‹ Souvenirs de gloire ed d'amour du lieutenant-colonel ParquinChapitre 10 sur 41 · I. — S. Gl. et Am · texte numérisé non relu

I. — S. Gl. et Am

au grade de maréchal de camp ; et certes il ne se serait pas arrêté là, si la Restauration ne l'avait laissé dixneuf ans lieutenant-colonel en demi-solde. M. Lacour — c'était son nom — me prit en amitié, et je puis dire que c'est lui qui m'a fait soldat.

Il y avait cinq mois que j'étais à la compagnie, quand, un dimanche, passant la revue préparatoire d'inspection, il s'arrêta devant moi, et après m'avoir toisé de la tête aux pieds :

« Parquin, me dit-il, vous avez une belle tenue, vos armes sont en bon état, vous les maniez bien, mais vous n'êtes pas soldat, f... ! Ayez un regard assuré, fixez-moi dans le blanc des yeux ! Faites-moi trembler, si vous pouvez, f . . . I Vous êtes sous les armes ! »

Je lui obéis à l'instant, et depuis lors il n'eut plus occasion de me donner pareille leçon.

Mon brigadier de chambrée se nommait Tisse ; il avait reçu une carabine d'honneur, pour avoir délivré, lui second, trois cents fantassins français, et pris deux compagnies de grenadiers hongrois qui les escortaient. Voici comment il racontait son exploit :

« A la bataille de Hohenlinden, gagnée par Moreau, j'étais resté toute la matinée en arrière pour faire ferrer mon cheval par Robin, maréchal ferrant de la compagnie.

« En rejoignant le régiment, nous nous égarâmes dans la forêt, où nous marchions dans la direction que nous indiquait le bruit de la fusillade et du canon. Parvenus à l'une de ces grandes prairies si fréquentes dans les forêts de l'Allemagne, et qui fournissent la pâture au gibier de toute espèce qui y pullule, nous aperçûmes (sans être vus) environ trois cents Français désarmés et conduits par les Kaiserliks.

« Une inspiration nous vient aussitôt : mettant nos chevaux au galop, nous nous précipitons sur cette colonne en déchargeant nos pistolets aux cris de : En avant ! en avant ! en avant ! par ici ! pas de prisonniers, etc.

« L'ennemi, surpris, se croyant tombé dans une embuscade, s'arrête, hésite à tirer ; les prisonniers sautent sur leurs fusils, s'en emparent et, dans un instant, les rôles changent. Les Français font les Hongrois prisonniers et les conduisent sous notre direction au quartier général. »

Depuis cette affaire le maréchal ferrant était surnommé Robin des Bois.

Il y avait au corps plusieurs armes d'honneur.

Le capitaine La vigne en avait gagné une lors de la retraite de Moreau, à l'armée du Rhin, pour avoir commandé toute une journée, lui simple capitaine, le régiment, et avoir réussi par d'habiles manœuvres et des charges faites à propos, à le dégager d'une position presque désespérée, rendant ainsi un grand service à l'armée.

Quant au capitaine Kirmann, qui commandait la 3 e compagnie, et qui avait aussi un sabre d'honneur, la simple demande de cette arme faite par le colonel Lacoste, qui commandait alors le régiment à l'armée du Rhin, donne la plus juste idée de la bravoure de cet officier. Cette demande était ainsi conçue : Le brave capitaine Kirmann a tellement usé son sabre à frapper l'ennemi, que le Gouvernement ne peut se dispenser de lui en donner un autre. »

— Accordé — fut la réponse du Premier Consul.

Je ne dois pas omettre de dire ici que tout arme d'honneur valait double solde à celui qui l'avait obtenue .

On citait aussi parmi les braves du régiment, un brigadier de la compagnie d'élite qui, étant trompette alors et seulement âgé de quinze ans, avait fait prii sonnier un dragon de La Tour, un colosse ! Ce trompette, étant un jour avec les tirailleurs, arriva sur ce dragon, sans en être aperçu, et lui mettant son pistolet sur la gorge lui cria : Prisonnier ou mort !

Le dragon, à ce langage énergique, rendit son sabre

et fut fait prisonnier. Arrivé au peloton chargé de sou-

* tenir les tirailleurs, les chasseurs se mirent à rire et

à se moquer de ce dragon, un Hercule, qui s'était fait

, prendre et désarmer par un enfant.

