environs de la ville , qui sont des plus pittoresques , si je n'eusse rencontré dans mes excursions une famille que j'avais connue naguère à Paris y aussi heureuse que brillante , et qui maintenant.... mais n'anticipons pas.

Sorti de la ville pour échapper aux exhalaisons

que Dieu semblait m'envoyer comme un gage de plus des vérités de la foi !

Qu'on se figui*e encore avec quel empressement, quelle aniiété je lus les premières strophes de ces touchantes élégies, de ces odes sublimes qui réalisaient, surpassaient même les espérances que les premières Méditations m'avaient

fait concevoir bien des années auparavant Qu'on me

voie assis , ployé en deux dans un coin de ma sombre prison, les yeux incessamment fixés sur mes chers volumes, qu'il me fallait, au moindre bruit, soustraire à l'espionnage de mes gardiens qu'on me voie, dis-je , dans cette inexprimable alternative de poignantes alarmes et d'accès d'enthousiasme causés par les beautés du premier oixlre que je rencontrais à chaque page; et l'on comprendra si l'exaltation poétique et religieuse qu'une semblable lecture excita dans mon âme n'était pas de nature à me pénétrer d'admiration

sulfureuses des bains et respirer Tair balsamique des montagnes , j'allais à l'aventure , de colline en colline , de prairie en prairie , lorsque j'aperçus tout près d'unejolie rivière, à l'ombre d'un grand frêne qui les garantissait de l'ardeur du soleil, un homme, une femme et un enfant groupés autour d'une quatrième personne à demi couchée sur une de ces chaises longues qui servent à transporter les malades aux bains» C'était là une de ces touchantes réunions de famille dont on peut deviner d'un regard la douloureuse préoccupation.

et de reconnaissance pour le poète chretien dont les bibliques inspirations^ en me confirmant dans mes croyances , me faisaient goûter d'ineffables plaisirs dans un lieu où fou ne connaissait , hélas ! que des larmes et des douleurs !

Oui, j'aime à le dire, à le répéter : j'ai dû beaucoup, j'ai dû immensément à M. de Lamartine aux temps de mes maU heurs; car c'est après avoir lu ses inimitables vers que mon- imagination flétrie reprit un nouvel essor, et que je me livrai avec plus d'ardeur que jamais à la poésie religieuse, source inépuisable de prières et de consolations pour le malheureux captif.

Ce fut donc un beau jour pour moi que celui où je pus être admis, à mon retour en France, auprès du bienveillant auteur des Harmonies poétiques^ et lui dire , en serrant, sa main dans les miennes : — Que Dieu soit à jamais béni , puisqu'il permet enfin que je vous remercie du bien que vous m'avez fait dans ma captivité !

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£n les voyant , je m'arrêtai d'abord, et ^ craignaut de les troubler , j'allais rebrousser cbemin y si je a'eusse été attiré vers eux par une irrésistiUe sympa-

tbie. L'instinct du cœur ne m'avait pas trompé à

peine avais-jeiait quelques pas^ <iue je reconnus Gus-» tave P. I qui ne m'eut pas plutôt aperçu qu'il vint rapidement à ma rencontre. L'empressement que j'avaiis mis moi-même à le rejoindre ne m'avait pourtant pas empêché de remarquer l'extrême pâleur de son visage ot l'abattement de toute sa personne»

— Vous ici ! lui dis-je., dès que sa main fiai dans la mienne, vous que j'avaislaissé brillant de santé ?... «

•^ Et de bonheur, r«prit*il , en levant les yeux aa del bêlas! tout est changé 1

— Mais votre maladie n'« rien de grave , je fespère?

•^Ge n'est pas moi qui «mfiire, ajoiila«t41, mm cetange!.... fet fl m'îndîquaîtsa jeune femme, dontla tête reposait languissamment sur le sein de aa mère* —Vous qui l'av(«B isonnne à ftaîche, si pldne dévie, aurieis-Vôus pu penser

Son émotton devint si grande en proïtoûçant tes mots , qu'il fut obligé de s appuyer >sur mon bras.

