‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 2 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Aies origines. — Les premières années de ma jeunesse. — Mon entrée au service. — Je reçois le baptême du feu. — Siège de Thionville. — Combat de Triebstadt. — Siège de Luxembourg. — Mon mariage. — Interruption momentanée de ma carrière.

Je commencerai par quelques particularités relatives à mon enfance; elles sont peu intéressantes sans doute, mais mes fils aimeront peut-être à connaître leur père dès ses premiers pas. Je leur promets que tout ici sera de la plus exacte vérité.

Je suis né le 28 juillet 1767, à Craon, nom d'un bourg lorrain connu depuis la révolution de 1789 sous le nom d'Haroué, chef-lieu de canton, arrondissement de Nancy, département de la BJeurthe. Mon père était docteur en médecine et en chirurgie; il accompagna en cette qualité II. le prince de Craon à Florence, à

l'époque où ce seigneur fut prendre le gouvernement de Toscane en qualité de vice-roi. .l'ignore combien de temps le prince a résidé dans cette capitale, mais il y était de 1741 à 1745. A son retour en Lorraine, mon père fut nommé par S. M. Stanislas Leczinski, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, son médecinchirurgien honoraire. J'eus le malheur de le perdre en 1776, j'étais à peine âgé de neuf ans. J'ai toujours ignoré ses projets sur moi. Il était né au bourg du Pouzet, province de Périgord. A peine me rappelai-je ses traits, mais je me souviens de beaucoup de particularités de mon enfance qui témoignent de l'amour qu'il avait pour moi. J'étais son fils aîné; j'avais une sœur plus âgée que moi de dix-huit mois et un frère qui n'avait que deux ans. Nous avons appris à connaître plus tard la perte immense que nous avions faite; nous restâmes abandonnés à une mère, femme excellente, mais sans expérience et qui avait grand besoin d'un guide et d'un conseil tant pour ses intérêts que pour les nôtres. Elle songea donc à se remarier et accueillit la recherche d'un avocat qui exerçait près le tribunal de la prévôté, bailliage de Craon, homme de beaucoup d'esprit et d'une grande érudition. Je ne vis pas cette union, parce que j'étais alors en échange dans une petite ville d'Alsace nommée Andlau, département du Bas-Rhin, pour y apprendre l'allemand et continuer l'étude du iatin dont j'avais reçu les premiers principes. L'usage de ces échanges était alors assez commun. Je fus conduit chez un ancien lieutenant-colonel du régiment Royal-allemand cavalerie, et uu de ses fils vint me rem-

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placer chez ma mère. Je ne restai qu'e huit mois en Alsace, OÙ mon beau-père vint me rechercher pour

devenir lui-même mon professeur, ce dont il étail fort capable. Je restai quatre ans sons sa férule, où je lis peu de progrès; il était extrêmement bourru, m'intimidait et me maltraitait souvent; ses emportements avaient surtout pour cause mon défaut de mémoire; j'avais cependant l'envie de bien faire, car je passais souvent une partie des nuits à étudier et à Taire mes devoirs. Ce furent peines perdues; je ne devins qu'un fort quatrième. Je passais les jours de congé avec les jeunes gens de mon âge; je leur ai souvent dit qu'un jour viendrait où je tenterais la fortune et le hasard. Les mauvais traitements de mon beau-père me dégoûtèrent promptement de la maison paternelle. A l'âge de quinze ans, il me mit en pension à Nancy pour me faire suivre le barreau, auquel il me destinait.

Je continuais mes études depuis plusieurs années, lorsque enfin l'aurore d'une grande révolution se leva : j'en suivis les phases avec anxiété; tout marchait à grands pas. La garde nationale fut appelée en aide aux représentants de la nation; je fus nommé sergent de celle de Craon et, pour prouver à mes concitoyens que j'étais digne de leur choix, je m'exerçai avec ardeur au maniement des armes et à la marche cadencée. J'avais pour instructeur un caporal du régiment de Rouergue qui fut content de mes progrès. Mes jeunes concitoyens étaient aussi zélés que moi; personne ne manquait à l'exercice. Ils furent bientôt en état de paraître sous les armes et de marcher convenablement.

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