CHAPITRE IV. lli
doff , qui avait été anobli pour sa grande fortune , était aussi l'ami de Frogère. Ce dernier était aux petits soins pour lui et sa famille. 11 voyagea en Italie avec un de ses fils et une troupe de comédiens, et ils jouèrent la comédie partout où ils allaient. Frogère était un second Pigault pour moi. Jamais, pendant sa longue vie, il ne fit un mensonge. Il avait une pension de retraite de la Russie , qui se montait à deux mille quatre cents francs; cette rente lui fut exactement payée jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 1833 lors du choléra. Il était beau-frère en deuxième noces du grand comique Dugazon. 11 faut bien que je dise que moi aussi j'ai eu l'honneur de parler à l'empereur Alexandre que j'aimais parce qu'il avait empêché ce féroce Blûcher de faire sauter le pont d'Iéna : Un jour qu'Alexandre visitait les appartements des Tuileries et regardait les gravures renfermées dans les cartons de Marie Louise, occupé que j'étais de les arranger, il me dit : «Quelle est votre profession! Je suis libraire. Sire, répondis-je, ah! je m'en serais douté, à voir l'adresse que vous mettez à arranger ces gravures et à fermer tous ces cartons. » Au Prado, j'ai oublié l'acteur Mayeur , qui
jouait dans Y Intérieur des comités, qui sortait de chez Nicolet et qui était parfait dans le rôle du commissionnaire. Baulieu joua le premier Cadet Roussel au café des Aveugles ; dans ce rôle il se croyait empoisonné , et il n'avait bu que de la bière ; vers la fin de la pièce : C'est donc pour me punir, disait-il, que tu me rend-t-ici le pus dur à mourir, k la première représentation, un spectateur cria: Pluz-linut! Beaulieu, sans se déconcerter, répondit : « Citoyen, je ne le puis , je suit-empoisonné. » Cette pièce fut jouée trois cents fois et toujours si filée; les auteurs sont MM. AudeetTissot. Ce dernier mourut à Anetd'une attaque d'apoplexie, en allant invitera déjeûner le pharmacien de l'endroit ; c'était un fort brave homme, que j'ai connu avec plaisir. Ce molpluz-lmut avait fait beaucoup rire, on voulut le mettre à profit : pour cela, on plaçait quelqu'un dans la salle pour répéter la même scène. Chargé un jour de cet emploi, Beaulieu, qui n'ignorait pas que c'était moi, s'avança vers le trou du souffleur, et au moment où je prononçais les paroles sacramentelles : a Citoyen Barba, dit- il, je ne peux pas, je suit- empoisonné. »
Beaulieu, qui avait vu jouer à Duraaniant ,