CHAPITRE IV
chez Montansier ; il jouait aussi bien que Brunet, et tout le monde l'a vu dans les Cadet Roussel et les Jocrisses. Voici un trait qui honore ce digne homme.
Une jeune orpheline, dont les parents avaient été guillotinés, se trouvait dénuée de ressources : Duval Taccueillit, l'éleva , en vendant, à son insu, son argenterie et son linge, dans le temps des assignats ; puis , il la maria au fils Damiel, acteur de Montansier, dont il lui conserva la fortune. Damiel est veuf et vit retiré à Fontainebleau , ainsi que Brunet. Ce dernier était né en 1766.
Je terminerai ce chapitre par une notice sur Pigault-Lebrun, notice que je tacherai de rendre aussi complète que possible ; à chaque instant, j'aurai , pendant le cours de ces mémoires, occasion de parler de Pigault Lebrun. Il est donc important pour mes lecteurs de le bien connaître.
Pigault-Lebrun (Guillaume-Charles-Antoine) , est né à Calais le 8 avril 1752 et est mort le 24 juillet 1835. Ce spirituel romancier, qui dans le genre comique a fait école , est un auteur dont jusqu'à présent le mérite n'a pas été apprécié à
hS SOUVENIRS.
sa juste valeur. N'appartenant à aucune coterie littéraire , dédaignant les succès de camaraderie , il a toujours négligé les moyens qu'emploient certains auteurs pour faire ressortir le mérite de leurs productions. Aussi chercheraiton en vain dans les feuilletons de l'époque un seul article constatant le succès de ses nombreux romans, ce qui ne veut pas dire, toutefois, qu'ils aient été à l'abri de la critique ; mais Pigault ne s'en tracassait guère. Fort insouciant sur l'opinion que les aristarques émettaient sur ses romans, il se contentait de la faveur du public qui ne lui fit jamais faute, et répondit, pendant quarante ans , à une diatribe ou à un article dédaigneux sur un de ses romans , par la publication d'un roman nouveau, c'est-à-dire par un nouveau succès. Peu d'auteurs ont en effet procuré à leurs éditeurs de plus beaux avantages ; et je peux affirmer que la vente des ouvrages de Pigault, tous édités par moi, s'est élevée à plus de six cent mille francs ! Aussi je me plais à proclamer Pigault-Lebrun mon père nourricier.
Aucun auteur ne fut peut-être à la fois plus gai, plus fécond, plus original que Pigault-Le-