CHAPITRE PREMIER
Engagement au 20 e chasseurs, I er janvier 1803.
Les braves et les a crânes » du régiment.
Premier duel.
Faire plaisir à une jolie femme .
La pipe du fourrier.
Mes amours avec la belle Marguerite.
Le 11 nivôse an XI de la République (i 6r janvier 1803), je descendais de la diligence de Paris à Abbeville avec un jeune homme de mes amis, M. Fournerat.
Après nous être fait indiquer la maison où demeurait M. Idoux, capitaine quartier-maître au 20 e régiment de chasseurs à cheval, en garnison dans cette ville, nous nous rendîmes chez lui pour contracter un engagement dans ce corps. Cet officier nous objecta que le régiment était au grand complet, que d'ailleurs mon ami n'avait pas la taille pour être admis, et que moi, probablement, je n'avais pas l'âge exigé pour contracter un engagement. J'avais à peine seize ans.
— Vous avez parfaitement raison, lui répondit
M. Fournerat ; mais veuillez prendre connaissance de ce mot d'écrit. »
En même temps il lui présenta un billet du colonel Marigny, que nous avions vu à Paris avant notre . départ. . . * fc . : :
: V**Ap*èï la lecture de ce billet, qui était une autorisation: dç*;;iH)uS admettre, toutes les difficultés furent "lôVétesV J'avais cinq pieds six pouces, et je suis arrivé plus tard à la taille de cinq pieds neuf pouces. A la rigueur cette taille pouvait compenser, et bien au delà, ce qui manquait à M. Fournerat pour avoir cinq pieds deux pouces, minimum de la taille exigée au régiment.
Nous dûmes, pour compléter nos masses, verser chacun vingt-sept francs, c'était un usage de rigueur, que nous suivîmes à l'instant. Puis un chasseur, de planton chez le quartier-maître, nous conduisit au quartier. Nous avions demandé et obtenu d'entrer dans la 6 e compagnie, commandée par un ami de mon père, le capitaine Lavigne, que nous avions vu à Paris, chez le colonel Marigny. Ce capitaine avait promis à mes parents d'avoir soin de moi ; et c'est une justice à rendre à sa mémoire qu'il a tenu parole jusqu'à sa mort, arrivée à la bataille d'Iéna.
Quand nous arrivâmes au quartier, le régiment était à cheval, en grande tenue, et allait être passé en revue par le commissaire des guerres, chargé de la police du régiment. J'admirais la beauté de ce corps réputé l'un des meilleurs de l'armée, et qui venait de faire les belles campagnes de Moreau sur le Rhin. Le général Richepanse, qui comptait dans sa brigade les 11 e et 20 e chasseurs, ne manquait jamais de dire, en abordant l'ennemi, qu'avec le n° 31 il gagnait partout.
Voici la tenue du régiment : les chasseurs avaient pour coiffure un schako de drap noir, d'une forme élégante, surmonté d'une flamme de drap aurore, qui se terminait en pointe avec un gland de même couleur au bout. Cette flamme déployée, avec le plumet noir et rouge sur le schako, annonçait la grande tenue.
On portait la queue à quatre pouces de chevelure, un pouce couvert par un ruban de laine noire, et un pouce dépassant la queue. Deux longues et fortes tresses pendaient le long des joues, elles étaient terminées par un petit morceau de plomb en ruban. La chevelure et les tresses étaient pommadées et poudrées.
Le dolman vert avait des parements et des passepoils aurore, les tresses en laine blanche, et cinq rangs de boutons bombés ; le pantalon à la hongroise avait également des tresses de laine blanche ; les bottes à la hussarde étaient plissées sur le coup de pied ; nous avions une ceinture verte et aurore, large de huit pouces, avec glands de même couleur. Enfin des gants à la crispin complétaient ce brillant uniforme. Chaque chasseur avait la sabretache pendante environ de deux pieds au côté gauche et soutenue par trois courroies au ceinturon du sabre. Cette sabretache servait aux chasseurs pour y mettre les lettres qu'ils portaient quand ils étaient d'ordonnance, et leur mouchoir, quand ils en avaient un.
Le régiment était parfaitement monté. Le premier escadron avait des chevaux noirs, le deuxième escadron des chevaux bais, le troisième escadron des chevaux alezans ; enfin le quatrième escadron, les trompettes et la musique avaient des chevaux gris.
Mon ami et moi nous étions ravis de faire partie
d'un si beau corps. C'était la musique surtout, il faut que je le dise, qui nous transportait.
« Une seule chose me chagrine, dis-je à mon ami ; c'est d'avoir les cheveux coupés à la Titus.
— C'est vrai, me répondit-il, mais ils pousseront avec le temps, et dans six mois nous porterons la queue comme ces magnifiques chasseurs. »
L'expérience a prouvé qu'il nous fallait une année.
Le brigadier de notre escouade nous conduisit, le lendemain matin, au magasin du capitaine d'habillement, où Ton nous délivra notre uniforme au grand complet. Puis, quand nous fûmes de retour au quartier, ce brigadier dit à l'oreille de Fournerat que l'habitude de chaque recrue, en entrant au régiment, était de graisser la marmite de son escouade. Mon ami et moi nous donnâmes chacun un louis de vingtquatre francs, pour être employés à acheter un supplément de viande. C'est ainsi que se payait la bienvenue. Le brigadier nous remercia de notre générosité et, après cet acte, nous fûmes classés parmi les bons vivants de la compagnie.
L'état militaire est un rude métier à apprendre, surtout dans la cavalerie. Il est vrai qu'on est récompensé d'un apprentissage rigoureux lorsqu'on a acquis un grade honorable ; mais il faut être doué d'une certaine vocation pour traverser sans trop de peine les premiers moments de l'apprentissage. Je serai cru, je l'espère, quand je dirai que j'avais un goût prononcé pour l'état militaire.
Le maréchal des logis chef de notre compagnie était un homme d'une jolie tournure, âgé de vingt à vingtdeux ans — on le disait enfant de troupe — beau et bon militaire, sévère, mais juste. Il est arrivé par la suite
Cavalier du 20 e chasseurs (Consulat) Sah retaches Révolution et Empire.