‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 101 sur 122 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ressemblait à la personne que je croyais morte. Il tourna à droite, et je le reconnus : c'était

M. Ravaux; un frisson me prit Je ne puis

écrire ce que j'éprouvai ; je crois avoir dit ma position à Volnys. A la fin de la cérémonie, M. Ravaux passa sur le bas-côté ; j'allai le rejoindre, et lui rendis compte de ce que j'avais éprouvé et de ce que j'éprouvais encore en lui parlant. Je le reconduisis peu loin de sa porte, toujours ému. Avant de me quitter, il me dit, en me montrant la place : « Yous m'avez fait là une grande sottise qui m'a fait bien de la peine! — Que vous êtes bon , M. Ravaux ! vous en oubliez quarante-neuf. » Il me répondit en riant : «Vous êtes un fou ! » Il avait été vérificateur des hospices civils de Paris, celui de Yigier (des bains) et de beaucoup d'autres personnes. Sous la république , il réglait les mémoires pour le gouvernement d'alors ; je lui faisais des reproches sur le soin minutieux qu'il mettait à régler ces travaux ; il me répondait : « Le gouvernement ou un particulier, c'est la même chose pour moi ; ma conscience me fait un devoir d'être honnête homme. » Il travaillait seize heures par jour avec talent ; j'ai le bonheur d'ê-

tre son ami depuis un demi-siècle. Nous nous sommes donné notre parole de F.*. M.*, que celui qui aurait besoin de l'autre irait le trouver et aurait droit de dire ce qu'il voudrait. On m'a quelquefois conseillé d'essayer-, je suis tellement sûr de lui que je n'oserais le faire; je croirais insulter un brave homme et commettre un crime à son égard : telle est ma pensée.

C'est à la Comédie-Italienne-Favart qu'on a joué les pièces de Marivaux, de Desforges, les Tom Jones, la Femme jalouse, le Mort supposé et les Étourdis du bon Andrieux. Il y avait dans les pièces de Marivaux des arlequins qu'on a changés en valets. La Comédie-Française était trop riche de son répertoire et de ses excellents acteurs : Lekain, Bellecourt, Mole, Larive, Préville, etc.. Aujourd'hui on joue, et on jouera toujours les Fausses confidences , les Jeux de l'amour et du hasard, la Femme jalouse et la jolie comédie d' Andrieux. L'Opéra-Comique possédait aussi quelques acteurs de talent : Clairval, qui jouissait d'une grande réputation ; madame Dugazon; Michu, qui prit la direction de Rouen, après avoir joué les amoureux jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans à Paris j il ne réussit pas

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