CHAPITRE VIII
Quelques détails sur mes relations commerciales dans les moments difficiles.
En 1825 , ma boutique ayant été fermée et mon brevet perdu , je rencontrais dans les bureaux de la police et des ministères un monsieur que j'avais connu à douze ou quatorze ans , élève d' Allan au cirque Franconi , rue Mont-Thabor; c'était mon ami le baron Taylor , que mon âme appelle et appellera toujours Isidore. Il était alors commissaire royal près la Comédie-Française , et je pensais que sa place occasionnait ces rencontres journalières.. Point du tout , c'était pour moi seul qu'il sollicitait, et , par son canal, j'obtins une entrevue avec le bon et excellent M. de Corbière , ministre
de l'intérieur. Le baron Taylor m'engagea à insister auprès du ministre. C'est un honnête homme : s'il vous donne sa parole pour la réouverture de votre boutique, vous pouvez y compter. Le ministre me fit asseoir auprès de son feu; rj J ! et là, de la manière la plus amicale, il me re- "j ' ) » \ procha d'avoir vendu des ouvrages libres. Je lui répondis; « Monseigneur, si vous aviez mon âge , vous sauriez que la première édition de Justine , en deux volumes in octavo avec figures, s'étalait sur les quais, la deuxième édition aussi. — C'est vrai , répliqua-t-il , car j'ai acheté cette édition à un étalage, quai des Théatin}. — Vous voyez donc, monseigneur, que ces livres sont cause de ma ruine , et que c'est plutôt la faute du temps que la mienne. » Ma position avec lui n'était pas gaie ; j'avoue que j'a' pleuré et lui aussi, mais il n'était pas libre : ce misérable Franchet, chef de la police, était entièrement le maître , et , malgré le refus du ministre , je le quittai plein de vénération pour ses bons procédés envers moi. Je rendis compte de ma démarche au baron Taylor; il comptait sur une réussite, et il fut aussi affligé que moi de cette catastrophe.