‹ Souvenirs de guerre, 1870-1871Chapitre 2 sur 36 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

I Ces souvenirs, parfois très intimes, ont

été écrits en consultant le carnet où je notais, jour par jour, les événements auxquels mon régiment avait pris part ; ils étaient destinés à mes fils.

Si, sur des instances réitérées, je me décide à les publier, c'est avec l'espoir que les lecteurs préféreront peut-être les impressions d'un témoin oculaire, d'un combattant, aux critiques de stratégistes « incompétents ».

Pendant la guerre de 1870, nos généraux se sont souvent plaints de ce que tout le monde « en dehors de l'armée » faisait ' la stratégie; que diraient-ils aujourd'hui

En lisant les nombreux ouvrages n

tifs à cette guerre, n'est-il pas permis de se demander si la stratégie et la tactique ne sont pas innées chez tout Français 1

Non seulement les questions d'art militaire sont tranchées avec la sérénité de l'ignorance, mais les récits tendent trop souvent àflatter la vanité nationale; on dénature l'histoire en transformant notre défaite en légende glorieuse!

Pour que nos enfants puissent profiter de l'expérience si chèrement acquise par leurs pères, il est nécessaire qu'ils sachent toute la vérité, sans réticence, sans exagération.

Il ne faut pas qu'ils puissent oublier les solennels avertissements que nous a donnés la Providence, les maux de l'invasion^ V humiliation de la défaite y la mutilation du territoire.

La connaissance de nos erreurs et de nos fautes n'est-elle pas le plus sûr garant de notre avenir ?

D'un autre côté, comme l'a dit le si regi'etté général Chanzy : a Le souvenir des dévoue-

ments héroïques doit être religieusement conservé, parce qu'il honore le pays, lui rappelle ce qu'est le véritable patriotisme et lui donne espoir pour l'avenir. »

L'armée, Dieu merci, sait que ce n'est ni avec des mots] ni avec des illusions, qu'elle pourra faire revivre les gloires militaires du passé ; elle travaille en silence et se concentre dans son devoir professionnel.

Entourée de respect, elle représente la France en armes pour l'honneur et pour la sécurité de tous.

IN XFIODUGXIOIM

Les responsabilités de la guerre. — Une fausse dépêche. — La déclaration de guerre. — Etat social de la France. — Sa situation politique et militaire. — Situation politique et militaire de la Prusse.

Depuis l'affaire du Luxembourg (1867)^ !a Prusse se préparait activement à la guerre contre la France, qu'elle jugeait indispensable pour réaliser ses ambitieux desseins.

Eq France, tout était à la paix.

(( Nous n'avons de difficultés avec aucune nation; nous avons la paix, nous voulons la paix. » C'est en ces termes que le nouveau ministère avait exposé devant les Chambres sa politique extérieure.

Le 4 juillet, on apprenait subitement que le maréchal Prim avait offert au prince Léopold de Hohenzollem la couronne d'Espagne et que ce dernier l'avait acceptée. L'émotion fut générale et

12 irjTnODUÇTION.

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vive, la prétention de la Prusse étant inadmissible. Une interpellation eut lieu, le 6 juillet, au Corps législatif, et le duc de Graniont, ministre des affaires étrangères, déclara (( que notre respect pour les droits du peuple espagnol ne pouvait nous obliger à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, vînt déranger à notre détriment l'équilibre actuel des forces en Europe et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. »

Quelques jours après cette déclaration, la renonciation du prince Léopold au trône d'Espagne était annoncée; mais le roi de Prusse, en donnant son assentiment à cette renonciation, refusait de prendre aucun engagement pour l'avenir.

Quoique ce refus parût injustifiable, notre désir de conserver la paix était tel que nous ne rompîmes pas les négociations.

Le 14 juillet, une dépêche datée d'Ems, — où se trouvait le roi Guillaume, — annonçait que le roi de Prusse avait notifié, par un aide de camp, à notre ambassadeur, M. Benedetti, qu'il ne le recevrait plus.

