SOU V EX 1RS DE GUERRE
qu'elle remit à l'officier, lequel, me reconnaissant, ne fut pas moins surpris que sou camarade; je remarquai cela au jeu de sa physionomie, et j'en fus convaincu lorsque, nous remettant nos passeports, il me serra les doigts en me disant : a Vous pouvez continuer, messieurs. » Je le saluai d'un air satisfait : nous nous étions compris. Au reste, je n'avais d'autre inquiétude que celle d'être arrêté quelques instants et traîné d'Hérode à Pilate sans craindre leurs jugements. Certes, les braves négociants qui voulaient me recevoir chez eux lors des événements de Marseille se seraient portés caution pour moi, mais j'ai beaucoup préféré que les choses se passassent ainsi.
Il me tardait d'atteindre la Drôme, où l'esprit était tout autre que dans l'Avignonnais et la Provence; je voyageais nuit et jour, payant bien les guides, et nous étions pourvus de vivres pour n'avoir pas à descendre et à nous arrêter. Nous arrivâmes de nuit à Avignon ; on nous retint quelque temps au relais; je n'avais plus de valet de chambre, celui que j'avais emmené de Nancy et qui sortait de chez M. Mique, préfet de la Restauration, était plus royaliste que son ancien maître. Lorsque je reconnus ses sentiments, qu'il ne prenait plus la peine de dissimuler depuis la bataille de Waterloo, je le chassai à l'instant et le laissai sur le pavé de Marseille sans m'inquiéter de ce qu'il pourrait devenir.
Nous venions de relayer dans un village au delà d'Orange et nous en étious à peine sortis que je vis le cheval du postillon faire un écart en refusant de passer outre. Il faisait un clair de lune superbe ; je demandai
au postillon ce qui arrivait; il me (il signe avec son fouet, et je vis un corps étendu sur la roule. Le cheval fini f par passer; je demandai au postillon ce qu'il pensait de cette rencontre : il me dit qu'il était probable que cet homme avait élé tué depuis pou de temps. Ce fut la soûle rencontre caractéristique que je lis pondant mon voyage.