‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 106 sur 122 · CHAPITRE XVI. 2/l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. 2/l

en collaboration avec M , Louise de L'ujnerol-

les et d'autres petites pièces qui annoncent du talent. Je le crois appelé à travailler pour le théâtre et à réussir.

Dupaty (Emmanuel), fils du célèbre avocatgénéral qui arracha au supplice, après des efforts incroyables, un homme condamné injustement à mort. 11 vint de Bordeaux à Paris après, et fut quatre ans pour réussir. 11 est aussi l'auteur des Lettres sur l'Italie^ et il est mort à Paris. Longtemps après, son fils Emmanuel logeait encore dans ce môme local, rue Gaillon, qu'il fut obligé de quitter pour aller vivre avec ses neveux, fils du célèbre sculpteur de ce nom, son frère, mort il y a quelques années. Emmanuel a un fils dans la magistrature, qui soutiendra dignement un nom si honorable. Il est bel homme et beau garçon, ce qui ne gâte rien. 11 m'a paru plein de modestie, ce qui annonce des capacités.

Son père a obtenu beaucoup de succès au théâtre : Picaros et Diego ^ les Deux pères, Félicie, les Voitures versées. Je vis, à la cinquantième représentation, la Prison militaire, comédie en cinq actes, et je dis ù l'auteur : « C'est fatigant d'es-

prit! » Il me répondit : « Le premier jour qu'on vit le Barbier de Séville, il y avait beaucoup trop d'esprit ; le second jour, beaucoup d'esprit, et toujours ce sera une pièce remplie d'esprit. En peinture comme au théâtre, continua- t-il, il faut toucher fort ; le temps fait pâlir assez. »

Marmontel (Jean-François), né en 1728 à Bort (Creuse) , mort en 1799, âgé de soixanteseize ans.

Ses œuvres forment dix-neuf volumes in-8. Il a fait beaucoup de pièces, mais ses tragédies ne lui valurent pas de nombreux succès ; cependant les pièces de SUva'm, Lucile, l'Aîni de la maison, et surtout Zémire ei ^Izor, réussirent aux Italiens. Il éprouva dans sa jeunesse de grandes vicissitudes de fortune.

Molière (dit Jean-Baptiste Poquelin), né à Paris en 1622 et mort le 17 février 1673, à peine âgé de cinquante-un ans.

On ne peut désigner les nombreuses pièces qu'a faites ce génie sublime ; il faudrait les citer toutes. Un Anglais discutait chez moi avec Pigault-Lebrun sur le mérite de nos auteurs ; il vantait ceux de sa nation, principalement Sheridan et Shakspeare, et n'accordait à Voltaire

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qu'une place du second ordre. Pigault lui répondit par complaisance : « Eh bien ! il est du second ordre dans quatre genres différents, et vous ne voulez pas qu'il soit le premier : c'est le plus grand homme qui ait jamais paru et qui paraîtra jamais. Et Molière? — Il ne vous appartient pas, repartit l'Anglais, il appartient à l'univers. »

Nous ne citerons rien de Molière ; nous renvoyons à l'histoire de la vie et des ouvrages de ce grand homme par le judicieux Taschereau, in-8, deuxième édition, qui a relevé de nombreuses erreurs sur son compte. Il est né au coin de la rue des Yieilles-Étuves, rue Saint- Honoré, où demeure un boucher, c'est-à-dire dans cet emplacement.

Poinsinet (Antoine-Alexandre-Henri) , né à Fontainebleau en 1733, se noya dans le Guadalquivir, à Cordoue, en 1769, à l'âge de trentesix ans, après s'être baigné après un repas. lia donné beaucoup de petites pièces dont il ne nous reste que le Cercle ou la soirée à la mode. Il était d'une rare crédulité. Ayant eu un duel, à peine eut-il mis l'épée ù la main, qu'on lui persuada qu'il avait tué son adversaire, et on

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