L'Autrichien changea tout à coup de langage : 1 « Je n'ai pas été pris, j'ai déserté, dit-il.

— Comment, Henry, tu ne l'as donc pas fait prisonnier? dirent les chasseurs.

Mais le trompette, pour toute réponse, s'adressa au > dragon et lui dit :

« Ah ! je ne t'ai pas fait prisonnier ! Eh bien, monte à cheval, voilà tes armes. Je vais te reprendre, puisque ' la première fois ne compte pas, à ce qu'il paraît. » , Mais les chasseurs ne voulurent pas que le combat

recommençât et l'Autrichien resta prisonnier.

Je me liai d'amitié avec le brigadier Henry ; il était de mon âge et me donna de bons conseils ; ce fut à la salle d'armes que je fis sa connaissance. Sa mort, qui arriva quand il était officier au régiment, à la bataille 1 de Raab, en Hongrie, 1809, fut un véritable deuil pour le corps.

Parmi les « crânes » du régiment, on citait également le brigadier Popineau, qui avait gagné sa carabine d'honneur, lors de cette fameuse retraite sur te Rhin, par la forêt Noire, opérée si miraculeusement

par le général Moreau : Popineau avait rappelé par un beau fait d'armes le temps de la chevalerie.

Le colonel Schwartz commandait un corps de 600 hussards de l'armée de l'archiduc Charles. Ce corps était composé de l'élite des troupes autrichiennes, car il avait la faculté de se recruter dans toute l'armée parmi les meilleurs cavaliers. Ce colonel avait carte blanche. Il chagrinait l'arrière-garde de notre armée, enlevait les convois, coupait la colonne de route, délivrait les prisonniers, attaquait quand il trouvait une belle occasion, marchant la nuit plutôt que le jour ; enfin c'était un terrible chef de partisans.

Il avait eu plusieurs rencontres avec le 20 e chasseurs, et souvent les hussards avaient éprouvé la rare bravoure du capitaine Kirmann. Comme il avait entendu parler de ses brillants faits d'armes, un jour, il lui prit fantaisie de se mesurer avec lui. Il se présenta donc devant le régiment, comme parlementaire, et appela le capitaine Kirmann en combat singulier au sabre. On lui répondit que le capitaine, blessé la veille d'un coup de feu au bras droit, était à l'ambulance.

Le colonel Schwartz, après cette bravade, venait de tourner son cheval et allait rejoindre son bivouac, lorsque le brigadier Popineau, de la compagnie Kirmann à cette époque — mais passé plus tard à la compagnie de l'élite lors de sa formation — mit son cheval au galop et arriva en face du colonel en s 'écriant :

« Mon capitaine a reçu hier un léger coup de feu qui le met 'hors de combat. Il regrettera beaucoup la partie que vous lui offrez. Mais si vous voulez vous mesurer avec son brigadier, je suis prêt à vous rendre raison.

— Ton audace me plaît, dit le colonel en dégainant. » Ces mots étaient à peine prononcés, que les deux

champions faisaient voltiger leurs chevaux et leurs sabres autour l'un de l'autre. Une parade de Popineau arriva à temps pour le préserver d'un coup de sabre de son adversaire, qui reçut à l'instant, par une prompte riposte, un vigoureux coup sur la figure :

« Allez vous faire panser à l'ambulance, colonel, dit le brigadier ; et, quand vous, serez guéri, je vous donnerai votre revanche à pied, devant le régiment, où je vous tuerai pour vous apprendre à vivre.

— Je ne me bats jamais deux fois avec le même individu, dit le colonel Schwartz en se retirant.

— Soit, » dit Popineau en essuyant la lame de son sabre.

Cette action, qui se passait en présence de tout le régiment, et d'autres faits d'armes non moins honorables, valurent au brigadier Popineau une carabine d'honneur.

Il y avait aussi un maréchal des logis de la compagnie d'élite, nommé Filhatz, qui avait reçu un sabre d'honneur à l'armée du Rhin. Je ne me rappelle pas exactement l'action d'éclat qui lui valut une distinction si honorable. M. Filhatz était un très brave militaire, qui devint chef d'escadron au régiment et officier de la Légion d'honneur. Il prit sa retraite après la désastreuse campagne de Russie, pendant laquelle il avait eu les pieds gelés.

