‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 17 sur 122 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

J'entre dans les districts de Paris. — Mes escapades , mes mésaventures, mon arrestation. — Délivrance.

Nous évitions toutes les villes et tous les bourgs. A Senlis nous apprîmes que des déserteurs avaient été arrêtés et renfermés dans la prison de la ville. Ayant pris à gauche un chemin au bord duquel était un moulin, nous fûmes poursuivis par des hommes armés de fusils. Mes camarades voulaient fuir. Arrêtons-nous, leur dis-je , voyons ce que ces hommes nous veulent. Or, parmi eux se trouvait le maître du moulin , qui , ayant reconnu l'uniforme d'Angoulême, désirait avoir des nouvelles d'un de ses parents qui servait dans ce régiment. On nous fit boire et manger à satiété, et pen-

dant noire route nous ne manquâmes plus de rien.

A Rouvres, mes bons camarades, échaufTés par la boisson, voulurent me faire vendre mon sabre. Je m'y refusai en leur reprochant leur ingratitude, puisque je les avais nourris depuis Cambrai. Je prévoyais d'autres exigences, et j'étais décidé à n'y pas céder; je résolus de m'esquiver sans dire adieu à personne, et, étant sorti sous un léger prétexte, j'aperçus une voiture de farine qui gravissait la montagne ; je la rejoignis en toute hâte, et me cachai dedans. Au haut de la montagne je descendis et demandai au charretier si on entrait facilement à Paris, et sa réponse affirmative me tranquillisa.

J'avais écrit de Cambrai, le jour de ma dé- 4 sertion, à un sieur André, chez qui je me présentai en arrivant dans la capitale ; ce monsieur André ne voulut me reconnaître qu'après avoir entendu les détails du contenu de ma lettre. Il m'accompagna au faubourg Saint- Antoine, où, avec le secours de sa bourse, j'échangeai mes habits militaires contre des habits bourgeois. Je lui ai depuis rendu cet argent et avec usure. C'était un homme d'une rare intelligence, mais

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