II est aujourd'hui prouvé par la correspondance du comte de Roon, ministre de la guerre prussien

ea 1870^ — correspondance publiée en 1891 dans la Deutsche RemWy — que cette dépêche, où les faits étaient dénaturés, fut rédigée à Berlin^ en conseil des ministres, et transmise à toutes les chancelleries de l'Europe, pour surexciter l'opinion publique des deux côtés du Rhin et rendre le conflit inévitable.

Ufi faux commis par M. de Bismarck, tel a été le point de départ d'une guerre, la plus sanglante, la plus meurtrière du siècle (1).

Comme l'avait prévu le cabinet de Berlin, la dépêche d'Ems mit le feu aux poudres; « elle fit en vingt-quatre heures, 'plus que mille trompettes (2) ».

Le vendredi 15 juillet, notre ministre des affaires étrangères vint exposer les faits devant les Chambres; séance tenante, la déclaration de guerre à la Prusse fut votée, et le ministère obtint tous les crédits jugés nécessaires.

(1) Depuis que ces pages sont écrites, M. de Bismarck, cédant à son âpre rancune contre le jeune souverain qui Fa chassé du pouvoir,^ a raconté à un publiciste, M. Maximilien Harden, qu'il avait lui-même falsifié la dépêche d'Ems : il a osé déclarer qu'une telle infamie lui appartenait en propre.

(2) Correspondance du comte de Roon.

La déclaration de guerre fut accueillie à Paris et dans les grandes villes avec un enthousiasme bruyant; la province se montra plus froide, malgré les efforts de la presse pour surexciter le patriotisme.

Quel était, à ce moment solennel, la situation de la France ?

En ne considérant que le progrès matériel, le développement de la richesse publique, on pouvait affirmer que le pays se trouvait dans, une excellente situation ; mais l'amour du bien-être, le luxe avaient introduit dans le corps social de funestes éléments de désorganisation.

Cet état de prospérité matérielle, dont nous étions si fiers, n'était pas contrebalancé par une pratique plus assidue des lois morales : nous avions oublié « qu'un peuple grandit moins en perfectionnant la production des objets nécessaires à ses besoins qu'en s'appliquant à régler ses appétits et à contenir ses passions (1). »

(i) Le Play.

Surpris au milieu de nos jouissances matérielles par la déclaration de guerre, nous ne comprîmes les solennels avertissements que nous donnait la Providence qu'après nos premiers revers, lorsque la patrie en danger fit un appel suprême au dévouement de tous ses enfants.

La situation politique, malgré les résultats du plébiscite, n'était bonne qu'à la surface ; la substitution du régime constitutionnel au régime autoritaire, combattue par les familiers des Tuileries, engendrait de sourds conflits entre le pouvoir personnel et le ministère responsable.

A l'extérieur, la situation de la France, battue en brèche par l'habile diplomatie de M. de Bismarck, se trouvait très compromise ; en mettant de son côté (( les apparences du droit », la Prusse nous avait aliéné la plupart des puissances de l'Europe.

L'Autriche, le Danemark et l'Italie, sur lesquels nous devions pouvoir compter, furent surpris par la déclaration de guerre et irrités de nous voir entamer, sans nous être concertés avec eux, une lutte à laquelle ils n'étaient pas préparés.

La France se trouvait donc sans alliances.

Pouvait-elle, du moins, espérer que son isolement serait compensé par la force de son armée ?

Après les campagnes de Crimée et d'Italie, notre suprématie militaire était incontestée ; mais le coup de foudre de Sadovva nous fit comprendre que la puissance de la Prusse constituait un danger pour notre pays et qu'il était urgent de l'en garantir en réorganisant nos forces militaires.

Le général Trochu, dans son livre V Armée, française en 1867, avait essayé de déchirer le voile de nos illusions en mettant à nu la faiblesse de notre organisation militaire.

Le 1«^ février 1868, une nouvelle loi créant une garde mobile fut votée, mais ne reçut qu'un commencement d'exécution ; cette loi ne constituait cependant qu'une demi-mesure.

