‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 114 sur 122 · CHAPITRE XVIII ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII ET DERNIER

Anecdotes diverses. — Le père Barast. — Désaugiers. — Vernet. — Klein. — Piganlt. — Bol de punch. — Joly. — Adiard. — iMoëssard.

A la fin du seizième siècle, il y avait à Latilly, village près Neiiilly-Saint-Front, un Barast, qui était maître d'école et arpenteur dans ce village. 11 était d'un très beau physique et avait six pieds deux pouces ; il était aussi bon que bel homme , car il donnait aux pauvres la moitié de ce qu'il gagnait. Il épousa la fille d'un nommé Henry-Laurent Cliéron , intendant de M. de Yareilles, et devint fermier de son beau-père, qui lui céda une ferme dont il était propriétaire et qui portait aussi le nom de Vareilles. Il eut douze enfants, quatre garçons et huit filles. J'en

ai connu quatre; je n'ai pas connu les deuï aînés. Le troisième était à Cierge, près Fère en Tardenois (Aisne). Je vis là dans mon enfance, un très bel homme de figure et de tournure, ancien maréchal, mais il avait deux pouces de moins que son père. Si je savais dessiner , je crois que je ferais son portrait, tantil m'a frappé. Mon grand père était le dernier des Barast ou le culot; ma mère était l'aînée de quatre autres Barast de la troisième génération ; il y en avait un que j'appelais mon oncle Baptiste. J'étais fort et robuste. Trois mains comme les miennes n'en auraient pas fait une comme les siennes. J'ai le bonheur aujourd'hui, à soixante-dix-sept ans, d'être à côté d'un descendant de mon oncle Louis (la gerbe d'avoine). 11 est épicier au coin de la rue Notre-Dame-des-Champs et de iVaugirard ; il a un bon magasin ; il est fort poli 'ainsi que sa femme; quand j'ai besoin de lui, ce qui arrive souvent, puisque je suis aveugle, I il est à mes ordres de la manière la plus aimable et la plus affable. Je suis heureux de terminer mes jours auprès d'un parent dont j'ai tant aimé la famille. J'ose espérer qu'on me pardonnera ces détails en faveur de la recon-

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naissance que j'ai toujours eue et que j'aurai jusqu'à la fin pour cette bonne famille.

Après la terreur, Désaugiers se trouvait chef d'orchestre du grand théâtre à Marseille. Le directeur fit de mauvaises affaires, et la troupe se dispersa. Désaugiers , sans ressources, n'arriva qu'avec peine à Paris, où il entra comme violon au théâtre de la Cité (Prado) ; il fit des pièces pour différents théâtres ; elles avaient le cachet d'originalité propre à leur auteur. En 1808, Ribouté donna l'Assemblée de famille que j'achetai ; il m'invita avec Martainville, Désaugiers et quelques autres personnes dont j'ai oublié les noms, à un déjeuner qui eut lieu dans un restaurant, situé au coin de la rue de la Paix et de celle Saint-Honoré. Là, Désaugiers nous chanta la parodie de la Vestale pour la première fois. Il n'avait pas beaucoup de voix ; mais sa physionomie avait encore dix fois plus d'esprit que les couplets qu'il chantait. Je m'appuyai sur le dos d'une chaise, en face de lui, pour le regarder. Ce que je fis chaque fois que je l'entendis chanter. Il fit avec Gentil l'Hôtel garni , jolie comédie, et la Chatte merveilleuse^ et seul le Dîner de Madelon, etc. Cette dernière

pièce, il vint me la lire manuscrite. Je lui dis à la fin de sa lecture : « Le public sifflera. — Pourquoi, me dit-il ? — Parce qu'il faut que le public sache quelque chose. Si au contraire il savait tout il n'y aurait plus de pièce. Ta Madelon que tu présentes comme une bête, abeaucoupd'esprit.» Il ne répondit rien, prit ma plume et mit dans l'exposition de l'ouvrage : « Malgré son air sim- » pie, c'est une fine mouche. » En général, quand je devinais la marche d'un ouvrage , je ne l'achetais pas parce que je désirai, au milieu de l'action, trouverdes événements imprévusqu'on appelle péripéties. Je citerai à cette occasion Marie-Stnart ; lorsque Dudley, comte de Leicester fait arrêter son complice , Mortimer , toute la salle a balancé si on sifflerait ; mais on vit qu'il le faisait arrêter pour le faire sauver, ce fût là le succès de l'ouvrage. Ce qu'il y a de curieux sur Désaugiers, c'est qu'il bégayait, et, vivant dans sonintimité j'ai été vingtanssansm'enapercevoir ; cela tenait à une méthode déparier qu'il s'était créée. C'était un fort honnête homme. Un jour à table avec lui, je chantai une de ses chansons intitulée : Quand on est mort c*est pour longtemps , dont je vais rapporter ici le dernier

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