‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 31 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gravelures, sa hardiesse contre le clergé, et surtout son roman de la Religieuse. Pigault le justifiait de ce reproche en disant que Diderot n'ayant rien à se reprocher il lui était permis de tout écrire. Onpeutendireautant de Pigault.

Pigault avait la prétention de croire ses romans très moraux, et il le disait ouvertement, ce qui me fit rire une fois aux éclats. « Je soutiens, dit Pigault, que mes romans sont moraux, et je le prouve : dans aucun le vice ni le crime ne triomphent ; les fripons et les scélérats n'y meurent jamais naturellement , ils sont toujours envoyés aux galères ou pendus. » Et cela est vrai.

A son retour de l'armée dans la Vendée, où il était chef de remonte à Saumur, il fut obligé de prendre les armes comme commandant, et fut nommé adjudant-général dans les vingtquatre heures, pour une belle position qu'il avait prise. Il abandonna la carrière militaire à l'époque où il n'y avait plus guère que des fripons qui servissent la république.

Je lui proposai alors de donner une nouvelle édition du roman de Clarisse, en en retranchant les longueurs : « J'aimerais mieux me couper

le bras , répondit-il , que de mutiler ce chefd'œuvre, r, Vers la fin de sa vie on lui conseillait d'écrire ses confessions, qui devaient être fort intéressantes et sans inconvénient, attendu que la plupart des personnes qu'il avait connues étaient mortes. « Si elles ne sont plus, ditil, ellesont des descendants, et je regarde comme un malhonnête homme celui qui par amourpropre divulgue le secret de l'intimité. »

Le premier roman publié par Pigault est celui qui a pour titre l'Enfant du Carnaval; c'est un roman d'une gaîté folle dans sa première partie, et où dans la seconde on stigmatise énergiquement des turpitudes et des crimes encore tout récents; je lui en fis des reproches, observant que son récit était l'image fidèle de la révolution. — Dans trente ans, répondit l'auteur, on sera bien aise de retrouver ces choseslà dans mon livre , parce qu'elles sont vraies. Ce roman n'a pas eu moins de quatorze éditions, — Pigault donna ensuite les Barons de Felsheim, qui parurent d'abord en deux volumes, et dont on ne vendit pas cent exemplaires. Cependant, Crapelet père et moi, convaincus tous deux que c'était un bon ouvrage, forcèrent l'auteur à

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