En 1870, notre contingent avait été réduit de 10,000 hommes, et le résultat le plus clair du plébiscite avait été de montrer à la Prusse, par le chiffre des votants, la faiblesse de nos effectifs de paix.

Au début des hostilités, nous ne pouvions disposer au maximum que de 300,000 hommes; la garde mobile n'était constituée que sur le papier.

Quant à l'armement, le chassepot était un excellent fusil, supérieur à celui des Prussiens. L'artil— lerie avait également une bonne arme, mais — on

Fa reconnu trop tard — d'une portée insuffisante. Nous possédions des mitrailleuses, fabriquées loin des regards indiscrets, et qui devaient, disait-on, produire des effets redoutables.

Les approvisionnements de toutes sortes, épuisés par la guerre du Mexique, n'avaient pas été suffisamment complétés. Les crédits votés à ce sujet avaient été en grande partie absorbés par la transformation de l'armement.

Aucune modification n'avait été introduite dans l'emplacement des magasins généraux pour que les transports partis des divers points du territoire et dirigés vers les points de concentration de l'armée ne pussent se croiser avec les convois d'hommes, de vivres, de munitions.

Rien n'avait été changé à notre système de mobilisation. Nos dépôts étant presque toujours éloignés de leurs régiments, un grand nombre de réservistes allaient être obligés de traverser une partie de la France pour s'y faire habiller, équiper et armer, et, de là, être dirigés sur la frontière, où se trouvaient réunis les bataillons actifs de leurs corps. Ces marches et contre-marches entraînaient une grande perte de temps ; la mobilisation devait donc se faire avec la plus grande lenteur, ainsi, du

reste, que la concentration, nos troupes n'étant pas endi visionnées dès le temps de paix.

Comment nos chemins de fer auraient-ils pu transporter ainsi à la fois le matériel de toute nature, les réservistes, les forces mobilisées, les isolés, les états-majors, les services administratifs, avec l'ordre et la ponctualité nécessaires pour que la concentration de nos troupes sur la frontière se fît dans des conditions favorables à une prompte entrée en campagne ?

Qui doit, devant l'histoire impartiale, porter la lourde responsabilité d'une situation si défavorable?

Suum cuique.

Le gouvernement, en déclarant que l'agrandis- ^ sèment de la Prusse et la formation de l'Allemagne en trois tronçons étaient des faits avantageux^ ne pouvait pas, sans se contredire, réclamer au pays un concours plus actif au service militaire. Aussi la presse et les députés de l'opposition — les mêmes qui, par une amère ironie du sort, devaient former plus tard le gouvernement de la Défense nationale — s'emparant de cette déclaration, reprochaient au ministre de la guerre de demander au pays des sacrifice^ inutiles et le for-

çaient à des concessions qui ruinaient son système militaire.

Si la situation matérielle de notre armée laissait à désirer, quelle était sa valeur morale ?

Dans les dernières années qui précédèrent la guerre, l'opinion publique semblait prendre à tâche de démoraliser l'armée par le peu de considération dont elle l'entourait.

Les classes riches se désintéressaient des choses militaires et détournaient leurs enfants du métier des armes. La grande majorité de la nation considérait l'armée comme une réunion de mercenaires, comme une gendarmerie où l'on était payé pour se faire tuer à la 'place des autres. Le journalisme et la littérature dramatique ridiculisaient le soldat. Tout le monde désertait l'armée; on rachetait ses fils et l'Etat comblait les vides produits par l'exonération au moyen de la funeste institution du remplacement.

Le personnel des officiers se ressentait de l'état social du pays.

« Les hommes de guerre ne peuvent se soustraire à l'influence du milieu social, et ils doivent recevoir, dans une certaine mesure, le contrecoup de la corruption qui l'envahit. Ils subissent à

la longue cette corruption ; mais ils ne la provoquent pas (l). »

Le développement des ambitions personnelles^ le favoritisme avaient amoindri le sentiment du devoir. Après les succès de la campagne d'Italie, « malgré les fautes commises », l'inutilité du travail n'avait été que trop préconisée; les quelques oflSciers qui se livraient à des travaux militaires en retiraient plus d'ennuis que de profit ; on plaisantait ceux qui parlaient de l'organisation militaire de la Prusse. « Bah! disait-on, on se débrouillera toujours ! »

L'élan, l'intelligence de nos soldats ne devaient-ils pas suflBre pour vaincre une armée qu'on assimilait presque à une « garde nationale »?

