L ALSACE-LORRAINE
La paix de Francfort, en 1871, rendit à la mère-patrie l'Alsace-Lorraine avec sa population qui comptait plus de 82 p. 100 d'Allemands. Cette décision englobait des territoires français limitrophes du sud de Metz. La possession de Metz provoqua de longs conflits : Bismarck dut céder devant Moltke, qui obtint l'incorporation à l'Allemagne de cette place forte. De la sorte, un territoire de langue française se trouvait annexé, et Bismarck a dit alors que cette annexion était le talon d'Achille du nouvel Empire allemand. Cette blessure ne se ferma pas parce que la politique allemande ne réussit pas, durant plus de quarante ans, à tenir compte des vœux de la population de ce nouveau domaine. Pendant presque 50 ans, l'Allemagne n'est point parvenue à résoudre la question d'Alsace-Lorraine. Elle a laissé le pays dans l'état provisoire d'une « Terre d'Empire ». Pendant près de trente ans, elle y a gouverné à l'aide du paragraphe de dictature, et elle a misl'Alsace- Lorraine dans une situation juridique qui ne se distinguait pas essentiellement de celle des colonies allemandes. La politique prusso-allemande dans le Reichsland a abouti dès avant la guerre à une débâcle complète, dont le signal fut l'affaire de Saverne, en 1913, le conflit déclaré entre la dictature militaire et le pouvoir civil et la défaite de ce dernier. La guerre elle-même et les négociations au sujet du sort futur de l'Alsace-Lorraine ont anéanti le dernier
reste de sympathie qu'on pouvait y conserver pour la politique berlinoise, bien que la masse de la population eût des sentiments allemands et voulût rester allemande.
Les opinions au sujet de la constitution de l'Alsace-Lorraine entrèrent en collision dès l'année 1871. Le 21 mai de cette année-là, Treitschke regrettait que l'Alsace- Lorraine ne fût pas incorporée dans l'Etat prussien. On ne pouvait — disait-il — confier la tâche de faire entrer dans la nation allemande ces éléments, qu'on avait laissés s'en séparer, qu'à des mains éprouvées, c'est-à-dire à la vieille glorieuse Prusse. Le député du Centre, Reichensperger, exigea, le 2 mai 1871, pour les nouveaux domaines allemands « une Constitution qui ne sera pas seulement un avantage pour nous, pour la vieille Allemagne, mais qui apportera une profonde satisfaction à ces frères de race que nous venons de faire rentrer dans notre communauté ». Le leader du Centre, Windthorst, a appelé, le 20 mai 1871, le Reischsland « une grandeur indéfinissable etindéfinie », et il voulait créer, pour une courte durée, un organisme provisoire qui se transformerait ensuite en un Etat allemand autonome. Il disait :
« J’estime que cet organisme provisoire est particulièrement désirable parce que, si l’on ne veut pas consulter la population d’Alsace-Lorraine sur la question tlè sa séparation d’avec la France, il serait de stricte justice de donner du moins à la population l’occasion d’exprimer elle-même ce qu’elle veut devenir au sein du Reich allemand. Ce ne serait que justice de consulter également la population au sujet de sa propre Constitution. Mes sentiments les plus intimes se révoltent à la pensée que l’on s’apprête à statuer sur l’avenir de plus d’un million et demi d’hommes, qui comptent parmi les plus avancés d’Europe, sans les avoir entendus. »
A cette époque, l'Alsace-Lorraine n'était pas encore représentée au Reichstag. Windthorst s'éleva contre la nomination de fonctionnaires prussiens dans le Reichsland. 11 souhaitait qu'on n'y appelât que le moins possible de fonctionnaires de provenance vieille-allemande. Au besoin, on pourrait en faire venir de l'Allemagne du Sud,