La France, au commencement de l'an XI de la République, était en paix avec l'Europe ; mais il était facile de prévoir que l'Angleterre, qui se disait froissée dans ses intérêts commerciaux, ne tarderait pas à rompre la paix d'Amiens.

io SOUVENIRS DE GLOIRE ET D'AMOUR

Aussi le Premier Consul vint-il faire, à cette époque la visite des côtes de l'Océan, et choisir remplacement du camp de Boulogne, où s'établit, une année plus tard, cette armée qui devait effectuer la descente en Angleterre.

Tout le monde sait les causes qui empêchèrent la descente d'avoir lieu, et rendirent cette magnifique armée si fatale aux Autrichiens et aux Russes dans la célèbre campagne d'Austerlitz.

Le i 6r juin 1803, le régiment reçut à l'improviste Tordre de monter à cheval pour former des correspondances sur la route et servir des escortes depuis Amiens jusqu'à Saint- Valéry et au delà. Le Premier Consul vint coucher dans la maison du maire d'Abbe ville : je fus commandé de piquet à pied pour être de garde auprès du général Bonaparte. Je me rappelle encore avec quel bonheur, quelle fierté, je faisais faction au dehors de l'appartement qu'il occupait et combien je fus heureux du salut qu'il me fit en rentrant dans son appartement, lorsque je lui présentai les armes. J'étais bien loin de m'attendre alors que, dix ans après, je serais fait capitaine aux guides de l'Empereur. Je crois que je n'ai jamais vécu un moment plus beau que celui que je passai en faction à la porte de l'homme qui attirait déjà les regards de toute l'Europe.

Dans le voyage que fit le Premier Consul, les arcs de triomphe se succédaient partout, et je me rappelle encore que, le i er juillet 1803, lorsque le régiment partit d'Abbeville pour tenir garnison à Caen, nous lûmes à Rouen les vers suivants sur un arc triomphal :

Diogène, jadis, sa lanterne à la main,

Cherchait partout un homme, et le cherchait en vain ;

SOUVENIRS DE GLOIRE ET D AMOUR n

Le Cynique ne put en mettre un sur sa carte, Et, les larmes aux yeux, rentra dans son tonneau ; Mais qu'eût-il fait s'il eût rencontré Bonaparte ? Le philosophe alors eût éteint son flambeau 1

Certes le grand Corneille, poète que l'Empereur eût fait prince, s'il eût vécu sous son règne, n'aurait pas renié ces vers d'un compatriote venu deux siècles après lui.

A notre arrivée à Caen, nous y remplaçâmes le 10 e régiment de dragons. Ce régiment n'avait pas vécu en de bons termes avec la jeunesse turbulente de la ville, qui s'adonnait beaucoup à tous les exercices des armes. On comptait plus de cent maîtres d'escrime, à Caen.

Le 43 e régiment d'infanterie, qui était aussi en garnison dans cette ville, avait eu beaucoup de duels, et le régiment, attaqué de toutes parts, s'était vu obligé de sortir des murs de la ville. Le ministre de la guerre remplaça le colonel de ce corps ; et plusieurs jeunes gens de la ville, impliqués dans cette affaire, furent sévèrement punis. D'après les ordres du Premier Consul, le 43 e régiment fit sa rentrée, tambours battant et drapeaux déployés ; une députation de la ville fut le chercher en dehors des portes.

Nous arrivions sur ces entrefaites. Le colonel Marigny, qui aimait beaucoup les jeunes gens, fit donner un assaut où toute la jeunesse de Caen fut invitée, ainsi que les maîtres de la garnison.

Ce fut au café Labassée, sur la promenade, dans un très beau local, que l'assaut eut lieu. Une circonstance, quoique malheureuse, contribua à ce que les Cannais nous prissent immédiatement en amitié.

Un terrible incendie s'était déclaré inopinément dans un des villages près de la ville. Le général Laroche, commandant la division, apprit cette nouvelle au moment où il se rendait à l'assaut.

En passant près du quartier de cavalerie qu'occupait notre régiment, il entra aussitôt dans le corps de garde en criant :

« A cheval ! à cheval ! un village brûle ! »

Et s 'adressant au maréchal des logis de garde :

<f Où est le trompette de service ?