Quant à l'instruction pratique, elle consistait à manœuvrer sur le terrain d'exercice de la garnison, à exécuter des mouvements de parade; la préparation à la guerre, surtout dans la cavalerie, était presque nulle (2); les manœuvres mêmes du

(1) Le Play.

(2) On a dit avec juste raison que, pendant la guerre, la cavalerie fut souvent pour l'armée un embarras : « au lieu de lui fournir des éclaireurs, ell£ lui demanda des gardiens 1 >

du camp de Châlons n'étaient qu'un procédé d'instruction défectueux : tout était sacrifié à l'effet décoratif, (( au panorama » .

Les fantasias d'Afrique, les aventures du Mexique avaient fait perdre de vue les principes de la grande guerre : l'instruction militaire supérieure d'un grand nombre d'officiers généraux était in~ complète.

Le personnel des officiers subalternes était le meilleur élément de l'armée ; les pertes considérables qu'il a subies témoignent qu'il a fait tout son devoir. L'ennemi lui a rendu justice en déclarant (( que les cadres inférieurs des officiers de Tarmée française avaient fait preuve d'une grande solidité et avaient été constamment à la hauteur de leurs fonctions ))(!). Si, malgré l'infériorité de notre artillerie, les pertes subies par l'ennemi pendant la première partie de la guerre ont été aussi fortes, il faut l'attribuer à ces officiers, qui, payant de leurs personnes, entraînaient les soldats dans une vigoureuse offensive et réparaient ainsi les fautes commises par le haut commandement^ qui préconisait une tactique défensive.

(1) Maréchal de Moltke.

Après Sadowa^ les Observations sur Vinslruction sommaire 'pour les combats, que notre ministre de la guerre (maréchal Niel) fit paraître, avaient contribué à corroborer l'opinion d'après laquelle^ par suite de la prépondérance du feu, l'attaque directe présentait des difficultés insurmontables. Ce document contenait cette affirmation : <(Aujourd'hui surtout, avec les armes nouvelles, l'avantage appartient à la défense », affirmation contraire aux principes primordiaux de la tactique, affirmation anti- française pourrais-je dire, qui paralysait l'élan de nos soldats, nous faisait rompre avec les traditions d'offensive, d'attaque de vive force, auxquelles nous avions dû tant de succès, et laissait à l'ennemi les moyens et le temps d'exécuter toutes ses combinaisons stratégiques et tactiques.

Le maréchal Niel possédait d'éminentes qualités; mais, sortant du génie, il avait, si je puis m'exprimer ainsi, ce les défauts de ses qualités ». Les officiers du génie ont foi dans leur œuvre ; ils sont naturellement portés à considérer les fortifications, de quelque nature qu'elles soient, comme le meilleur rempart contre l'invasion et les attaques de l'ennemi ; de là à préconiser une tactique défen-

INTRODUCTION. 2â

sive, il n'y a qu'un pas, et ce pas a malheureusement été franchi en 1870.

Au maréchal Niel, j'opposerai le maréchal Bugeaud.

« L'offensive est le caractère essentiel qu'il convient de donner à toute guerre ; elle exalte le courage des soldats ; elle déroute l'adversaire, lui ôte son initiative et l'amoindrit dans ses moyens. N'adoptez la défensive que s'il vous est impossible de faire autrement. »

L'infériorité de la défensive sur l'offensive tient et tiendra toujours à ce que les troupes de la défense sont, en quelque sorte, liées à leurs positions.

Pour triompher, la défensive doit vaincre sur tout son front de bataille ; elle agit sur un terrain préparé par elle et dont toutes les parties sont solidaires. Mais elle n'a que des doutes sur le point^ le moment et la force de l'attaque.

