CHAPITRE m
alcôve et ne me quittera qu'à mon décès.
Me voilà donc libre pour faire mon petit négoce ; mais mon bon oncle était toujours là pour me tourmenter. Je rencontrai le lieutenant d'Abocourt, dans la suite le général Grandeau , qui m'engagea dans la compagnie Catol, li" division, faubourg Poissonnière.
Je dépensais avec mes camarades, soit au district ou aux cliasseuis, un louis par jour, aussi ne montais-je jamais la garde que le dimanche et le lundi. Nous allions chercher nos camarades qui buvaient dans les cabarets^ besogne souvent rude et qui n'était terminée qu'à trois heures du matin, car il fallait l)oire avec eux et être toujours de leur avis afin de les rendre souples. On ne signait point d'engagement, j'avais une permission tacite pour faire mon commerce, enfin ma position était sortable; et un jour que je demandais aux tailleurs de la compagnie des fonds de culottes, mon capitaine, qui était présent, me dit : Barba, tu gagnes assez d'argent pour en faire faire de nouvelles.
Les frères Favras^, que le comte de Provence abandonna malgré leur dévouement pour lui,
furent condamnés à être pendus. C'était le 19 février 1790. On fit imprimer leur testament; j'étais prévenu aussitôt qu'une brochure devait paraître, et j'aurais marché à cette époque quarante-huit heures sans me fatiguer. J'allai chercher la brochure chez l'Hérault, imprimeur, rue du Harlay au Marais, n° 12. Il me céda cinquante douzaines de cette brochure, à quatre francs seize sous la douzaine, pour revendre aux libraires et aux colporteurs à raison de six francs. Arrivé au manège, salle qui était située au passage des Jacobins, de la rue Saint-Honoré, où est aujourd'hui la rue de Rivoli, je me défis promptement de mes cinquante douzaines de brochures, et je retournai chez l'Hérault pour en chercher d'autres. Mon droit de commission était de seize sous par douzaine, il me devait donc quarante francs ; j'en pris alors pour soixante francs, et lui remis vingt francs en lui disant que sans doute il ne voulait pas me tromper; il me répondit : Qui
m'a un drôle comme toi? Je ripostai par un
revers de main qui renversa mon homme sur la table ; sa femme jeta les hauts cris, les voisins arrivèrent, la garde avec eux et l'on m'ar-