— Mon général, je lui ai donné la permission d'aller manger la soupe à son escouade.

— Où est sa trompette ?

— Au râtelier d'armes. La voici. »

Le général la saisit et sonne le boute-selle au milieu de la cour. Tous les trompettes répètent la sonnerie, le régiment est à cheval en quelques minutes. Il faut que je dise ici que le général Laroche avait été trompette dans son jeune âge, et qu'il n'avait pas oublié son ancien état. Le régiment réuni, le général se met à sa tête et part au galop vers le village en feu.

Il y apporte de prompts secours, et sauve les maisons qui n'avaient pas encore été atteintes par le feu.

Grâce à cette activité, les pertes ne furent pas consirables, comme elles* l'auraient été infailliblement dans un pays où la plupart des maisons étaient couvertes en paille.

Cette belle conduite du régiment dans cette circonstance et l'assaut très brillant qui eut lieu ensuite nous réussirent parfaitement. Non seulement la jeunesse de la ville rendit un assaut aux maîtres, mais elle y ajouta un punch énorme, qui cimenta la bonne intelligence.

DRYANDER

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OhFICIBR SUPERIEUR DU e CHASSEURS (REVOLUTION KT CONSULAT).

a. — S. Gl. et Am.

Ces bons rapports continuèrent pendant le peu de temps que nous passâmes à Caen, et plusieurs jeunes gens de famille, très riches, de cette ville, s'engagèrent au régiment, où non seulement ils fournirent leurs masses, mais s'équipèrent et se montèrent à leurs frais.

C'est ainsi que MM. de Gonneville, de Vomel, d'Infreville et Lethermillier, entrèrent chasseurs au régiment. Le premier est devenu colonel, chargé des remontes à Haguenauen 1830; le deuxième et le troisième ont trouvé une mort glorieuse devant l'ennemi, et le dernier est mort en garnison, colonel d'un régiment de cavalerie légère.

Nous ne restâmes que deux mois à Caen, et lorsque, le I er septembre, nous en partîmes, nous fûmes escortés par la jeunesse à une lieue hors de la ville. Ces jeunes gens nous recommandèrent leurs compatriotes, qui, comme on le voit, ont fait leur chemin.

Le régiment passa par la ville de Bayeux, où Ton coucha le soir. C'est un pays fort réputé par ses belles femmes ; et il faut lui rendre justice : c'est là que sont les plus belles femmes de la Normandie.

Nous continuâmes notre route par Avranches, Coutances, etc. Enfin le régiment arriva à Rennes pour y laisser le dépôt sous les ordres du gros major Castex, qui venait d'arriver au corps.

Cet officier supérieur, qui était parvenu, de simple soldat qu'il était au 24 e chasseurs à cheval, au grade de gros major à notre régiment (ce grade équivalait alors à celui de lieutenant-colonel aujourd'hui), cet officier, dis-je, était fanatique de son état. Il faisait monter les classes à cheval l'hiver dès quatre heures du matin jusqu'à dix heures du soir. Il avait fait placer au manège des lanternes qui donnaient de la lumière

comme en plein jour. Le major y montait lui-même souvent un jeune cheval à lui, qu'il appelait Breton, et qu'il voulait absolument dompter, d'autant plus qu'il était fort bon écuyer. Un jour, le capitaine instructeur lui faisait observer que l'animal ombrageux qu'il montait était effrayé par les lanternes et qu'un malheur pouvait arriver.

« Un major, répondit M. Castex, ne va pas à l'armée \ il doit être tué dans un manège. C'est mourir à son poste que mourir ainsi. »

Il prononçait ces paroles avec un accent gascon qui leur donnait une si singulière expression, que personne ne pouvait retenir un sourire.

La première fois qu'il vit l'ennemi avec le régiment, à la bataille d'Iéna, 14 octobre 1806, il fut fait colonel. Nous verrons plus tard l'action brillante qui lui valut ce grade. A la bataille d'Eylau, le 7 février 1807, il fut fait officier de la Légion d'honneur ; à la bataille de Friedland, il devint commandeur, baron de l'Empire, et fut doté de quatre mille francs ; à la bataille de Wagram, il gagna ses épaulettes de général ; dans la malheureuse campagne de Russie en 1813, il fut fait général de division; en 181 3, il passa avec son grade au régiment des grenadiers à cheval de la Garde, comme gros major ; et enfin, dans la campagne de France, il fut fait grand officier de la Légion d'honneur. Sous la Restauration, il fut nommé vicomte et eut le commandement de la 5 e division militaire, où il resta jusqu'à la Révolution de 1830, à laquelle il ne prit point part. Peu de militaires poussèrent plus loin leur avancement ; mais, certes, aucun ne surpassa en connaissances ^et en bravoure notre intrépide major Castex.

