CHAPITRE IT
continuer. Deux ans après, ce livre obtint un succès de vogue qui ne s'est pas ralenti; c'est en effet un des meilleurs romans de l'auteur. — A ce roman succéda celui d'Angélique et Jeanneton^ qui n'eut dans le principe aucun succès, bien que le premier volume renferme des pages que n'aurait pas désavouées Sterne ; ce livre a eu depuis dix-sept éditions. — La Folie espagnole, roman plus que gai, dut son succès à ses gravelures; une cinquantaine d'exemplaires furent saisis pour la forme, et pour plaire aux criailleries des bigots de l'époque. — les Cent vingt jours devaient former une publication périodique, contenant une nouvelle par mois; il n'a paru que quatre nouvelles; l'éditeur abandonna ce genre de publication, parce que l'espace était trop restreint pour l'imagination de l'auteur. L'ouvrage n'ayait d'ailleurs qu'un succès médiocre ; ce qui n'étonne pas , il était raisonnable. Chose étrange ! quand les ouvrages de Pigault étaient gais, on criait après l'auteur pour ses farces; quand il se dispensait d'en mettre, on ne les lisait pas. —Le plat d'épinards, dans V Enfant du carnaval, fut supprimé à la o*^ édition ; le public ne voulut plus du livre , je le rétablis
etPigaultmedit: 5i tum'en crois, nous ne retirerons jamais rien de mes ouvrages, ce sera des os à ronger pour les chiens. — Les aventures grivoises de Mon oncle Thomas procurèrent à ce livre un immense succès, que couronna aussi la publication de Monsieur Botte. Ce roman doit son origine à un défi de l'acteur Damas, qui avait donné pour sujet à l'auteur les mots \Je ne le veux pas; Pigault écrivit séance tenante les deux premières pages, et, en peu de jours, le roman, qui eut un succès fou et qui le mérite. Nous citerons encore parmi les meilleurs romans de Pigault : Le Garçon sans souci, où m'étant parfaitement reconnu, je me plaignis à l'auteur, lequel répondit qu'il prenait ses originaux où il les trouvait; Jérôme, dont le sujet est la bataille de Marengo ; l'Homme à projets y véritable type des hommes de l'époque où il fut publié.
Terminons par un trait caractéristique et qui peindra mieux que tout ce que je pourrais dire jusqu'à quel point mes rapports avec Pigault- Lebrun étaient intimes.
Un jour, la fantaisie me prit d'acheter deux plats d'argent; j'en offris un à Pigault. Un autre jour, c'étaient deux paires de lunettes d'or;