CHAPITRE XVI
liommes qui ont résolu de nombreux doutes, (liions ici le jugement que porte la Harpe sur nos deux sublimes tragiques :
Corneille doit avoir "pour lui la voix de son siècle dont il était le créateur;
liacine doit avoir celle de ta postérité dont il est à jamais le modèle.
Je pense cent fois comme la Harpe.
Abauzit (Firmin), né à Uzès, en 1679, de parents protestants, mort en 1767 à quatre-vingthuit ans, vécut à Genève où sa famille s'était réfugiée à la révocation de redit de Nantes. Abauzit cultiva toutes les sciences, parcourut les principaux pays de l'Europe et se lia avec les savants les plus illustres de son temps, tels que Bayle, Jurieu, Newton. Il ne se fit pas moins estimer par ses vertus que par ses connaissances, et passa pour un sage. La ville de Genève le nomma son bibliothécaire et lui conféra spontanément le droit de bourgeoisie. On a publié à Genève, 1770, et à Londres, 1775, en trois vclumes in-8% ses œuvres diverses, qui se composent de morceaux d'histoire, de critique et de théologie. On y remarque deux écrits, Tun^î^r la connaissance du Cirlsty l'autre sur l'honneur qui
lui est dû, qui paraissent avoir inspiré à l'auteur de VËmile la profession de foi du vicaire savoyard. Rousseau compare Abauzit à Socrate.
Abbadie (Jacques) , célèbre moraliste et ministre calviniste, né à Nay, dans le Béarn, 1657, mort à Sainte-Mary-le-Bone, une des paroisses de Londres, en 1727. Newton, en lui envoyant son Commercîum epislolîciim, lui écrivait : « Vous êtes bien difjne de décider entre Leibnilz et moi. » Il passait pour ne s'être jamais mis en colère. Une vieille domestique qu'il avait depuis trente ans fut gagnée pour essayer si elle pourrait y réussir. Pendant trois jours, elle ne fit pas son lit : « Yous n' avez-pas encore fait mon lit, dit le philosophe: il paraît que cela vous fatigue trop; mais il n'y a pas grand mal, car je commence à m'y habituer. » Elle se jeta à ses pieds et lui avoua tout. Ce trait figurerait très bien dans la vie de Socrate.
Addison (Joseph). Un grand homme, soit prince ou homme de guerre, appelé à gouverner les hommes, sait gagner des batailles ; toute la gloire lui en revient. Cependant elle n'est pas l'ouvrage de lui seul ; elle appartient aussi à son armée. Si c'est par ses bienfaits, par sa bonté, la gloire appartient à lui seul.
CUAPITItE X\I. 247
Alfieri (Victor), né à Asti en Piémont, 17/i9, mort à Florence en 1803, à l'âge de cinquantequatre ans. Ses meilleures tragédies se trouvent dans les Chefs -d'œuvre du thcdlre étranger. Ses meilleures pièces sont :
Tragédies : la Conjuration des Pazzi, Virginie, Philippe IL
Comédies : le Divorce, le Trop, les Poissons et l'Antidote.
Allainval (l'abbé Soûlas d'), né à Chartres vers 1700,vint à Paris fort jeune. lia donnédifïérentes pièces de théâtre, dont les meilleures sont : l'Embarras des richesses, l'École des bourgeois et la Fausse comtesse. Déjà vieux, il dînait chez un fermier-général, lorsqu'il y fut frappé d'apoplexie. L'homme riche le fit transporter à l' Hôtel-Dieu, où il mourut le 2 mai 4753.
Bièvre (le marquis de) , né à Paris en ildl, mort en 1789. Il n'a laissé qu'une pièce, le Séducteur, qui restera au répertoire, eu égard au quatrième acte, qui est fort beau. C'est une mademoiselle Olivier qui jouait alors dans cette pièce ; elle a établi aussi le rôle de Chérubin du Mariage de Figaro. Elle était divine, et elle est encore présente à mes yeux, quoiqu'il y ait
plus de cinquante ans qu'elle soit morte. Une demoiselle Lange, qui parut ensuite, trop peu de temps pour l'agrément du public, était charmante aussi.
Boissy, né en 1694, mort en 1758. Il ne reste de lui que les Dehors trompeurs ou l'Homme (lu jour et le Babillard que Mole jouait à la perfection.
Boursault, né en 1638, mort en 1701. Trois de ses pièces obtinrent de grands succès. Ésope à la ville n'est pas resté au répertoire, mais Ésope à la cour et le Mercure galant y resteront toujours. Pré ville était parfait dans le rôle de la Rissolle.
Brueys, né à Aix en 1660, mort à Montpellier en 1723. Trois de ses pièces sont restées au répertoire : le Muet, le Grondeur et l'Avocat Patelin. Comme il était prêtre, elles furent données sous le nom de Palaprat, qui était un pauvre homme.
Legouvé, mort à quarante-huit ans. Ses meilleures pièces sont : la Mort d'Abcl, Épinaris et Néron. Madame Vestris montra un grand talent dans cette pièce. Il a laissé un fils à qui M. Fontanes et Bouilly ont servi de pères. Ce fils a fait,