‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 26 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'auteur, le rôle de Ricco, et à qui ce rôle souriait, l'avait appris en secret; il le joua avec un grand talent. Ceux qui voudront avoir une idée de cet acteur n'ont qu'à aller voir Gazot , que Jules Janin a vanté à juste titre , et qui était fait pour briller sur un théâtre plus élevé. Il prête à rire, il est vrai, quand il veut singer Beaulieu. Ce dernier joua Mahomet ; il était bien dans l'esprit de son rôle ; mais un froid de douze degrés empêcha déterminer la pièce, ou plutôt, ayant si longtemps joué Cadet Roussel au café des Aveugles, il en conservait trop les intonnations. Il se dédommagea dans le Présent ou l'heu^ reux quiproquo : en entrant en scène , il avait à dire : C'est donc aujourd'hui le jour de l'an, le jour desétrennes; et s'adressant au public, il ajouta ; « Vous avouerez que tout à l'heure, vous m'en donniez de fort vilaines. »

Dans cette troupe du Prado ou les Variétés de la Cité, il y avait encore quelques acteurs à talent : outre Beaulieu, qui sortait du théâtre en planches , on y comptait un joli garçon , nommé Valienne , Duval , le compère des jocrisses, Pélissier et Genest. Cuvilier fit alors la Fille Im&sard, Damoiselle et Berijerelte , pantomi-

Uli SOUVENIRS.

mes, jouées par Laffîtte, et qui eurent beaucoup de succès. Les comédies de Pigault , de madame Villeneuve, de Charlemagne, et les Comités révolutionnaires produisirent de belles recettes. Laffitte avait des gestes outrés qui le rendaient ridicule; il a été figurant à la Porte-Saint- Martin, où il est mort presque dans la misère. Gougibus, beau-père du bon Lemesnil, acteur du Palais-Royal, était un mime excellent, et je crois n'avoir jamais rencontré dans ma longue carrière un talent plus complet dans ce genre là, à l'exception cependant de madame Branchu, de l'opéra , qui était fort remarquable, car il est plus difficile, selon moi, de mimer que de jouer la comédie, puisqu'il faut beaucoup d'âme pour faire passer dans l'esprit des spectateurs , sans le secours de la parole , les émotions que vous ressentez. Monvel a été aussi un bon mime ; il J parlait bien, mais on sait qu'il n'avait pas de dents.

Cet acteur était au théâtre en planches , où un autre artiste d'un vrai mérite, nommé Bordier, répétait Ricco ; c'était lors de la disette occasionée par la cherté du pain , suite du fameux pacte de famine. Quelques grands sei-

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