‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 1 sur 53 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les Souvenirs de guerre du général Pougct, mon père, n9ont pas été écrits en vue de (a publicité, mais uniquement pour laisser à ses enfants le récit des événements de sa vie militaire qui devaient, naturellement, les intéresser. La simplicité de cette narration, sa sincérité absolue sans aucune amplification de fantaisie, en constituent le principal mérite. Mon père, quand il était au milieu des siens ou d'un cercle d'amis, ne parlait jamais de ses campagnes, à moins qu'un incident de conversation ne lui en rappelât quelque épisode, qu'il racontait alors avec entrain, gaieté ou émotion, selon ce qu'il avait à dire. Le grand amour qu'il ressentait pour son pays, son Empereur et son régiment, son cher 26e d'infanterie légère, donnait à ces récils un singulier relief et les rendait bien attachants. Ses grands

H PKKFACE

principes étaient : la justice absolue rendue à chacun et la plus stricte équité, sans écouter la voix de ses préférences ou de ses antipathies. Quand un de ses officiers avait mérité quelque récompense, il ne craignait pas d'aborder l'Empereur pour la solliciter, avec récidive si c'était nécessaire, s'oubliant pour eux dans les grandes comme dans les petites circonstances, et plus heureux qu'eux quand il avait réussi. Pour lui, ma mère m'a souvent répété qu'il était toujours étonné lorsqu'il recevait quelque laveur après des combats héroïques, où son 20e avait fait des merveilles sous les yeux de l'Empereur, qui caractérisait ainsi lui-même les prodiges de valeur accomplis par ses braves. S'il aimait ses soldats, ceux-ci le lui rendaient bien et ont gardé longtemps le souvenir du colonel dont l'intrépidité savait si bien soutenir la leur sur les champs de bataille.

Mon père avait quarante-quatre ans quand son épée fut brisée et aussi son cœur, à la chute de l'Empire, car il avait un culte pour l'Empereur, et les malheurs de la France l'ont laissé inconsolable.

Retiré dans ses foyers, il écrivit, d'après les notes soigneusement recueillies par lui au cours de ses campagnes, les souvenirs de guerre toujours présents à sa mémoire. Dans la mélan-

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colie des heures lentes d.e s;» vieillesse, le silence parlait en lui et il revoyait, connue dans un mirage, les grands el terribles jours des batailles, la silhouette de son Empereur projetant sur le monde les rayons éblouissants d'une gloire immortelle, payée trop cher, hélas! par la France! Mon père avait un caractère aimable, une politesse et une urbanité remarquables. Il avait le respect des choses et, par tradition de Camille, le sentiment religieux dans le cœur, (le sentiment s'est manifesté surtout quand il a quitté ce monde, laissant aux siens un grand exemple dans sa mort comme dans sa vie. Heureux ceux qui transmettent un tel héritage et ceux qui le reçoivent, s'ils s'en montrent dignes!

DE BOISDEFFRE Xkk POUCET.

GÉNÉRAL Baron POUGET

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