‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 104 sur 122 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Auteurs anciens. — Racine. — Bièvre. — Molière. — Legouvé, etc.

Racine naquit à la Ferté-Milon et mourut à l'âge de soixante ans. Nous parlerons peu de ses immortels ouvrages ; tout le monde les connaît. Voltaire appelait Iphigénie en Atilide le chef-d'œuvre du théâtre, et Athaiie le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Il éprouva un vérita])le dépit d'avoir vu le succès des coteries de la Phèdre de Pradon et la chute de la sienne ; aussi resta-t il douze ans sans vouloir écrire. De combien de chefs-d'œuvre ces misérables cabaleui^ ne nous ont-ils pas privés? Louis XIV lui ayant demandé une pièce pour être jouée par les filles

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nobles et pauvres de Saint-Cyr, il fit Esilier, qu'il nommait un amusement d'enfants, et le roi lui commanda encore Aihalie , qui mit le sceau à sa réputation. Sa brillante carrière ne fut pas sans amertume ; son cœur était sensible, et les tourments qu'il éprouva de la part de Louis XIY lui-même le conduisirent au tombeau.

On lui a élevé une statue dans sa ville natale sur un emplacement très vilain, à côté de la rivière del'Ourcq, vis-à-vis le meunier Campeau, qui, avec M. le maire Chartier, a vivement sollicité les comédiens français de tenir la parole qu'ils avaient donnée en 1830 et qu'ils ne tinrent qu'en 1839. L'aimable M. de Sade, député, a obtenu mille francs pour l'embellissement de la place. Je m'en étais mêlé avant lui, car j'écrivais à cette époque à M. Védel, commissaire général de la Comédie-Française, qu'il était ridicule de faire attendre aussi longtemps pour embellir un peu la place où reposait leur père nourricier; je disais même dans ma lettre que si les journalistes apprenaient cette lésinerie, il les tympaniseraient, mais que j'étais trop leur ami pour en parler. J'avais de-

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mandé à plusieurs artistes s'ils joueraient dans une représentatiou à bénéfice, et tous avaient répondu affirmativement.

Il faut le dire, jamais on ne s'adresse en vain aux acteurs, danseurs ou musiciens. La copie de ma lettre à M. Védel est entre les mains de mon ami le meunier. Tout faquin qu'il est, il a mis beaucoup de zèle , ainsi que son digne maire. Comme il faut être juste et vrai, les comédiens français ont été malheureux pendant plusieurs années. Quelques-uns dont je suis l'ami, entre autres Firmin, Desmousseaux et Joanni, à qui j'en avais parlé, se montrèrent pleins de bonne volonté. Individuellement les artistes sont d'excellentes gens, mais en société c'est une vraie république. Je parlerai à la hâte de mon brave et digne ami Yalville, le père de mademoiselle Mars. Lorsque je vais voir les amis de mon village, je ne passe jamais devant la statue de Racine sans ôter mon chapeau, et je croirais commettre un crime si je ne le faisais.

Le Répertoire de la liilérature, trente-un volumes in-8°, est un excellent ouvrage; on y remarque une vraie nomenclature de tous les

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