DE G£NSV£. ai9

-— Mais , reprit-il bientôt eu faisant un violent effort sur lui-même, Eugénie nous regarde, et plutôt perdre tout espoir de salut dans le ciel que de lui causer une douleur de plus.

— Elle est donc bien faible,, bien soufirante ?

— Si souffrante, hélas l que c'est peut-être aujourd'hui le dernier jour où nous pourrons la transporter dans le lieu qu elle affectionne pour l'air doux et pur qu'on y respire.

Tout en parlant ainsi , nous nous étions rapprochés de la pauvre malade : — Ma présence pourrait la troubler, dis-je alors à Gustave ; laissez-moi m'é- Ipigner... ce soir je viendrai savoir de ses nouvelles.

— Non , non , restez de grâce ; ne connaissez-vous pas mon Eugénie depuis assez longtemps pour que votre vue ne lui fasse que du bien ?

Je eédai à son désir, et bientôt jç fus près de cette ^sjdlheureuse femme que j'avais vue, il y «i trois ans encore , dans toute la fleur de la jeunesse et de la beauté , et qui put à peine me tendre la main , en me disant d'une voix presque éteinte ; Que nous

somjnes heureux de vous voir! Elle voulait

conlinuer^n^aisla t^adre mère, dont les yeux ne la quittaient pas, lui rappela que le médecin, av^t

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expressément défendu qu'elle prononçât un mot dans Fintervalle de ses bains. La pauvre Eugénie se tut aussitôt, et, r^rdant sa mère , son mari et son en&nt avec une inexprimable tendresse , elle leur souriait doucement.

Ah! ma sœur, quelle résignation, quelle foi , quel amour il y avait dans cet angélique sourire ! et comme il répandait bien sur cette figure déjà presque éteinte la sérénité que Dieu accorde seulement dans les derniers moments aux âmes pieuses et éprou-vécs qui de bonne heure ont mis en lui toutes leurs espérances !

Mais quelque céleste que fut Fexpression de ce visage , j'en détournai bientôt les yeux avec un dou-«

loureux serrement de cœur, car la mort était là !

la mort , qui allait enlever à une famille désolée sa plus pure lumière, et avec elle tout espoir de félicité!... L'impression que j'en éprouvai devint même si poignante, que je m'éloignai rapidement pour ne pas laisser voir les larmes qui s'échappaient de mes yeux. — A ce soir , dis-je à Gustave , après avoir déposé un baiser sur la main de la pauvre malade , et sur celle de sa mère , bien plus à plaindre encore!

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Je n'avais pas fait deux cents pas, que je rencon* trai les porteurs qui venaient chercher Finfortunée jeune femme : peut-^tre dans peu de jours la trans* porteront-ils à sa dernière demeure, pensai-je en passant près d'eux... et mon cœur se brisa !

Quand la nuit s'approcha je me rendis à la maison qu'habitait Gustave : tout y était triste et silencieux. Introduit dans la première pièce de l'appartement , j'y trouvai la mère d'Eugénie ayant sur ses genoux son petit-fils qui répétait sa prière du soir... ((Mon Dieu ! disait l'enfant , conserve-moi ma bonne petite maman ; mon Dieu , je vous donne mon cœur, ayez pitié de nous !...)> Et la pauvre grand'mère priait aussi en essuyant ses larmes !

Jetais resté debout près de la porte, pour ne pas interrompre la touchante oraison ; quand elle fut terminée , et que l'enfant fut posé dans son Ut , la bonne dame me fit signe de venir m'asseoir près d'elle : —Ma fille est plus faible encore .que ce matin, me dit-elle à voix basse ; elle est là dans sa chambre avec son mari... Pauvre chère enfant! c'est elle qui l'encourage, et pourtant elle a bien souffert depuis deux ans !.. Mais elle est si dévouée , mon Eugénie , que pour convertir son Gustave et le ramener à

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