‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 12 sur 122 · SOUVENIRS. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

SOUVENIRS. — CHAPITRE II

posaient de quatre bataillons. Un dédoublement eut lieu à cette époque. Les régiments étaient donc formés de deux bataillons au grand complet de 1J50 hommes. On créa une compagnie de chasseurs parmi les neuf basses compagnies; on les désignait ainsi. On tira au sort , et le n° 1 devint chasseurs, par conséquent marchait en tête du deuxième bataillon. On améliora cette compagnie par des hommes de choix, à mesure qu'il y avait de la place. Qu'on ne s'imagine pas que mon intention soit de ridiculiser les hommes de petite taille , qui l'emportent souvent, par la vigueur, sur les hommes plus grands. Lespetils hommes sont plus adroits, ils tirent mieux à la poitrine de l'ennemi. Au billard même, ils visent plus juste. Que mademoiselle Mars mo le pardonne ! je vais la faire intervenir à propos de billard et de petits hommes. Mais les souvenirs dramatiques ont chez moi un incoroyablc empire, et je vois encore la célèbre actrice qui jouait au billard dans l'intimité et qui nianquuit souvent de toucher les billes, ne vouLint pas se baisser pour ajuster.

Je fus donc conduit chez le major Dubosquet par quatre des vieux chasseurs de l'origine, se-

Ion le désir que j'en avais conçu , et qui m'avait fait dire que je ne faisais partie d'aucun régiment en garnison à Cambrai, parce que je craignais qu'en ma qualité de recrue, on ne voulût pas m'admettre dans les vieux chasseurs. Soit condescendance pour ces braves, soit pour tout autre motif, le major me fit incorporer dans les chasseurs , et l'on m'aurait donné cent louis que je n'aurais pas été plus content. J'arrivai le soir à la chambrée, conduit par mes amis. Le caporal m'interrogea pour savoir mon pays et mon nom , je les lui dis, « Je ne te parlerai pas de ta mère, je sais que tu as perdu cette excellente femme, > me répondit-il. Cet homme m'avait vu jusqu'à l'âge de huit ans. Je le priai de se faire connaître, mais je ne pus savoir que son nom de Jolicœur. C'était en effet son nom de guerre, comme on en portait alors dans les régiments. J'étais du moins heureux d'être connu. J'avais encore quelques louis dans ma poche , et je les mangeai avec mes nouveaux camarades. Je fréquentais les sous-officiers, sergents et caporaux, ce qui était alors défendu. Près d'une année s'était écoulée; les états-généraux siégeaient

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