L'assaillant a la liberté de ses mouvements ; il engage l'action à son heure et seulement quand il a recueilli sur l'adversaire tous les renseignements nécessaires.

Certes, devant un assaillant en faute, ou trop timide, le défenseur peut sortir de son rôle et passer de la défensive à l'offensive, — c'est même re-

commaadé par les règlements ; — mais les difficultés de rexécution sont considérables^ et le défenseur perd le bénéfice d'une position laborieusement et soigneusement organisée.

Les progrès de l'armement ne peuvent modifier la tactique, qui se résume toujours dans l'antique formule : (( Ote-toî de là que je m'y mette ! » C'est l'infanterie qui doit, avec une énergie sanglante, donner le dernier coup de boutoir aux récalcitrants, prendre leur place et la garder ; ce rôle lui appartient par droit de naissance, et c'est précisément pour ce motif qu'elle est et restera la « reine des batailles ».

Quanta l'artillerie, elle doit préparer et appuyer l'attaque de l'infanterie; ce rôle, notre artillerie ne pouvait le remplir complètement, par suite de l'infériorité de son matériel.

L'effet produit en Allemagne par la déclaration de guerre eut un caractère sombre et résolu. Tous les moyens furent employés pour mettre en fureur l'opinion publique. C'est ainsi que la mobilisation des turcos et des zouaves fut présentée comme une

menace de pillage^ d'incendie et de mort pour la population .

Nous savons aujourd'hui de quel côté furent Tagression brutale, les appétits sanguinaires et le génie de la destruction.

Depuis la guerre de 1866, la Prusse cherchait un prétexte pour violer les derniers traités et constituer, à son profit, l'unité de l'Allemagne ; mais, pour accomplir cet acte sans inquiéter l'Europe, une guerre avec la France était nécessaire. Par un espionnage en permanence sur une vaste échelle, elle connaissait notre faiblesse et sentait que le moment de la lutte si longtemps désirée était venu. Son chancelier, M. de Bismarck, qui à de grands talents unissait une absence complète de principes et de sens moral, exploita avec perfidie la déclaration de guerre. Il joua habilement du spectre de la France armée, brutalement agressive, prête à annexer la Belgique et une partie du territoire allemand.

L'effet prévu ne se fit pas attendre. Les Etats du Sud de l'Allemagne firent cause commune avec la Confédération du Nord, et, le 18 juillet, un ordre royal faisait connaître la composition des armées allemandes, placées sous le commandement

en chef du roi de Prusse, avec le général de Mollke comme chef de Tétat-major général.

L'effectif des trois armées allemandes, au début de la campagne, était de 540,000 hommes; à la fin d'août, par suite de la constitution de deux nouveaux corps d'armée, cet effectif était porté à 600,000 hommes, tandis que le nôtre ne dépassait pas encore 270,000 hommes.

Par suite du système régional adopté en Allemagne, les réservistes se trouvaient à proximité des bataillons de guerre et des magasins de dépôts de leurs régiments; Ja mobilisation devait donc se faire avec rapidité. En outre, les corps d'armée, étant tout formés dès le temps de paix, étaient prêts, aussitôt la mobilisation terminée, à se porter bien constitués au point de concentration de l'armée dont ils faisaient partie. La campagne de 1866 avait montré la supériorité de cette organisation militaire permanente; on pouvait se rendre compte que les Allemands seraient prêts à entrer en ligne vingt à vingt-deux jours après l'ordre de mobilisation et que, par suite, nous serions obligés de leur laisser l'avantage de l'initiative stratégique.

L'armée allemande possédait encore d'autres élé-

ments de supériorité, tels que l'organisation, dès le temps de paix, du grand état-major, des sections de télégraphié et de chemins de fer, un meilleur matériel d'artillerie, enfin une cavalerie plus nombreuse et surtout mieux exercée. Aussi le maréchal de Molkte a pu dire sans trop de présomption : c( Les Français étaient battus avant que le premier coup de canon fût tiré. »

SOUVENIRS DE fiUEKRE

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