‹ Souvenirs de guerre de M. ErzbergerChapitre 16 sur 39 · L’ALSACE-LORRAINE · texte numérisé non relu

L’ALSACE-LORRAINE

pays partageaient ce vœu. Si Ton voulait morceler l'Alsace-Lorraine contre la volonté du peuple, alors <( nous prions le gouvernement bavarois d'agir pour que l'Alsace ne soit pas du moins coupée en deux, mais qu'elle passe tout entière aux mains des Bavarois. Nous nous opposerions de toutes nos forces à une incorporation à la Prusse ». Le comte Hertling répondit qu'on avait, il est vrai, parlé en petit comité du démembrement, mais que le Bundesrat ne s'était pas encore occupé de la question. 11 rendrait compte au roi de Bavière de cet entretien et se mettrait à nouveau en rapport avec les députés quand le moment serait venu. Cette conversation donna lieu à maintes fausses nouvelles. Le bruit courut que la population alsacienne avait, par l'organe de ses députés, demandé à être réunie à la Bavière. C'est pourquoi il y eut un temps où je favorisai ces tendances. Cette conception se trouva fortifiée par un mémoire de professeur Ehrhard, de Strasbourg. Il disait dans ses conclusions qu'il fallait dissoudre le Reichsland et réunir l'Alsace avec un Etat de la vieille Allemagne. Séparer la Lorraine de l'Alsace serait — disait-il — une opération sans douleur. La réunion de la Lorraine avec la Prusse répondait à ses intérêts bien compris. Mais une scission de l'Alsace en deux ou trois parcelles à peu près égales aurait les conséquences les plus fatales. Seule la Bavière pouvait annexer l'Alsace tout entière à cause des affinités ethniques avec l'Allemagne du Sud et de la possibilité de gagner ainsi l’esprit des Alsaciens. Il fallait aussi songer à l'analogie de la situation politique en Bavière et en Alsace, au droit électoral démocratique dont jouissaient les deux pays, tandis que la Prusse avait encore le droit électoral à trois classes. En outre, ces deux pays étaient surtout des pays agraires, où dominaient la moyenne et la petite propriété. Les analogies confessionnelles entre la Bavière et l'Alsace étaient particulièrement importantes. La France supporterait plus facilement la réunion de l'Alsace avec la Bavière qu'avec la Prusse. La division du Reichsland, partagée entre la Prusse et la Bavière, la suppression d'un organisme sans finalité interne et dangereux au point de vue

extérieur apportaient une solution conciliante de la question internationale que T Alsace-Lorraine était devenue depuis 1871 ». Le conflit entre les Etats confédérés allemands et les princes prit une grande acuité. Le ministreprésident wurtembergeois Wissacker me déclara souvent « qu'on” ne partagerait le Reichsland qu'en passant sur son cadavre; la Bavière n'aurait point l'Alsace; il préférerait que la Prusse empochât le Reichsland tout entier ». Le roi du Wurtemberg, lors d'une visite qu'il fit à Metz, s'éleva contre les espérances bavaroises. Il dit : « Cet os là ne sera la proie de personne ». La Saxe et la Bavière protestaient contre un agrandissement du plus puissant des États confédérés. Le Duché de Bade eut d'abord une attitude indilîérente et expectative. A Garlsruhe, le vent tourna plusieurs fois : un jour, on voulait accepter un morceau d'Alsace, un autre jour on refusait tout. Des considérations confessionnelles jouaient un rôle important, car l'annexion de la Haute-Alsace aurait renforcé la majorité catholique du Duché de Bade. Un plan directeur faisait défaut dans cette question aussi importante au point de vue intérieur qu'à celui de la conclusion de la paix. Au début de juin 1917, je dis au ministre-président de Bavière que le moment était venu de prendre une décision en partageant le pays entre la Prusse et la Bavière. Je faisais observer que l'Alsace-Lorraine devenait de plus en plus un objet essentiel des discussions internationales. Etant donné l'état d’inachèvement politique où restait le Reichsland, nos adversaires exigeraient certainement le plébiscite. 11 fallait donc régler la question avant la conclusion de la paix. Le Chancelier inclinait à cette conception. Au milieu de juin, on devait la discuter au Grand Quartier Général. « L'avenir de l'Alsace-Lorraine » était la question inscrite en tête de l'ordre du jour. Mais elle ne fut point discutée parce que « des personnages de la plus haute qualité avaient pris des arrangements, de sorte que les ministères et les bureaux n'étaient plus compétents ». Or, l'Empereur et le roi de Bavière n'ont point pris de tels engagements. Une réunion provoquée dans ce dessein eut pour seul résultat d'augmenter l'irritation de la Cour

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