‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 102 sur 122 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dans son entreprise, et se noya de désespoir comme Beaulieu.

Etienne, membre de l'Institut , quoique occupant de hauts emplois, a fait de nombreuses pièces de théâtre qui obtinrent du succès. Brueis et Paloprat , GuUslan f Une heure de mariage , Un jour à Paris, Cendrillon, Joconde, Jeannol et Colin, le Rossignol, la Jeune femme colère, les Plaideurs sans procès, l'Intrigante , qui fut défendue par le gouvernement impérial, et les Deux gendres, son chef-d'œuvre. J'ai imprimé pour la défense de cette pièce une petite brochure d'Hoffmann , afin de fortifier ces pièces contre les attaques de tous les gringalets de la littérature. La jalousie seule cherchait à dénigrer et l'auteur et la pièce, parce qu'on voulut lui faire avouer qu'il connaissait Conaxa. Parmi ces aboyeurs,se trouvait un certain Lebrun-Tossa , pauvre auteur (je sais ce qu'en vaut l'aune) a qui j'eus la simplicité d'acheter, sans l'avoir vue , la Folie de Georges, donnée à la Cité. Je crois qu'un auteur n'est pas obligé de rendre compte au public où il a puisé son sujet, s'il a fait un bon ouvr'age ; riron aussi connaissait Conaxa en faisant ses Fils ingrats; néanmoins l'ouvrage de l'auteur

de la Métroinanie était mauvais ; on ne s'en est pas occupé , et on voulait dénigrer l'ouvrage de M. Etienne, un des meilleurs de nos temps modernes. Pigault-Lebrun citait quatre bons ouvrages depuis un demi-siècle , et il mettait les Deux gendres en tête J'ai eu l'honneur d'être lié d'intérêts et d'amitié avec Etienne, et je n'ai eu qu'à me louer de ses procédés. C'est un grand malheur pour la littérature que son temps ait été employé ailleurs ; j'ai dit à un jeune auteur qu'il devrait bien ne s'occuper que de pièces de théâtre ; il aurait pu me répondre : Vous êtes orfèvre, monsieur Josse.

Belloy (Du), né à Saint-Flour le 17 novembre 17:27, mourut le 5 mars 1775 ; sa tragédie du Siège de Calais obtint un succès de vogue, madame Duchesne en vendit trente mille dans un mois; il y avait une queue depuis sa boutique, qui était rue Saint-Jacques, près la place Cambrai, jusqu'à la rue des Noyers. Cette tragédie en cinq actes valait trente sous; aussi les manuscrits les plus chers se vendaient alors aux libraires six à douze cents francs. Aujourd'hui une pièce en cinq actes est vendue six à treize mille francs, et le public, qui doit

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