CHAPITRE viir
On m'avait retiré mon brevet sous Charles X pour la seizième édition de l'Enfant du carnaval. Ce n'était qu'un prétexte à cause de mes opinions tranchées. Après avoir plaidé près de trois ans contre ce gouvernement inepte ou plutôt contre Franchet, je gagnai mon procès. Grâces soient rendues à MM. les magistrats de La cour royale d'Amiens! le bon M. Ilulot les avait tous vus. L'avoué ne voulut rien accepter, ni mon avocat qui avait répliqué comme un ange. Je les embrasse tous, car les mots me manquent pour exprimer toute ma reconnaisance.
Toujours sollicilant pour la reddition de mon brevet , sous le ministère Martignac , me trouvant un jour dans l'antichambre du secrétaire particulier , on ouvrit la porte ; le secrétaire m'aperçut et me dit : « Entrez , M. Barba , un homme comme vous ne fait point antichambre. » ^
A cette époque , je fis une pétition apostillée par MM. les membres de l'Institut, qui me traitèrent comme un ami. M. de Chateaubriand me dit avec une expression de regret et de bonté : « Vous ne réussirez pas, ce sont des /
imbéciles et de la canaille. » Le bon M. Andrieux me dit : « Je n'ai jamais traité avec vous, mais je vais appuyer votre demande. » Croiraiton qu'en me présentant au bureau delà librairie avec l'obligeant M. Gavé, secrétaire du ministre, on n'ait pas voulu me communiquer cette apostille ? Je vais tâcher de l'écrire de mémoire : « Je n'ai jamais traité avec M. Barba, mais je déclare que tout ce que mes confrères m'ont dit de lui me fait lui rendre la justice qu'il mérite; l'autorité ferait bien de lui remettre son brevet. »
M. Lami m'écrivait, il y a dix ans, ce billet : «Parmi les nombreux élèves que j'ai faits , il n'y en a que deux qui aient réussi , Roijer et vous. » Quand je le rencontrai , je le remerciai de son bon souvenir, et j'ajoutai : « Vous m'assimilez à un voleur, carie petit M. Royerne se gênait pas pour mettre une feuille de Racine dans un Corneille, et une feuille de Begnard dans un Molière , le tout accompagné d'une belle reliure. » M. Lami ne voulut pas s'en souvenir, mais toute la librairie d'alors le savait.
Je réimprimais la deuxième édition d'Angélique et Jeanncton , dont j'avais imprimé la pre-