Le I er mai 1804, le major me fit venir chez lui, pour m'annoncer que j'étais fait brigadier, sur la demande du capitaine Lavigne, et que je serais reçu le lendemain, dimanche, à la parade. Il me dit en outre que je ferais partie^ en cette qualité, d'un détachement qui allait rejoindre les escadrons de guerre détachés sur les côtes de l'Océan. Ma compagnie se trouvait à Lannion et servait la correspondance entre cette petite ville et Morlaix.

C'était à Brest que se trouvait le quartier général du maréchal Augereau, commandant en chef de l'armée de l'Océan. Le colonel Marigny, Tétât-major et le premier escadron étaient à Saint-Brieuc ; le reste du régiment était disséminé sur la route de Rennes, pour correspondre avec le major Castex, qui, comme on l'a vu, commandait le dépôt à Rennes.

Le 15 mai, à mon arrivée à Lannion, je fus très bien accueilli, mais je dus payer un dîner, à Thôtel de V Arbre Vert, à mes nouveaux camarades, les brigadiers de la compagnie, pour arroser mes galons. Huit couverts à trois francs par tête me mirent très bien avec mes nouveaux camarades qui me promirent leur amitié et me tinrent parole. Mais je ne tardai pas à m 'apercevoir que mes galons avaient fait des jaloux dans la compagnie.

Un mois après mon arrivée, me trouvant de service, je passais l'inspection dans les chambres. J'aperçus au râtelier d'armes un sabre qui n'était pas dans l'état de propreté voulu: j'en fis le reproche au chasseur Hayer, à qui il appartenait. Il me répondit qu'il n'y avait qu'un « blanc-bec » qui trouvait à redire à un ancien, et que si je voulais essayer mon sabre contre le sien, il me prouverait qu'il était meilleur.

i6 SOUVENIRS DE GLOIRE ET D' AMOUR

A cette provocation inattendue, au lieu de punir le chasseur de quatre jours de salle de police, comme j'aurais dû le faire, j'acceptai le défi, et un quart d'heure après j'étais sur le terrain. Mon adversaire ne se fit pas attendre, et le duel eut lieu aussitôt. Après l'échange de plusieurs coups de sabre, parés de part et d'autre, je me fendis à fond et portai à mon adversaire un coup de pointe- qui traversa sa chemise sous le bras droit. Comme je me retirais pour me remettre en garde, Hayer m'atteignit sur le pied; j'étais en souliers, je reçus au coup de pied une blessure profonde d'où le sang s'échappait en abondance. Je tombai sur le terrain, et quatre chasseurs vinrent me prendre pour me porter à l'hôpital civil de Lannion, desservi par les sœurs de charité.

Ma blessure était fort sérieuse, j'aurais pu subir l'amputation ou devenir boiteux pour la vie. Mon excessive jeunesse et la pureté de mon sang me sauvèrent.

Le chirurgien plaça ma jambe entre deux draps roulés le plus fortement possible, après avoir mis mon pied sur une planche, afin de le redresser et de faciliter la ligature des nerfs et des muscles, si nombreux dans cette partie du pied. Je restai six semaines sur le dos sans bouger.

Lorsque le docteur leva enfin l'appareil, il trouva ma blessure dans le meilleur état possible, il m'assura que je ne boiterais pas ; seulement, il fallait rester à l'hôpital encore un mois. Pour rendre la force aux nerfs du pied, j'allais, tous les jours que le boucher de l'hôpital tuait un bœuf ou une vache, recevoir sur ma blessure le sang que répandait ces animaux. Ce remède que je continuai, même après avoir quitté l'hôpital, me réussit parfaitement.

Mt*SÉE DE L'ARMÉE

l.B GÉNhRAT. CASTEX (I77I-I842)

Ancien colonel du 20* chasseurs

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