‹ Souvenirs de gloire ed d'amour du lieutenant-colonel ParquinChapitre 13 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La belle rieuse de Bréda.

La reine Hortense et ma future épouse.

La pipe des deux sœurs.

Un collier de cheveux.

Le maréchal des logis Guindey tue le prince Louis.

Le bon bivouac perdu.

Le I er décembre, à notre départ de Lannion, la compagnie fut coucher à Guingamp, jolie petite ville sur la route de Rennes à Brest. Elle en partit le lendemain pour se rendre à Saint-Brieuc, où était l'étatmajor du régiment. Je fus laissé à Guingamp pour y servir avec quatre chasseurs la correspondance. J'y restai un mois, et il ne se passa rien que je puisse raconter, si ce n'est qu'un jour j'allai avec mon détachement, à quatre lieues sur la route de Brest, pour servir d'escorte au maréchal Augereau, qui se rendait à Paris pour recevoir le commandement du corps d'armée dans le Tyrol pendant l'immortelle campagne d'Austerlitz.

En escortant la voiture du maréchal, j'eus besoin de mettre pied à terre. Je descendis de cheval, sûr de regagner la distance que cet arrêt me faisait perdre ; et, en effet, je rentrai en ville à la tête de mon escorte. En passant devant un poste d'infanterie qui nous ren-

dait les honneurs, je commandai le sabre à la main ; mais, lorsque je voulus prendre le mien, je ne le trouvai plus à mon côté. Qu'on juge de mon désappointement ! J'avais laissé mon sabre sur la route à la place où j'avais mis pied à terre. Heureusement qu'il pleuvait en ce moment, et qu'étant comme mes chasseurs couvert de mon manteau, Ton ne s'aperçut pas que mon sabre me manquait.

Après avoir reçu vingt francs, que le maréchal eut la générosité de me remettre pour mon détachement, et avoir transmis la consigne au brigadier qui était venu avec quatre chasseurs continuer à servir d'escorte au maréchal, je fis faire volte-face à mon cheval et partis au galop pour atteindre l'endroit où j'avais mis pied à terre. Mais, à mon grand désespoir, je ne trouvai pas mon sabre, et des empreintes de pas, juste à cet endroit, m'indiquèrent assez qu'il avait été ramassé. J'eus beau questionner le peu de voyageurs que je rencontrai sur la route, je ne reçus aucun renseignement satisfaisant. Je poussai jusqu'à un village plus loin, et je n'en fus pas plus avancé. Je rentrai, fort mécontent de ma journée, et je cherchai à acheter un sabre dans Guingamp ; mais je n'en trouvai pas à vendre qui fût d'uniforme. J'étais vraiment désorienté.

Nous logions tous les cinq chez des bourgeois ; nos chevaux étaient réunis chez un aubergiste de la ville. Mon logement était chez M. M.. M honnête et bon bourgeois de la ville, sur la place de Guingamp. Le dimanche, il avait la délicate attention de me faire partager son dîner en famille. Un dimanche donc, que ma tristesse était visible pour les convives, il me dit, au dessert, où nous étions restés tous les deux à prendre le café :

« Brigadier, vous êtes triste ; je n'ai aucun droit de vous questionner sur vos affaires. Cependant, si je puis vous être utile à quelque chose, disposez de moi, je vous prie.

— Je vous remercie, monsieur ; mais ma tristesse provient d'une cause, qui malheureusement n'est pas de nature à mettre votre obligeance à contribution. »

Je lui racontai alors en détail ce qui me mettait en peine. Aussitôt mon hôte me dit :

« Vous n'avez pas essayé tous les moyens que vous avez pour retrouver votre sabre. Laissez-moi vous donner un conseil, et si, en le suivant, vous ne trouvez pas votre arme, vous pourrez en faire votre deuil.

— De grâce, mon cher monsieur, veuillez m'indiquer ce moyen! Je vais le mettre à exécution tout de suite, je vous le promets.

— Faites réclamer votre sabre, au prône, dimanche prochain, à la grand'messe, dans les églises des quatre paroisses où vous avez mis pied à terre et offrez une récompense de six francs à celui qui l'aura trouvé et qui vous le rapportera. »

Après avoir entendu ces paroles, l'espoir rentra dans mon âme. M. M..., qui connaissait le pays, eut l'extrême bonté de faire quatre circulaires, toutes pareilles, que j'envoyai à chaque curé des paroisses désignées, et, le dimanche suivant, mon sabre fut retrouvé et rapporté dans la journée. Je donnai avec grand plaisir la récompense promise à un garçon tailleur qui avait trouvé l'arme sur la route.

Je remerciai M. M... de l'heureuse idée qu'il avait eue, et pour répondre à plusieurs politesses que j'avais reçues de lui, je l'invitai à dîner à l'auberge, où nous

musée de L'armée

Le génrral MOREAU (i7bvi8n)

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